«Tu n'as rien à faire; que me regarder»

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Il s'était installé dans le siège. Des draperies noires disposées tout autour lui coupaient la vue ; il ne percevait donc la chambre que par l'interstice étroit décrit par le cadre en bois, devant lui. Il n'osa pas demander ce qu'il devait faire.
« Tu n'as rien à faire, répondit Clarimonde malgré ce silence. Que rester là et regarder. »
Elle n'avait pas besoin de donner cet ordre. Même s'il avait pu diriger son regard hors du cadre, il n'aurait jamais détourné les yeux cette silhouette splendide. Il se sentait englouti par le siège de bois, comme s'il pesait des tonnes, et ne trouvait plus la force de remuer un doigt. Toute son énergie se concentrait à une seule fonction : la contempler, et imprimer à jamais dans son âme ce spectacle à nul autre pareil.
Clarimonde le regardait sans le voir, comme s'il y avait effectivement eu une glace entre eux. D'un geste posé, elle détacha sa coiffure, et un fleuve d'or se déversa sur ses épaules fines ; il crut que son cœur s'était arrêté. Elle sortit un moment du cadre, et il passa tout près de gémir ; mais elle revint bientôt avec une brosse et commença à dénouer ses cheveux dociles, provoquant des ondulations harmonieuses et soulevant sa poitrine à la suite de ses bras. Le rituel se prolongea de longues minutes, durant lesquelles il respirait le moins fort possible, de peur de briser le charme. À certains moments, elle se pencha en avant, qu'il puisse voir son visage de plus près, mais il ne pouvait alors détacher les yeux de son décolleté. Et elle riait, et traversait parfois de la main la glace invisible pour saisir gentiment sa tête et la remettre dans l'axe. Il avait honte, car il savait qu'elle lisait ses pensées, qu'elle les connaissait mieux encore que lui-même ; il avait peur d'être un miroir fêlé, qui ne rendait que modestement service et qu'il conviendrait de remplacer. Mais elle continuait malgré sa faiblesse, malgré son désir et les fantasmes inavouables qu'il ne pouvait s'empêcher de couver. En esprit, il arrachait ses vêtements avec violence, avec hargne, avec haine, comme des ennemis venus le frustrer de la contemplation sacrée. Lorsqu'elle commença à dégrafer son corsage, il ne voulut croire à sa joie. La poitrine compressée de la femme recouvra sa liberté, s'élança vers lui comme pour le rejoindre avant de rebondir, retenue par des dessous écarlates qui découpaient la peau d'albâtre de larges lignes de sang.

Myriam et le Cercle de ferLisez cette histoire GRATUITEMENT !