La dame en noir

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J'ai besoin te dire, d'exorciser certaines choses qui sont présentes en moi depuis bien trop longtemps. Tu dois savoir.

Tout a commencé quand j'avais douze ans. Je vivais avec mes parents dans une modeste maison de campagne entourée de quelques autres dans l'est de la France.
Je suis fils unique, c'est quelque chose que j'ai toujours bien vécu.
Ce jour-là je jouais dans ma chambre à l'étage, comme à mon habitude, pendant que mes parents étaient en bas dans le salon. C'est là que je l'ai vue pour la première fois. Grande, maigre, le visage émacié et la peau grisâtre. Elle portait une longue robe noire et un chapeau ancien sur la tête. Ses yeux étaient d'un gris très pâle, presque blanc, qui m'avaient figé sur place.

Je me rappelle cette sensation de peur extrême qui m'avait tétanisé au point de ne pas être en mesure de crier ni d'appeler mes parents. Elle était là, à quelques mètres de moi, à l'autre bout de ma chambre. Elle ne faisait rien, elle était juste là, plantée à côté de la porte, son horrible regard mort porté sur moi. Et cette odeur... Je m'en rappelle comme si c'était hier. C'était la première fois que je la sentais. L'odeur de la mort, de la chair en décomposition. Incapable de bouger, j'étais resté là, fixant cette chose pendant plusieurs secondes, minutes ou heures, je n'en sais franchement rien.

Elle n'a disparu que lorsque ma mère a ouvert la porte pour me faire descendre à table. Elle s'était inquiétée de me voir si pâle et avait pris ma température. Bien sûr, je n'avais rien. Je venais juste de voir un fantôme pour la première fois de ma vie.

La deuxième fois qu'elle m'est apparue, je fêtais mes treize ans. Tous mes copains étaient là. C'était un anniversaire génial, comme tout anniversaire de gosse devrait l'être. Gâteau, bonbons, ballons et cadeaux. On était tous autour de la table devant cet énorme fraisier, quand quelque chose a attiré mon attention. Un chapeau. Son chapeau. Il était là, posé près du canapé. Je le revois, avec tellement de précision, si réel. Je me suis figé sur place, les rires de mes amis se faisant de plus en plus lointains, faisant place au bruit sourd des battements de mon cœur. Je le sentais taper fort, si fort qu'il semblait vouloir sortir de ma poitrine.

Cet état de torpeur a pris fin quand un ami à ma droite s'est mis à agiter ses mains devant moi pour me réveiller. Le chapeau avait disparu. Plus rien. Il était pourtant bien là. La fête a alors repris son cours sans aucune autre manifestation bizarre. Enfin, jusqu'au soir.

Je venais de me coucher, mes parents étaient en bas devant la télé et je repensais, tout excité, à mes nombreux cadeaux. Une gameboy, un action-man, un skate... Puis je l'ai entendue.

C'était à peine perceptible au début, un chuchotement que je croyais venir de la télé. Puis la voix s'est faite plus forte. Une voix de vieille dame, douce et hésitante, qui venait de mon armoire. "Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire Mathieu, joyeux anniversaire."
La télé bourdonnait toujours en bas, et moi j'étais là, tétanisé dans mon lit, incapable de bouger ou d'appeler mes parents. Je ne pouvais que fixer mon armoire, priant de toutes mes forces pour que ce qui s'y trouvait disparaisse à tout jamais. Je n'ai pas dormi de la nuit, bien que rien d'autre ne se soit passé par la suite.

L'année d'après s'était déroulée normalement, la vieille dame ne s'était pas manifestée. Je pensais être débarrassé d'elle et mettais même ce qu'il m'était arrivé sur le compte de mon imagination débordante. C'est en tout cas ce dont j'essayais de me convaincre. Mais ce jour-là au lycée, j'ai compris que j'avais tort.
Je venais de terminer le cours de gym avec la classe, et filais au vestiaire récupérer mes affaires. Ne trouvant pas ma veste, je m'y suis atardé un peu plus longtemps tandis que mes amis avaient déjà rejoint la cour de récréation.
Persuadé de l'avoir mise dans mon sac, je l'ai entièrement vidé à sa recherche. Elle n'y était pas. Sûrement un élève un peu farceur. J'ai remballé le tout, quand un bruit a attiré mon attention. Un bruit de verrou qui provenait des toilettes. Sur le moment, j'ai pensé que l'élève en question était toujours là, à épier ma réaction. Ce n'est que quelques secondes plus tard que j'ai compris que ce n'était pas un élève. Une voix mélancolique, à peine perceptible chantonnait un air triste. On aurait dit une comptine d'enfant mais ça n'avait rien de joyeux. Je ne me souviens plus des paroles maintenant mais ça parlait d'un enfant qui avait perdu sa poupée. Je n'avais jamais entendu ça. J'aurais dû courir, m'enfuir car au fond de moi je savais très bien ce que j'allais trouver derrière cette porte. Je me suis avancé lentement, je n'étais plus qu'à quelques pas de la porte. Je ne voyais rien sous la porte, pas de jambes. Mais je l'entendais, sa voix de vieille dame de plus en plus triste, de plus en plus plaintive. Jusqu'à ce que ma main se pose sur la poignée. Tout s'est arrêté - tout sauf mon cœur qui tambourinait dans ma poitrine. J'ai enclenché la poignée avec l'espoir de ne rien y trouver. Mais elle était là, plus réelle que jamais. Ses deux yeux vitreux fixés sur moi, et son affreux chapeau vissé sur sa tête.

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