Je décidai de ne pas aller dehors.

Au lieu de ça, je levai mon téléphone en direction de la lucarne de la porte, et vérifiai la réception.
Les barres du réseau remplirent le signal, et je souris. Il était temps d'entendre la voix d'une autre personne, je me souviens m'être dit, soulagé. Quel étrange sentiment que celui d'avoir peur sans la moindre raison. Je secouai la tête, riant de moi-même en silence. J'appuyai sur une touche du téléphone, activant la numérotation abrégée pour le numéro du portable de mon amie la plus chère, Amy, et tins l'appareil à mon oreille. Il sonna une fois... puis s'arrêta. Rien ne se produisit. Je n'écoutai rien d'autre que le silence durant une bonne vingtaine de secondes, puis je raccrochai. Je fronçai des sourcils, et vérifiai le réseau à nouveau – toujours plein. Je m'apprêtai à enfoncer la touche à nouveau lorsque le téléphone retentit au creux de ma main, me surprenant. Je l'amenai à mon oreille.

«Allô ?» demandai-je, réprimant presque instantanément le léger choc d'entendre l'écho d'une voix, bien que ce fut la mienne.
Je m'étais habitué, malgré moi, aux bourdonnements monotones de la chaufferie, à ceux de mon ordinateur et des machines à soda dans le couloir. Il n'y eut aucune réponse au début, mais ensuite, finalement, une voix se fit entendre.

«Hé, salut !» dit une voix d'homme, nette, l'âge d'étudiant sans doute, comme moi.
«Qui est à l'appareil ?»
«John» répondis-je, confus.
«Oh, désolé, mauvais numéro !» répliqua-t-il avant de raccrocher.

J'abaissai le téléphone et m'appuyai contre l'épais mur en briques de la cage d'escalier. C'était bizarre. Je regardai la liste des appels reçus, mais le numéro était inconnu. Avant que je n'aie pu y réfléchir davantage, le téléphone sonna intensément, et à nouveau, me surprit. Cette fois-ci, je regardai qui m'appelait avant de répondre. Il s'agissait d'un autre numéro inconnu. Cette fois-ci, je tins l'appareil à mon oreille, sans rien dire. Je n'entendis rien sinon le bruit de fond général de n'importe quel téléphone. Soudain, une voix familière brisa ma crispation.

«John ?» fut le seul mot, dans la voix d' Amy.

Je laissai échapper un soupir de soulagement.

«Hé, c'est toi», répondis-je.

«Qui d'autre, ça pourrait être ?» répliqua-t-elle. «Oh, oui le numéro. Je suis à une fête sur la 7ème Avenue, et mon portable m'a lâchée juste au moment où tu appelais. C'est le téléphone de quelqu'un d'autre, évidemment.»
«Ah, ok», répondis-je
«Et toi, t'es où ?», demanda-t-elle.

Mes yeux se posaient furtivement sur les murs ternes, en blocs de cylindres et peints à la chaux, ainsi que sur la lourde porte métallique avec sa petite fenêtre.

«À mon immeuble», soupirai-je. «Je me sentais enfermé. Je n'ai pas réalisé qu'il était si tard.»
«Tu devrais venir me rejoindre» dit-elle, en riant.
«Nan, je ne me sens pas d'humeur à chercher par moi-même un lieu étrange en plein milieu de la nuit», dis-je en regardant par la fenêtre à la rue au vent silencieux qui m'effrayait tout de même un peu, en secret. « Je pense que je vais simplement continuer à travailler, ou aller au lit.»

«Mais non !» répondit-elle. «Je peux venir te chercher ! Ton bâtiment est prêt de la 7ème, non?»
«Combien de verres t'as bu ?» répliquai-je de gaieté de cœur. «Tu sais où j'habite.»
«Oh, bien sûr» dit-elle brusquement. «Je suppose que je ne peux pas y arriver à pied, n'est-ce pas?»
«Tu pourrais si tu voulais perdre une demi-heure.» lui répondis-je.
«C'est juste !», dit-elle. «Bon, OK, je dois te laisser, bonne chance avec ton projet!»

À nouveau, j'abaissai le téléphone, en regardant les numéros clignoter alors que l'appel se terminait. Puis, le silence bourdonnant se réaffirma dans mes oreilles. Les deux appels étranges et l'inquiétante rue dehors ne faisaient qu'accentuer ma solitude dans cette cage d'escalier vide.
C'est peut-être le fait d'avoir regardé trop de films d'horreur qui m'a soudainement fait avoir l'idée inexplicable que quelque chose pouvait regarder à travers la fenêtre de la porte et me voir, une sorte d'horrible entité qui rôdait au bord de la solitude humaine, n'attendant qu'à fondre sur ceux trop confiants et qui se seraient éloignés, loin, des autres êtres humains. Je savais que la peur était irrationnelle, mais personne d'autre que moi n'était présent, alors... J'ai sauté en bas des escaliers, les dégringolant jusqu'à atteindre le couloir en bas menant à la porte de ma chambre, et refermant la porte aussi rapidement et silencieusement que je le pouvais.
Comme je l'ai dit, je me sens un peu ridicule d'avoir été effrayé pour rien, et la peur s'est déjà évanouie. Mettre tout ça par écrit aide beaucoup- ça me fait réaliser que rien n'est anormal. L'écriture nous purifie des pensées et des peurs à moitié formées et ne laisse que la froide réalité, seulement composée de faits solides et avérés.
Il est tard, j'ai reçu un appel d'un mauvais numéro, et le téléphone d'Amy est hors-service, alors elle m'a rappelé avec un autre numéro.
Rien d'anormal ne se passe.

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