L'accident

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Aujourd'hui fut une bonne journée, bien qu'un peu fatigante.
Il était 19h, j'étais au volant, j'envoyais un message à ma femme pour lui dire que j'arrivais dans une petite heure. On fêtait nos 11 ans de mariage ce soir, je lui avais acheté un cadeau. J'espérais que ça lui plairait, j'avais mis longtemps à choisir. Je relevai les yeux de mon portable.  Quelqu'un se trouvait en plein milieu de la route.

   « MERDE ! »

Je donnai un violent coup de volant vers la droite pour l'éviter, quittant la route. La voiture finit sa course dans le fossé.

Après 5 bonnes minutes, je repris finalement conscience. Quelqu'un me traînait sur le sol. Sans réfléchir, je me mis à hurler et à me débattre, essayant désespérément de me dégager de l'emprise de cet inconnu. Il s'arrêta, se retourna brusquement et je n'eus pas le temps de voir son visage qu'il me rua de coups. Je perdis de nouveau connaissance.

Quand j'ouvris  les yeux, tout était noir autour de moi. Ma tête me faisait horriblement mal. Je voulus me relever, mais mon front se cogna contre une paroi de bois, et je fus donc obligé de rester allongé. À tâtons, je cherchai une issue... en vain. Commençant à sérieusement paniquer, je passai mes mains sur tout ce qui m'entourait. Au bout de quelques instants, elles s'arrêtèrent sur quelque chose d'étrange.
Long, mince, froid, qu'est-ce que cela pouvait bien être..? Il y en avait plusieurs, j'en pris un entre mes deux mains. D'un coup, je compris. Des os. Un squelette tout entier même. Pris de nausées, je lâchai ma trouvaille dans le néant. J'avais été enterré vivant, dans la tombe d'un autre. Mon premier réflexe fut d'hurler à l'aide, frappant aussi fort que je pouvais contre le couvercle de ma prison de bois, priant le bon Dieu que quelqu'un m'entende. Après plusieurs minutes, je me rendis pourtant à l'évidence.
Personne ne m'entendrait.

Je ne savais pas depuis combien de temps j'étais là, mais une chose était sûre, il ne devait pas me rester d'oxygène pour plus de quelques heures. M'efforçant de me calmer et d'essayer de respirer le plus lentement possible afin économiser l'air, je ne pus m'empêcher de pleurer. Allais-je donc mourir ici ? Je pensais à Hélène qui devait m'attendre avec les enfants, sans savoir où j'étais, probablement morte d'inquiétude...
Sans espoir, je tapais contre le bois du cercueil, quand j'eus enfin une idée. Frappant sur les différentes parois, je me rendis compte que l'une d'elles sonnait creux. J'avais vu juste. Je me trouvais sûrement dans un cimetière. Une lueur d'espoir m'envahit. Le son creux était peut-être dû au fait qu'une tombe avait récemment été creusée à côté de la mienne, encore vide donc, juste un grand trou dans la terre, probablement à moins d'un mètre d'intervalle, deux tout au plus. Si j'arrivais à m'extirper de cette boîte, il me suffirait de creuser un peu et de me laisser glisser dans l'emplacement voisin.
Par chance, le cercueil paraissait plutôt ancien, les planches devaient donc simplement être clouées entre elles. La paroi se trouvait derrière ma tête. À l'aide d'un os présent dans le cercueil, j'entrepris de gratter chaque coté de la planche de bois afin de la faire céder. Malgré le travail pénible que cela représentait, je devais faire vite car déjà l'air commençait à me manquer.

Je ne sais pas combien de temps il me fallut pour parvenir à arracher le bois, et plusieurs fois l'envie me prit d'abandonner. Enfin la planche céda. Je lâchai l'os et commençai à creuser la terre à mains nues. Repoussant celle que j'enlevais vers le fond du cercueil, je parvins finalement à passer la main dans la fosse d'à coté. Fou de joie, j'élargis le trou jusqu'à pouvoir me traîner jusqu'à la sortie.
Jamais je n'avais été aussi heureux de respirer de l'air frais. Remontant de la sépulture vide, je sortis du cimetière aussi vite que mes jambes me le permirent. Une fois dehors, il y avait une route. Je me jetai sur la première voiture qui passait par là, et, sans même prendre le temps de raconter mon histoire, je suppliai son conducteur de me ramener chez moi, ce qu'il accepta sans poser de questions.

Montant les marches du perron à toute vitesse, je rentrai chez moi. La pendule indiquait 2h47. Hélène dormait paisiblement dans le canapé, sûrement avait-elle dû m'attendre longtemps. Je la réveillai. Elle parut tout d'abord surprise, et m'écouta raconter toute mon aventure sans rien dire. « Il faut aller prévenir la police ! » m'écriai-je, mais Hélène ne semblait pas de cet avis. Elle me fit remarquer l'heure tardive, sans parler du fait qu'il n'y aurait probablement personne au poste. «C'était notre anniversaire de mariage hier, tu ne veux pas dormir au moins un peu avant d'aller parler à la police..?» Elle n'avait peut-être pas tort après tout... Quelques heures de repos ne me feraient pas de mal, histoire de reprendre mes esprits.
Accompagné de ma femme, j'allai me coucher, semant mes vêtements tachés de boue sur le chemin. Une fois au lit, Hélène partit dans la salle de bain, et revint cinq minutes plus tard en lingerie fine. «Qu'est ce que tu fais ? » Demandai-je, agréablement surpris. M'attachant les poignets au lit, elle répondit qu'il n'était jamais trop tard pour fêter 11 ans d'un délicieux mariage. Détachant ses cheveux, elle se mit à califourchon sur moi : « Cette journée a dû être épuisante pour toi, mais quelle idée a eu cette femme de se jeter sur la route ? » Je devins subitement pâle. « Mais, je ne t'ai pas dit qu'une femme s'était pratiquement jetée sous mes roues, simplement que j'avais eu un accident... » Elle ne répondit pas, et saisissant un coussin, elle se mit à rire, mais d'une façon que je ne lui connaissais pas ; presque démoniaque.

     « Tu n'aurais jamais dû sortir de ce cercueil Mark... »

Don't Read at Night | Tome 1Lisez cette histoire GRATUITEMENT !