Chapitre 11 : Ombres

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Unborn-Oracle.net, « En tournée avec des stellaires », partie 15

Depuis le temps qu'on vous parle de « changer le monde », vous devez peut-être vous demander ce que l'on entend par là.

Il existe une structure qui parcourt toute la planète ; les stellaires l'appellent l'Arbre-monde et elle donne même son nom à notre monde, dans leur langue : Erdorin. L'Arbre-monde date d'avant la première civilisation sur cette planète et, d'une certaine façon, elle a contribué à la façonner. C'est une sorte de réseau psychique qui, en théorie, connecte toutes les consciences.

Ouais, ça veut dire vous, aussi.

Un des moyens les plus faciles d'y accéder, c'est par l'art ; la musique est notamment un des médias les plus efficaces pour cela. Et c'est exactement ce que nous cherchons à faire : rétablir le lien psychique qui autrefois existait entre les gens, créer une sorte de conscience supérieure où l'individu serait une force pour le collectif et vice-versa.

Ça vous fait un peu peur ? Pour être francs, à nous aussi.

***

— Ça, dit Florianne en regardant l'écran, c'est probablement le truc qui va nous attirer le plus d'emmerdes.

— Bof, répondit Rage, l'air blasé, les gens vont penser qu'on est encore dans notre trip. On risque surtout de voir débouler toute la frange baveuse des conspirationnistes à la sauce new-age.

— Je ne pensais pas à des emmerdes terriennes, à vrai dire. Mais baste...

Et, sur ce, elle cliqua elle-même sur le bouton « Publier ».

Cracovie, 20 juillet 2015

À l'intérieur du bar, la fête battait son plein. Le concert n'avait pas été un de leurs meilleurs, mais le public polonais leur avait réservé un accueil plus qu'enthousiaste. Le genre d'enthousiasme qui se traduit par beaucoup de bouteilles dont le contenu affiche un degré d'alcool peu raisonnable.

Florianne n'y prêta que peu d'attention ; elle avait dans la main une bière locale avec un nom que seul Arel arrivait à prononcer, qui était en train de se réchauffer et à laquelle elle avait à peine goûté. Quelque chose d'autre accaparait son esprit.

— Florianne, ça va ?

Rage s'était approché d'elle ; comme à son habitude, il carburait au thé froid et, du coup, appréciait assez peu l'ambiance. Florianne perçut les fragrances de son esprit : il était inquiet.

— Il y a quelque chose dans l'air...

— Ouais, de l'alcool, de la testostérone et probablement aussi le soutif de Sally, qui n'est pas encore retombé.

— Non, c'est différent.

Rage fronça les sourcils ; elle n'avait pas réagi à l'allusion salace, ce qui ne lui ressemblait pas.

— Tu es sûre que ?...

— Suis-moi !

Elle lui prit la main et partit à grandes enjambées dans la nuit sans écouter ses protestations.

***

La lumière d'un blanc bleuté jaillit de la minuscule lampe-torche à LED ; au contact de Matt, Rage avait appris à ne jamais s'en séparer : on ne savait jamais quand un câble ou un micro allait tomber derrière la scène, dans un recoin obscur et poussiéreux.

Dans le cas présent, le recoin obscur et poussiéreux était un souterrain auquel ils avaient accédé en passant à travers la crypte d'une église, derrière une porte dont le panneau devait signifier un truc comme « accès interdit aux personnes non autorisées ». Ou peut-être « danger de mort ». Ou les deux.

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