Le château d'eau

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Cette semaine, j'étais en vacances chez mes grands-parents, qui habitent dans un village pas trop loin de chez moi. Un soir, en plein repas, la conversation avait dévié sur un sujet qui a attiré mon attention. Ma grand-mère a évoqué une affaire qui avait eu lieu dans la ville, il y a un an ou deux.

Ça s'était passé dans un quartier très proche, et peu de personnes (à part celles concernées) en avaient entendu parler. Pourtant, c'était le cas de ma grand-mère, dont une amie connaissait un couple vivant dans ce quartier.
Un jour, un homme s'était plaint d'une odeur étrange, qui provenait de sa salle de bains. Il avait remarqué que l'odeur émanait de l'eau de la douche et des robinets. Assez vite, il s'était rendu compte qu'il y avait le même problème partout dans sa maison.

Peu de temps après, plusieurs autres cas ont été signalés dans plusieurs foyers. Une famille s'est même plainte de la couleur, du goût écœurant et de l'odeur nauséabonde de l'eau chez eux. La source du problème a rapidement été identifiée : il y avait des travaux dans la ville. Il était donc probable que la couleur vienne de la terre. Pourtant, les habitants signalaient toujours des problèmes avec la qualité : parfois, il y avait des petits morceaux mous, comme des bouts de feuilles, ou des épluchures. Quand le maire a commencé à se plaindre à son tour, une enquête a été ouverte. Il s'est avéré que le problème ne venait pas des travaux. Elle ne venait pas non plus des tuyaux, assez récents selon le témoignage du maire.

Certains habitants menaçaient de partir si le problème n'était pas réglé au plus vite, malgré que la mairie fournissait l'eau potable en bouteilles. L'enquête a continué. La police a décidé d'inspecter le château d'eau qui alimentait les quartiers touchés par le problème, situé à proximité d'une forêt assez dense. Et ce qu'elle a découvert était loin de ce que la population avait imaginé.

La porte d'accès à l'intérieur avait été forcée, violemment. En pénétrant dans le bâtiment, les policiers ont immédiatement remarqué une odeur désagréable inquiétante. Le bassin d'eau avait pris une teinte brune, presque rouge, et des petits morceaux étaient visibles à la surface et au fond. En observant de plus près, les policiers ont remarqué des corps d'animaux en décomposition. Ceux en meilleur état présentaient des traces de morsures. Des parties avaient été arrachées sur les cadavres d'écureuils, lapins, renards, voire sangliers, comme s'ils avaient été dévorés.

La population a été avertie, mais la police n'a pas insisté sur les traces de morsures, en faisant négligemment allusion à des chasseurs, des chiens errants ou même des loups. Le chef des hommes chargés de l'enquête a pourtant avoué que ce n'était pas possible. La porte n'avait pas pu être forcée par un animal, même un sanglier. Ce qui avait enfoncé cette porte était beaucoup trop puissant pour être un animal de la forêt, et l'hypothèse des chasseurs a été rapidement écartée.

Des rumeurs circulèrent bientôt parmi les habitants, décrivant principalement des créatures plus ou moins invraisemblables. Même si la plupart des gens sensés ignoraient ces ragots, la question de ce qui a fait ce carnage reste en suspens.

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