Dans les bois

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Quand j'étais gamine, je vivais seule avec ma mère. On vivait dans la propriété de ma grand-mère, une vieille ferme à trois étages juste en bordure des bois. C'était assez loin de la route, au bout d'un long et obscur chemin de gravier - on se sentait vraiment isolé, la nuit, étant loin de toutes les autres maisons, dans cette zone qui n'avait pas été habitée depuis 30 ans au moment où on s'y était installées. Assez souvent, j'étais une enfant très turbulente, et quand ma mère partait travailler, il arrivait que je ne prenne pas le bus scolaire et que je passe la journée seule à la maison. On se sentait souvent incroyablement seul et isolé dans cette grande maison, alors je passais le plus clair de mon temps dans la forêt qui s'étendait derrière. À bonne distance dans les bois, assez loin pour que je ne puisse plus entendre les appels de ma mère, il y avait un pin couché qui s'était abattu sur un autre - un énorme tronc se tenait, à présent, figé comme un arc au-dessus du sol de la forêt. J'adorais grimper sur la souche déchiquetée au pied de cet arbre tombé et me maintenir quelque part vers le milieu. Je n'arrivais jamais à continuer jusqu'en haut parce que la pente devenait simplement trop raide pour continuer, et j'avais la manie de me faire peur en regardant à quelle hauteur j'étais.

Un jour, alors que j'étais assise à mon endroit habituel sur l'arbre tombé, assez loin du sol, j'écoutais les chants des oiseaux en profitant de la chaleur du soleil sur ma nuque, quand j'ai entendu quelque chose en bas qui m'a paralysée de frayeur.

"Hé, gamine."

J'ai été prise d'un soudain accès de peur pendant un moment. La voix venait de juste en-dessous de moi. Je me suis penchée pour regarder en bas, mais le bord du tronc me masquait la vue. Pendant un long moment, je suis restée là, silencieuse, et j'en suis arrivée au point où j'étais presque convaincue d'avoir simplement imaginé cette voix.

"Je sais que tu peux m'entendre."

Sa voix était bien plus forte cette fois, si forte que j'ai hurlé de frayeur et que je me suis hissée un peu plus haut sur la grume. Tremblant nerveusement, j'ai enfoncé mes ongles dans l'écorce en m'accrochant étroitement à la vie. Je me suis assise là, tentant de garder mon calme pour Dieu sait combien de temps encore. Même si je ne la voyais pas, la présence de la chose en-dessous de moi était claire. Les chants d'oiseaux étaient devenus plus bas, plus timides, et en écoutant attentivement, j'entendais clairement une respiration humaine. Rassemblant tout mon courage, je me suis décidée à me prouver que tout ça n'était que mon imagination en me penchant le plus loin que je pouvais sans risquer de tomber. M'accrochant fermement à l'écorce derrière moi, j'ai allongé les bras et regardé en dessous, obtenant une large vue sur les sous-bois, quand soudainement-

"-DESCENDS TOUT DE SUITE OU C'EST MOI QUI VIENS TE CHERCHER!"

La voix était si forte que j'ai eu l'impression qu'elle m'avait crié en pleine face. De frayeur, j'ai relâché mon emprise sur le tronc et j'ai basculé de la plateforme. Je n'ai évité la chute qu'en m'agrippant à une branche proche, et pendant une horrible seconde, mes jambes nues se sont balancées dans l'air frais. Dès que j'ai pu me hisser sur le tronc, j'ai couru à toute vitesse au sommet du pin tombé, jusqu'à un point que je n'avais jamais atteint jusque-là. Je me suis arrêtée là, juste en-dessous de la cime qui craquait, me pissant dessus, fixant le pied de l'arbre où le bois partait en échardes, m'attendant à tout moment à voir quelqu'un ramper vers moi le long du tronc. Au lieu de ça, je n'ai entendu que le vent qui sifflait dans les feuilles autour de moi, et parfois quelques chants d'oiseaux. Il a dû s'écouler à peu près deux heures avant que ma mère rentre à la maison et me trouve, après bien des recherches, des tremblements, et des cris au sommet de l'arbre tombé.

Même si cet incident nous a beaucoup effrayées ma mère et moi, j'ai assez vite récupéré -les enfants sont naïfs à se montrer forts- même si je ne suis plus allée aussi loin qu'avant dans la forêt, et que je n'ai plus jamais ne serait-ce qu'approché cet arbre mort.


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