Chapitre 4

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Quel bonheur pour les enfants, lorsque deux fois par semaine, leur maman les attend à la sortie de l'école !

Elle passait d'abord à la maternelle récupérer Elyas, puis Mickaël à l'école primaire voisine, et enfin Lisa au collège dans un autre quartier à quelques pâtés de maison.

Elle attendait dans la voiture la tête plein de souci, elle préférait la solitude au commérage des mères qui depuis le portail lui lançaient des regards trahissant qu'elle était belle et bien leur sujet de conversation.

En temps normal, elle aurait certainement surmonté ce sentiment de répulsion qu'elle éprouvait à leur égard, par politesse, mais en ce moment, la patience lui faisait cruellement défaut et elle ne pouvait plus supporter leurs critiques, moqueries, sur les autres mamans absentes. Que de ragots : de l'une qui critiquait sa voisine, de l'autre ses enfants bref que médisances :

- N'as-tu pas vu les filles âgées de celle-ci qui ne sont toujours pas mariées?

- As-tu vu l'appartement de celle-là, avec un ameublement démodé de dix ans au moins ?

Il faut dire d'ailleurs que tout le monde la connaissait : dès qu'on la voyait venir, les vipères se taisaient. Marie savait détourner savamment la conversation en disant :

- Aoudou bi Allah min chaïtan rajim ! (je cherche la protection d'Allah contre le satan maudit)

Elle prenait son portable et s'éloignait au loin pour ne pas prendre part au lynchage.

Parfois, après les avoir saluées, elle enchainait sur d'autres conversations : le travail des enfants à l'école, les enfants etc...

Les deux mains sur le volant, elle récitait quelques sourates apprises récemment. Elle allumait le CD et vérifiait si elle ne s'était pas trompée, en faisant des pauses et des marches arrière.

Enfin la sonnerie retentit, elle descendit de voiture, salua les parents et rentra dans les couloirs de l'école, admira en passant les œuvres d'art des petits, et entendait la chanson à travers la porte.

C'est bientôt l'heure des mamans préparez vous les enfants,
Il faut mettre ses habits l'école est finie
Devant l'école maternelle les parents sont là
Devant l'école maternelle ils font les cent pas

Puis la porte s'ouvrit Julie la maîtresse, se mit à l'entrée avec l'atsem Catherine, faisant toute les deux une haie d'honneur simple aux enfants assis sur les bancs prêts à bondir attendant impatiemment leur nomination.

Quelle surprise pour Elyas qui ne cachait pas sa joie lorsqu'il vit sa mère :

- Ouai ! Maman ! Ouai !

- Chut doucement mon cœur, dit au revoir à Julie et Catherine

- Au revoir Julie, au revoir Catherine !

Dit gentiment le bambin.

- Regarde maman je mets mon manteau tout seul
Il étala son vêtement par terre, emmancha les bras et d'un mouvement rapide passa le manteau par-dessus.

- C'est génial Elyas je suis fière de toi !

- Ouai moi je suis trop fort !

Tous les deux traversèrent la cour pour se rendre juste en face, à l'école primaire.

- Pourvu qu'il n'ait pas fait de bêtises encore, j'en ai marre des reproches de la maîtresse !

Pensait Marie

L'enseignante lui fit un long compte-rendu de la journée de son fils : Mickaël avait frappé deux enfants, refusé d'aller au coin, ce qui lui valut d'être privé de récréation.

- Il faut trouver une solution Madame Abdenour ! Nous avons un psychologue à l'école, qui peut vous recevoir vous et votre époux afin d'en discuter !

Marie fut très gênée :

- Écoutez Madame, pour l'instant son père est absent, ...euh nous en reparlerons bien sûr mais là je dois aller chercher Lisa !

C'est ainsi que la jeune maman se défilait à chaque fois, mais jusqu'à
quand ? Marie était dépitée par tout ce qui lui arrivait

- Comment en vouloir à Mickaël ? Il est perturbé par tout ce qui nous
arrive ! C'est déjà difficile pour moi, je sens que je vais exploser, Starful Allah, alors lui, n'en parlons pas !

Tenant ses deux gamins par les mains, elle leur donna leur goûter puis ils montèrent tous en voiture en direction du collège de Lisa dans un autre quartier.

Devant les grilles de l'établissement, Marie se tourna vers son fils :

- Mickaël tu as encore fait des bêtises ! Papa ne va pas être content tu sais !

Il ne répondit pas, et baissa la tête en faisant la moue.
Ceci l'affecta beaucoup, il avait une grande admiration pour son père et ne voulait en aucun cas qu'on lui rapporte quoique ce soit qui risquerait d'être un obstacle à son amour.

A 17h30, Lisa sortit, cette jeune fille a hérité des yeux azurs maternels et des cheveux bruns de Kader. Le métissage est une chose merveilleuse, le plus beau des deux parents fut réuni chez cette très belle enfant.
Un sac en bandoulière, une veste en jean, de longs cheveux noirs attachés en queue de cheval, contrairement aux autres collégiens elle sortit seul, et triste.

Elle arriva les sourcils froncés comme embêtée par la présence de sa mère, de sa famille devant ses autres camarades. Comme tous les ados, elle devait certainement en avoir honte !
Lisa, depuis l'arrestation de son père ne parlait plus comme avant. Elle salua sa mère, et monta sur le siège avant. Elle attacha sa ceinture en se tourna vers ses frères :

- Salut les petits monstres !

Puis se réfugia de nouveau dans son silence habituel.
Les quelques tentatives de Marie pour lancer la discussion furent bien vaines

- As-tu bien travaillé ma chérie ?
- Oui
- Prends un pain au chocolat
- Oui merci

C'est ainsi que dans cette lourde atmosphère, ils rentrèrent chez eux.
Puis ce fut comme d'habitude, la routine : la douche, les devoirs, le dîner, le coucher des enfants, la vaisselle, le ménage.

Lisa en bonne fille, aida sa mère, mais Marie lui prit le chiffon avec lequel elle s'apprêtait à essuyer la vaisselle, des mains :

- Vas-y ma chérie, finis tes devoirs, et va te reposer mon cœur, merci beaucoup pour ton aide
Lui dit-elle en lui embrassant le front.

Sans se faire prier, Lisa partit dans sa chambre.

Les enfants couchés, Marie se retrouvait désespérément seule. Elle fit ses ablutions, rattrapa ses prières et clôtura par des invocations en faveur de sa famille.

Dans le silence de la nuit et dans sa solitude, elle se réfugia spirituellement dans la lecture du Coran et les prières.

A qui pouvait elle en effet raconter ses problèmes, ses soucis, ses craintes... à part Dieu ?
Sur son tapis de prière, elle s'endormit, épuisée physiquement et moralement. Elle semblait s'être confortée dans une triste routine, ne voyant aucune issus pour s'en sortir. Ses propres parents ignoraient pour Kader.
En fait, il a été interpellé loin de son domicile, sur une aire d'autoroute. Ce qui n'est pas plus mal car du coup, personne ne savait, enfin ça, c'était ce qu'elle pensait.

Tout ceci, la répercussion sur les enfants, les mille et une choses à faire, tout cela commençait à peser lourdement sur ses frêles épaules.
Elle ne se rendit même pas compte lorsque ses lourdes paupières se fermèrent, tel un rideau à la fin d'un triste spectacle.
Une musulmane allongée sur son tapis de prière pensait avant de sombrer dans les bras de Morphée:
- Si seulement ce tapis pouvait me transporter loin, très loin des problèmes, près tout près de ceux que j'aime


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