Chapitre 3 : Déclin

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« Puis-je vous débarrasser de vos affaires, Lady Aisling ? »

« Débarrassez surtout le plancher. Et puisque vous voulez servir à quelque chose, dites moi où se trouve mon père. »

« Le maître se trouve dans la salle de repos du deuxième, Lady Aisling. »

« Bien. »

Elle s'avance, d'un pas décidé. La servante s'incline à son passage et ne laisse rien paraître face à l'agressivité de sa jeune maîtresse. Elle avale deux à deux les marches des escaliers et fait se dégager d'un bref revers de la main tous les employés qui lui souhaitaient un bon retour. Elle détestait qu'ils osent lui adresser la parole, et encore plus en ce moment. Les coups de sang d'Aisling étaient considérés comme redoutable dans le manoir. On craignait plus ses colères que celle du maître.

Sans même annoncer sa présence, elle envoie voler la porte qui vient se claquer bruyamment contre le mur et bondit sur son père, paisiblement installé sur une chaise près de la fenêtre. Celui-ci n'a pas le temps de lui proposer une tasse de thé Darjeeling que les mains de sa fille viennent frapper la table avec violence, faisant onduler le liquide brunâtre et fumant de la tasse.

« Pourquoi l'avez-vous laissée partir ? », s'époumone-t-elle.

L'homme soupire doucement.

« Vous savez parfaitement bien que c'est le seul jour de la semaine où je peux la voir, vous auriez au moins pu la retenir jusqu'à mon arrivée ! »

« Calme toi un peu, ma fille. Je ne te savais pas si attachée à ta grande sœur. »

« Je ne suis guère plus attachée à elle qu'à vous, mais ces informations me restent précieuses. », persifle-t-elle.

« Mais oui, mais oui, il agite la main, déjà bien habitué à ce discours. Katrine était de toute manière très occupée aujourd'hui. Tu as de la chance qu'elle ait bien voulu passer malgré tout. Elle t'a même laissé une lettre. »

Il montre d'un mouvement de tête un bureau où reposait une enveloppe cachetée. Elle toise son père avec férocité avant d'aller arracher la missive du bureau. Elle déchire le papier, et elle l'aurait fait avec les dents si elle avait pu, et parcours rapidement du regard l'écriture ronde et délicate de son aînée. Soudainement, son aura meurtrière semble se calmer. Elle chiffonne la lettre et la balance avec précision dans la cheminée réchauffant la pièce.

« Il semblerait que les nouvelles soient bonnes. » rit doucement son père en sirotant son thé.

Elle s'assoit directement sur le bureau, sort de sa besace un vieux carnet à la couverture de cuir noire et commence à écrire frénétiquement dessus. Pendant un temps, seul de bruit de la plume sur le papier résonne dans la pièce.

« J'avais toujours été contre les volontés de Katrine de devenir journaliste, mais cela t'es finalement bénéfique. Il est bien que cette enfant arrive à t'être utile. »

« Je ne fais que de me servir des outils que j'ai sous la main, répond-t-elle calmement sans même lever les yeux de son carnet. Si elle n'avait pas été là, j'aurais aisément trouvé quelqu'un d'autre pour faire ce travail. »

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