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Rorin leur réserva un accueil plutôt froid. C'était un être étrange. Depuis le temps qu'ils se déplaçaient de mondes en mondes, le couple de magiciens avait croisé quantité de créatures. Il y avait eu beaucoup d'humanoïdes, avec des jambes et des bras en nombre paires, un tronc et une tête. Des êtres capables de se changer partiellement ou entièrement en végétaux ou minéraux avaient également croisés leur route. Les voyageurs avaient même interagi avec des sorciers sans corps tangibles. Slix ne fut finalement que peu surpris de l'allure du nouveau. Il avait une tête énorme à laquelle étaient directement rattachées cinq pattes. C'était, littéralement, une tête sur pattes ! Impossible de distinguer sa bouche, mais elle semblait se trouver sous lui. Le sorcier de la météo était, en plus, couvert de poils aux couleurs changeant en permanence. Même ses mains à quatre doigts, au bout de ses pattes, étaient en partie camouflées par la toison. 

Évidemment, il ne parlait pas un mot de standard et Slix ne comprit rien de ce qu'il déclara à Crystal lorsqu'ils arrivèrent chez lui. En fait de maison, il logeait dans un arbre aux dimensions titanesques. Il y avait bien quelques branches anormales qui semblaient avoir été transformées par magie, mais rien qui ressemblât à une pièce ou quoi que ce fut qu'un humanoïde utilisait habituellement comme demeure. L'arbre maison était au centre d'une étrange clairière, parfaitement circulaire et au gazon impeccable. Pas un brin d'herbe ne semblait plus haut qu'un autre. Ce Rorin ne devait pas être qu'un expert en climat, pensa Slix.

Il s'exprimait avec de nombreux grognements qui entrecoupaient ses mots. Crystal lui répondait dans la même langue, les grognements en moins. C'est ainsi que Slix déduisit que Rorin n'était pas ravi de les recevoir.

— Ce n'est pas ça, expliqua la gardienne. Cette race, les apinorts, n'est pas équipée pour parler. La seule langue qu'ils peuvent apprendre est le Glenophège, mais c'est difficile pour eux. D'où les bruits. Ce ne sont pas des grognements, c'est le son qu'il fait quand il hésite sur un mot. Un peu comme nous on dirait « euh... ».

— Waouw ! Tu te rends compte du nombre de mots que tu viens d'enchaîner, sourit Slix.

Elle se contenta de lui adresser une grimace réprobatrice et reprit sa conversation avec Rorin. Jensy gambadait, légèrement à l'écart. L'homme renard avait totalement oublié sa présence, comme souvent, jusqu'à ce que le regard de sa compagne se braque sur lui, suivant la direction de l'unique œil du sorcier à cinq pattes. Slix se perdit dans la contemplation du chedre un instant et en fut tiré par la main de Crystal sur son épaule.

— Il accepte de nous enseigner quelques sortilèges de manipulation du climat.

— Je ne sais pas si je vais me faire à tous ses grognements, répliqua Slix. J'ai vraiment l'impression qu'il s'énerve.

— On verra demain, répondit tranquillement la jeune femme. Pour l'instant, j'ai faim. Faut pas compter sur lui pour nous héberger ni nous nourrir. Il vit dans cet arbre et ne mange que des sels minéraux qu'il puise directement dans le sol.

— C'est une plante, tu veux dire ?

— En quelque sorte, confirma Crystal.

— OK ! Alors laisse-moi aller chercher quelque chose de pas trop énorme, tu veux ?

Elle acquiesça et Slix déposa un baiser sur sa joue. Il lui assura qu'il serait de retour rapidement – ce dont elle ne doutait pas –, et disparut derrière l'arbre le plus proche.

Crystal resta un instant à regarder dans sa direction avec un sourire triste sur les lèvres. Quelques secondes passèrent et elle s'en retourna vers Rorin. Elle n'aimait pas cet endroit, sans réellement savoir pourquoi. Elle voulait commencer le plus tôt possible l'apprentissage et demanda à la créature de lui parler de la théorie. Ceci leur ferait gagner un peu de temps. Une fois que Crystal aurait compris le fonctionnement de ces enchantements, elle traduirait pour Slix. L'homme renard avait de toute façon déjà décrété que ce domaine ne l'intéressait pas. N'ayant aucune obligation, contrairement à la jeune femme qui devait nourrir le Grand Livre, il lui arrivait de ne pas se prêter au jeu de l'apprentissage.

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