C'est alors que l'orage avait éclaté. Dans la montagne, le temps change très rapidement, et j'étais le premier à le savoir... Pourtant, j'ai suivi Léo lors de cette expédition... Putain.. Ce que je suis con... Putain... Léo... Sale connard... Je suis désolé...

Re', lecteur. Je me suis mis à pleurer en écrivant, et j'ai fait ce que ma psy appellerait une ''rechute''. En gros, je ne sais plus ce que je fais, je délire à propos de ce que j'ai vécu. D'après ma mère, je me tape même la tête contre le mur. C'est vrai que j'ai mal au crâne...
Je vais arrêter là. Écrire, ça ne me fait rien de bien. Je devrais juste balancer ce torchon dans une poubelle.

... Je suis pas fier. J'ai pas tenu trois jours. Étrangement, ça me manquait. Peut être que la psy avait raison, que ça me fait du bien, d'écrire.
Bref... L'orage a éclaté, et on était bien moins enthousiastes. À vrai dire, on pensait même à rentrer. Mais voilà, avec le mauvais temps, la brume s'était levée. Impossible de retrouver son chemin, même avec Google Maps.
« C'était peut être pas une bonne idée, de s'éloigner comme ça ! » ai-je hurlé pour couvrir le tonnerre.
Je pense qu'il a opiné de la tête, mais avec le brouillard, on ne voyait pas plus loin que deux ou trois mètres. J'ai eu peur que l'on se perde de vue, alors j'ai sorti de mon sac une corde. Léo m'a regardé faire, avant de siffler.
« Wah, tu sors toujours avec la panoplie du parfait alpiniste sur toi ? »
Du moins, je suppose que c'est ce qu'il a dit, vu que je n'ai rien entendu à cause de la tempête. Dans le doute, j'ai haussé les épaules. Il est vrai qu'avant cet événement, je ne sortais jamais dans la nature sans un couteau suisse, une corde robuste et un guide de survie. Question d'habitude.


On s'est attachés l'un à l'autre, et on a repris la marche. Au début, on se racontait des blagues, afin de ne pas paniquer. Ensuite, ça a été le tour des derniers potins au bahut, puis des histoires d'horreurs. Puis, on s'est mis à parler en même temps, à se raconter n'importe quoi, même les infos les plus basiques. J'ai entendu Léo répéter trois fois qu'il était allergique à la lavande. Et je sais que ce que je disais n'était guère mieux. À la fin, on ne faisait que s'appeler toutes les trente secondes. Je pense que tout ce que nous voulions, c'était entendre la voix de l'autre. Savoir qu'on était pas seuls.

Petit à petit, l'orage s'est effacé, mais pas la brume. Ce n'est qu'après une demi-heure de marche environ que Léo a commencé à se comporter bizarrement.
« Dis, tu as entendu ? a-t-il lâché brusquement.
– T'es lourd, mec, ai-je articulé. Arrêtes de vouloir me faire peur.
– C'est sérieux ! » a-t-il répondu.
J'ai voulu rire, mais mon ricanement s'est coincé dans ma gorge. La voix de mon ami était trop tendu pour que ce soit une blague. Alors, j'ai lâché d'un ton presque assuré :
« C'est le vent sur les rochers.
– Je ne crois pas, a-t-il insisté. Sinon le brouillard aurait déjà dégagé. C'est la cinquième fois que j'entends ça.
– Peut être un tout petit vent ? Une brise ? » ai-je fait sans trop y croire.
Cela ne l'avait pas convaincu.

Après un moment, je l'ai entendu aussi. Un long gémissement plaintif, presque enjôleur. Pensant que cela n'était que mon imagination, je me suis mis à siffloter pour cacher ma peur. Presque immédiatement, un deuxième hululement a retenti, plus insistant, plus fort, comme pour me répondre. C'était bizarre, on ne savait pas exactement d'où ça venait, on aurait dit une sorte d'écho qui retentissait dans toutes les directions.
J'ai sursauté, et un mouvement dans la brume m'indiqua que Léo avait fait de même.
« Tu l'as entendu, cette fois ! m'a-t-il chuchoté.
– Ouais... ai-je répondu sur le même ton.
– C'est super flippant... »
Je n'ai rien répondu.
« On devrait se casser d'ici vite fait... a-t-il continué. T'imagines si ce truc nous trouve... »

À ce moment précis, un autre grognement a retenti, plus proche et plus agressif. Sauf que cette fois, je compris qu'il ne s'agissait pas que d'une créature, mais de plusieurs créatures, hurlant à l'unisson...
On a pété les plombs et on est partis en courant, gueulant comme des malades. Ce n'était pas une réaction appropriée, c'est sûr, mais nos nerfs avaient trop souffert de la pluie, du tonnerre, de la brume et des hurlements pour supporter davantage. Encore maintenant, je me demande ce qui se serait passé si nous n'avions pas détalé ainsi...
J'étais en tête, mais je sentais Léo, derrière moi, qui courrait aussi vite qu'il le pouvait, hurlant de terreur, saisi par la même terrible peur qui serrait mes propres entrailles. Je ne me souviens pas vraiment de la durée de notre course. Je me souviens juste que celle-ci s'arrêta brusquement lorsque mes pieds rencontrèrent le vide. Je tombais soudainement, sans cesser de hurler, dans un abysse de ténèbres, entraînant Léo à ma suite.


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