Un attroupement s'était déjà formé autour du chanteur. Son borsalino et sa barbe plutôt fournie empêchaient Diane de bien distinguer les traits de son visage. Quelqu'un la bouscula légèrement et le bruit de sa canette dévalant quelques marches fut suffisant pour attirer l'attention du chanteur. Sous son regard perçant, elle n'arrivait plus à bouger. Chaque mot qu'elle connaissait par cœur semblait prendre une signification plus profonde. Les applaudissements à la fin de la chanson furent interrompus par les policiers cherchant à disperser la foule calmement.

Après une brève discussion avec les policiers, le chanteur remonta vers la basilique et tendit à Diane la cannette qu'il avait ramassée.

- Un peu tôt pour l'apéro, non ? demanda-t-il.

- Ce n'est pas la mienne.

Une lueur d'amusement brillait dans ses yeux noisette. Il sourit et repartit. Au lieu de prendre le funiculaire, il descendit par les escaliers. Le cœur battant, Diane le suivit à distance jusqu'à ce qu'il jette la cannette dans une poubelle. C'est alors qu'elle perdit le peu de courage qu'elle avait trouvé pour lui parler sans savoir vraiment ce qu'elle voulait lui dire.

Une fois rentrée dans son loft, elle s'assit sur le grand canapé avec une bière à la main. La poussière s'était accumulée sur sa batterie, son clavier et sa guitare dans le coin musique. Une mélodie commençait à se former dans sa tête. Après un SMS à Rudy lui promettant qu'il aurait sa chanson le lendemain soir, elle but sa première gorgée.

***

Diane s'éveilla au son du verre brisé. Une migraine l'assaillit dès qu'elle se redressa. Et le bruit du verre continuait.

- Alors c'est ce que tu fais avec mon argent, constata Rudy, agitant une bouteille de rhum vide avant de la mettre dans le grand sac poubelle qu'il avait à la main. Et c'est quoi le problème cette fois-ci ?

- Aucun problème, répondit-elle lentement.

Son portable indiquait qu'il était midi.

- Je suis venu chercher ma chanson, déclara-t-il en laissant le sac poubelle à la cuisine avant de la rejoindre au salon.

- Je t'avais dit ce soir.

- Je pars à Montréal ce soir pour une semaine. Je préfère être sûr que Venom pourra bosser sa nouvelle chanson pendant mon absence.

- J'y travaille.

- Je vois ça.

Il était trop tôt pour une séance de morale teintée de sarcasme. Diane se massait les tempes quand Rudy la força soudainement à se lever.

- Je croyais que tu avais arrêté de boire, dit-il en la secouant légèrement.

- J'ai bien le droit de boire un peu pour me détendre. Lâche-moi.

La force qu'elle employa pour se dégager lui fit perdre l'équilibre et elle retomba sur le canapé.

- Ne me fais pas le moral, murmura-t-elle sans affronter son regard. Je vais bien. J'ai juste bu un peu .

- Où est ma chanson ? demanda-t-il d'un ton résigné après un court silence.

- Donne-moi juste un peu de temps. Je te l'enverrai dans deux jours au plus tard.

Rudy soupira et réarrangea son écharpe avant de se diriger vers la porte.

- Je ne te laisserai pas gâcher ton talent. Tu repars en cure de désintox si tu es encore dans cet état à mon retour.

L'avertissement était suffisamment clair pour que Diane réussisse à résister à une bière jusqu'à la fin de la journée. Néanmoins, cette sobriété n'était pas plus fructueuse que son ivresse. La page de son cahier était couverte de ratures, d'émotions qu'elle ne ressentait pas. Et trois bières n'y changèrent rien. En désespoir de cause, Diane se rendit sur les quais de la Seine.

Facteur XYLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant