Chapitre 5 : Un Nain sur Echasses

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-C'est normal, la tête de ta voiture ?

La question de Silvia m'alla droit au cœur. Car en cette fin de journée, je n'avais pas franchement pensé à ma pauvre petit Twingo. Sauf que là, les dégâts causés par une rencontre avec un troll étaient évidents. C'était même un miracle qu'elle ait pu me conduire jusqu'ici.

-J'ai eu un souci matinale.

-Un souci. C'est-à-dire ? Tu as rencontré un poteau ? Un très, très gros poteau ?

-Oui. C'est ça.

Avec son attaque de loup-garou de la veille, je n'allais pas l'angoisser un peu plus avec mes propres déboires. Ce n'était pas la première fois qu'une créature surnaturelle décidait soudain de me tuer, alors...

-Tu devrais rentrer avec Mikhaïl, ce soir, fis-je.

-Et toi ? Comment vas-tu faire ?

Mon portable à la main, je lui fis un petit sourire contrit.

-Je vais voir si ça ne dérange pas Maec de passer me prendre.

Une lueur lubrique envahit le regard de ma meilleure amie. Oula, elle se fourvoyait. Oh, certes, toute activité sensuelle n'était pas à exclure. Mais en l'occurrence... Je devais surtout discuter avec lui. Manger au restaurant était peut-être une bonne idée. Et puis, demain c'était samedi. S'il y avait un problème, j'aurais plus de temps pour le digérer.

-Bon. C'est bien beau tout ça, mais allons-nous restaurer.

L'oreille collée à mon appareil, je lui emboitai le pas. Dès qu'il était question de nourriture, vous pouviez compter sur Silvia pour vous rappeler l'heure. En fait, elle respectait tout à fait ses instincts primaires : boire, manger, dormir, s'envoyer en l'air. Bon, il n'y avait pas la composante maternelle chez elle. C'était déjà ça.

La sonnerie retentit un long moment, avant que Maec ne décroche.

-Tout va bien ? demanda-t-il de sa voix grave et sexy.

Aussitôt, le rouge me monta aux joues. Son timbre m'évoquait le sexe. Une bouffée de désir me submergea, manquant me faire louper la première marche de l'escalier. Le réfectoire se trouvait au sommet, j'avais tout intérêt à suivre le rythme. Silvia ne s'aperçut pas de mon trouble, fort heureusement.

-Kanna ?

-Heu... Je... balbutiai-je, avant de me reprendre. J'ai croisé un poteau avec ma voiture. Tu crois pouvoir me prendre à mon travail ?

-Te prendre à ton travail... Très bonne idée.

Une chaleur intense me fit craindre la combustion spontanée. Oh non, ce que je n'avais pas dit...

-Oui, non... Enfin... Tu m'as comprise, hein ?

-Bien entendu, rit-il. Où travailles-tu ?

-Chez Katharos, Costumes en Tous Genres.

-C'était ta voix de secrétaire, ça ? Très séduisante... Je passerais vers dix-huit heures. J'ai du pain sur la planche. Ça te va ?

Dix-huit heures... Je n'aurais qu'à faire des heures supplémentaires, songeai-je en faisant la queue pour prendre mon repas. De toute façon, c'est bientôt le week-end.

-Oui. A ce soir, Maec.

-A ce soir, Kanna.

Une promesse à peine voilée flottait dans ces paroles, me rendant toute chose. Oh bon sang... L'après-midi allait être une longue... Très longue attente.

Katharos, Costumes en Tous GenresLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant