L'Irlande sous la pluie

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Qu'est-ce qu'on fait en voyage lors d'une journée pluvieuse ? Grimper une montagne, peut-être ?

Nous étions tout simplement heureux. Mon compagnon et moi foulions enfin le sol d'Irlande, un rêve qui nous habitait depuis si longtemps. L'année de nos 50 ans a servi de toile de fond pour ce superbe projet de vie. Bien sûr, nous aurions plutôt souhaité un soleil radieux pour mieux contempler la beauté légendaire du comté Donegal, le comté le plus au nord de la république d'Irlande. Or, il pleuvait des cordes pour une troisième journée d'affilée. Nos deux cœurs, habituellement amoureux de la nature, tentaient difficilement de faire fi de ce contretemps, de s'accommoder de la réalité du moment.

La veille, nous avions visité la côte ouest de la région bordée par l'océan Atlantique, nous étonnant au passage de voir toutes les similarités avec nos côtes d'Amérique, juste en face. Les épaisses couches de nuages couvraient tout de tons de gris et la pluie embrouillait tout, mais nous avions ignoré délibérément ce temps morne. Les paysages exceptionnels et merveilleux se succédaient, nous invitant à effectuer de nombreux arrêts afin d'emmagasiner dans nos cœurs toute la beauté des lieux. Au hasard de notre promenade, tout exigeait que Denis prenne des photos ou que je note la description des lieux et leurs odeurs dans un calepin : un panorama extraordinaire, une auberge typique, un véhicule inhabituel et des gens fort représentatifs de ce coin de l'univers.

Quelques villages sympathiques ressortaient ici et là, distancés de plusieurs kilomètres. L'espace entre deux hameaux était encombré de collines, de pics acérés et de vallées herbeuses. Au bord de la mer, la rive morcelée nous offrait des plages spectaculaires où les hautes vagues semblaient provenir directement du Groenland. Glissés entre les falaises abruptes, ces bassins de sable blond n'étaient fréquentés que par quelques goélands assez téméraires pour affronter l'eau glacée qui tombait du ciel et deux Québécois en quête de sensation.

Ce matin, nous avons l'impression que le soleil a perdu de sa mémoire ce coin de terre rocheux, oubliant tout simplement de le réchauffer. Le découragement brule notre enthousiasme. C'est la huitième journée de cette grande vadrouille inventée pour mieux explorer l'Irlande. Nos âmes de poète parlent depuis longtemps de ce périple, lui attribuant même le nom fabuleux de « voyage au pays des Celtes ». Aujourd'hui, notre itinéraire propose une escapade en nature, une sorte d'accalmie au centre du tourbillon formé de toutes ces visites des lieux historiques éparpillés sur l'île émeraude.

La région regorge de sentiers pédestres. Dès le déjeuner, dans le hall de l'hôtel, les marcheurs de tout acabit se préparent à affronter les éléments en vue d'une expédition quelque part sous la flotte. L'idée de les rejoindre nous donne des fourmis dans les jambes. Nos cœurs de montagnards se remplissent de bonheur. Alors, pourquoi ce mauvais temps venait-il briser notre joie enfantine ? Nos soupirs en disent long. Bon ! Il vaut mieux s'accommoder de ce que la nature nous offre. C'est toujours comme ça en voyage.

L'ascension du mont Errigal s'inscrivait comme l'objectif principal de notre visite dans le Donegal. Or, tous les livres consultés répétaient la même chose : une grimpée en pente raide, parfois sur les pierres glissantes et coupantes. Les bottes de marches en montagne étaient de rigueur, tout comme les imperméables, en tout temps. L'avis sévère ne pouvait pas être plus clair : « à vos risques et périls quand la visibilité est mauvaise. » Ce jour-là, les rafales de l'Atlantique giflaient autant les pics que les vallées et l'épaisse couverture de nuages flottait trop bas à l'horizon, nous interdisant de prendre le risque.

Nous sommes si déçus ! De la fenêtre de notre chambre d'hôtel, nous regardons la pluie qui tombe rageusement; les gouttes fouettées par le vent claquaient fort sur la vitre. Le visage de mon conjoint affiche une témérité sans borne, alors que je tente d'écouter la voix de la raison. Pas facile. Notre expérience de la randonnée pédestre sur de nombreux sentiers escarpés un peu partout sur la planète retient à peine notre ardeur. Agir avec prudence et respecter les forces de la nature font partie de nos bagages, mais notre hardiesse légendaire nous bouscule malgré le contretemps...

Deux Québécois en vadrouille en IrlandeLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant