Terminus

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L'école vient de se terminer. Je n'arrive pas à me faire des amis du tout, les autres enfants sont effrayés par moi parce que je n'ai pas de parents. J'essuie une larme sur ma joue. Je n'ai pas à pleurer, je ne suis pas la plus malheureuse. Je suis égoïste.
Je marche jusqu'à l'orphelinat où j'habite. Personne ne veut d'une petite fille comme moi, je suis trop grande et trop laide pour les adultes. Et je commence à les comprendre. Ils préfèrent tous un bébé qu'ils pourront façonner à leur image tandis que mon caractère est tout tracé, et que je n'aimerai jamais personne comme mes vrais parents. Je ne les ai jamais rencontrés, mais je sais que je peux les aimer, malgré ce qu'ils m'ont fait.

Je suis plongée dans mes pensées, puis quelque chose m'interpelle : Il n'y a aucun bruit. Cette rue est pourtant très animée d'habitude, mais ici le silence est complet. Même les feuilles brunies ont arrêté de tomber des arbres ! Je ne comprends pas... Je marche dans la rue toute silencieuse, et mes pas résonnent. Je chantonne pour me rassurer, mais ça ne marche pas, ce silence est vraiment inquiétant.

J'ai l'impression d'être surveillée. Il me semble entendre des chuchotements derrière moi, mais je ne sens pas d'air. Je frappe du pied par terre pendant que je marche pour essayer de combler le silence par un bruit, n'importe lequel. Mais l'air est lourd, et je me sens étouffée à mesure que j'avance. J'ai peur, mais je ne comprends pas pourquoi. Le décor est familier, pourtant, je me sens... Ailleurs.

Une voiture ! J'entends un moteur derrière moi. Je me retourne, pour apercevoir une voiture noire assez normale. Je me sens rassurée. Arrivée à mon niveau, la voiture s'arrête et la fenêtre se baisse. Le visage de l'homme qui la conduit me rappelle quelque chose. Il m'adresse la parole, criant presque :
« Hey ! Tu es bien Sophie ? L'orphelinat m'a demandé de venir te chercher ! »
Je ne sais pas quoi répondre. Je sais que l'orphelinat envoie quelquefois une voiture pour chercher les élèves, mais ils ne le font en général qu'en cas d'urgence. M'auraient-ils trouvé des parents d'adoption ? Cette idée me réjouit, et j'ouvre la portière arrière de la voiture. J'ai l'impression de nager dans le bonheur.

Mais une fois installée sur la banquette en cuir, rien n'est pareil. Les fenêtres, que je croyais teintées, sont en fait opaques, et il y a une autre de ces fenêtres entre le chauffeur et moi. Je suis dans le noir complet. J'essaie de parler au chauffeur, pour au moins me rassurer, mais mes paroles se perdent dans le silence. Un silence du même genre que celui de tout à l'heure.

Je sens une main saisir ma cheville !

J'essaie de bouger la jambe, sans rien voir, mais mes muscles sont engourdis par la force de cette prise. Je crie, je hurle pour que le chauffeur me vienne en aide, mais il n'y a autour de moi que le silence, et rien de plus.
Tous mes membres sont attrapés avec force par des choses semblables, je ne distingue absolument rien. Je crie toujours, mes poumons brûlent.
Je ne sens plus ma main. J'ai l'impression que mon sang se vide sur la banquette en cuir, tandis que les « mains » que je ne vois pas m'écartèlent. Sous mes cris, j'entends mes rotules craquer sèchement tandis qu'une bouffée de chaleur se propage dans tout mon corps, pour laisser place à la souffrance.

Je m'évanouis.

À mon réveil, je suis sur un chemin de campagne. Quel paysage affreux ! Des arbres morts sont disséminés tout autour de moi. Sur le sol boueux sont placés quelques brins d'herbe flétris. Je suis écrasée au sol par mon poids et par le silence. Je baigne dans mon sang.
Et puis je les vois. Un jeune couple, sur ce petit chemin. Je sais... Je sens que ce sont mes parents. Ils rient joyeusement, perçant le silence par leurs éclats de rire. Ils se moquent de moi. Tandis qu'ils partent, riant sur ce petit chemin, j'essaie de crier pour qu'ils me viennent en aide, mais je suis étouffée par le silence.

Je n'aurai l'aide de personne.

J'ai mal.

Voici l'histoire que le Livre vous a choisi.
Vous avez eu l'impétuosité de venir contempler ses pages.
Il ne vous pardonnera pas.
Il vous traquera. Il attendra que vous soyez seul.
Il se moque de vous.
Vous avez gâché les années de vie qu'il vous restait.

Fuyez, ne vous retournez pas.
Tentez de vous cacher, vous n'y parviendrez pas.
Votre mort sera douloureuse, et votre après-vie effroyable.

Adieu.

Don't Read at Night | Tome 1Lisez cette histoire GRATUITEMENT !