FianZailles, par Jérémie Lebrunet

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Le soleil de septembre brillait au-dessus des rangées d'immeubles bordant l'avenue où je me trouvais. Le vent frais charriait une puanteur écœurante. Charogne et œuf pourri. Je remontai mon foulard sur mon nez, même s'il filtrait à peine l'odeur.

Essoufflé, je m'étais accroupi dans le renfoncement qu'offrait la porte d'entrée d'un immeuble décrépi. Piètre cachette à l'avancée de la horde, mais je ne voulais pas rester à attendre mes prédateurs à découvert, comme un faisan d'élevage devant le fusil d'un chasseur.

Je venais de me faire surprendre comme un bleu. Puisque le scooter récupéré à l'entrée de la ville était tombé en panne sèche peu après, j'avais entrepris de démonter la roue d'un vélo cadenassé pour m'en emparer, en oubliant quelques instants de surveiller les environs. Un défaut de vigilance qui risquait de me coûter cher si je ne parvenais pas à me tirer rapidement de ce mauvais pas.

Ce n'était pas la première fois. Mes compagnons avaient été capturés quinze jours plus tôt par une escouade de frelons – le surnom que nous donnions aux drones aliens – et je me sentais désespérément seul. Seul et menacé, sans personne sur qui compter. Depuis la chute de notre civilisation, vivre était devenu très dangereux, avec la menace permanente de se retrouver prisonnier de nos mystérieux envahisseurs venus d'outre-espace, pour subir je ne sais quelles expériences ou quels travaux forcés. Ou pire encore...

Même la mort ne promettait plus un repos bien mérité puisqu'on pouvait désormais passer l'éternité sous la forme d'un macchabée errant, affamé et décharné. Vu leur nombre, si mes poursuivants me mettaient la griffe dessus, il ne resterait de moi qu'une carcasse dégarnie après la curée. Le virus me transformerait en quelques dizaines de minutes, mais je ne ferais pas un beau zombie. Hors de question de finir comme ça !

Malgré mes jambes faibles et les poumons qui me brûlaient, je resserrai les sangles de mon sac à dos et repris ma course dans la rue où stationnaient des voitures depuis longtemps abandonnées. Contrairement à ce que l'on voyait dans les films, les clés se trouvaient rarement sur le contact et je n'avais aucune chance d'en démarrer une avec les fils.

Les grognements redoublèrent d'intensité, signe que les créatures m'avaient repéré. Je n'osais pas me retourner, de peur de découvrir leur nombre. La route forma bientôt un coude, suivi d'une longue descente. Le centre-ville n'était pas loin. En admettant trouver une porte qui s'ouvre – et je n'avais guère le temps de les essayer toutes –, j'aurais certainement pu me réfugier dans une cour intérieure, dans les étages ou sur les toits, mais il y avait trop de risques de me retrouver piégé par les claudicards.

La rue rejoignit une avenue bordée d'arbres qui longeait le bord de la rivière. Son niveau n'était pas très haut : les pluies d'automne tardaient à venir en gonfler le cours. Il me serait peut-être possible de trouver un endroit pas trop profond où traverser. L'espoir me fit accélérer en dépit d'un point de côté naissant. Les zombies auraient du mal à me suivre dans l'eau, car ils ne nageaient pas et se contentaient de marcher dans le courant.

J'allais ralentir en arrivant sur les quais quand une troupe de morts-vivants déboula sur ma droite. Dissimulé par l'angle du bâtiment, je ne les avais pas vus approcher. J'esquivai les moignons de main du plus proche, à deux mètres de moi, et obliquai vers la gauche. Combien de temps allais-je encore pouvoir tenir un rythme aussi soutenu ?

Sans ralentir, je longeai le quai en cherchant une zone où il me serait facile de franchir le lit de la rivière, bien qu'elle soit assez large. Le courant m'emmènerait loin de mes poursuivants puants qui, par chance, se trouvaient en amont de ma position.

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