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Base de la LOTUS, Salal, Tchad...
4 aout 1995, 10h12...

Lorsque Rebecca Jacobs ouvrit les yeux, la chambre était toujours plongée dans l'obscurité. Son dos la faisait affreusement souffrir et elle bougea pour tenter de trouver une position agréable. Le matelas était bien trop mou, comprit-elle après d'infructueux essais. De guerre lasse, elle se redressa en position assise, basculant les pieds sur le sol poussiéreux. Une constante, quelle que soit les pièces, pensa-t-elle alors.

Elle se sentait reposée. Elle devait avoir dormi un long moment. Toutes ses articulations demeuraient cependant douloureuses et elle se força à les mettre en mouvement. Elle ignorait s'il y avait quoi que ce soit de brisé, mais elle avait pris cette habitude, quelques semaines plus tôt déjà. Si elle en avait eu la force, elle se serait astreinte à des séries de pompes ou d'abdominaux. Mais les coups et le manque de nourriture ne lui laissaient que ce qu'il fallait pour garder son corps en vie. Elle se réjouissait déjà d'avoir échappé à la folie. Elle avait toujours entendu dire que l'esprit perdait les pédales, au bout d'un moment, lors de mauvais traitements prolongés. Elle se sentait encore parfaitement saine d'esprit. Les fous avaient-ils conscience de l'être ?

Assise sur le bord de son lit, elle regarda ses mains. Elle les voyait propre pour la première fois depuis une éternité. Ses doigts étaient constellés de crevasses, ses jointures saignaient légèrement également. Ôtant la veste d'uniforme, elle étendit son inspection à la partie supérieure de son corps. Elle n'avait plus que la peau sur les os, c'était un spectacle pathétique. Son épiderme avait durci par endroit. Comme si une corne s'était formée en réponse aux multiples attaques de rangers. Ses bleus et contusions diverses ne laissaient guère d'espace sain disponible. Désespérée, elle repassa son vêtement et voulu vérifier si elle pouvait sortir de cette nouvelle cellule.

La porte était fermée de l'extérieur. Evidemment. Rebecca fit volte-face et entendit un mécanisme se mettre en branle derrière elle. Le temps qu'elle se retourne, le nouveau gardien avait ouvert la porte et se trouvait à la place du battant. Il était en contre-jour. Il y avait une lumière qui semblait naturelle dans le couloir. C'est ainsi qu'elle constata qu'il n'y avait pas de fenêtre dans cette pièce.

— Tu as faim ?

Il lui avait parlé normalement. Pas de menace dans la voix. La surprise passée, Rebecca acquiesça et l'homme disparut en fermant derrière lui. L'ampoule du plafond s'alluma toute seule, inondant la pièce de lumière. La jeune femme retourna péniblement s'installer sur son lit trop mou et patienta. Après quelques minutes, le remplaçant de Léonard revint avec un plateau. Il y avait la sempiternelle petite bouteille d'eau, une pomme et une soupe. Il déposa le tout sur le matelas et quitta la pièce. Rebecca resta coite, c'était de nouveau un véritable festin ! Elle hésita un instant puis la porte se rouvrit. Elle tourna le regard vers le gardien qui apportait une chaise et une table pliantes. Il installa le tout, tout près du lit et posa ensuite le plateau sur la table, prenant place, lui-même, sur la chaise. Il ne fit plus un geste, se contentant d'indiquer la place face à lui à la prisonnière.

— Ça va refroidir, fit-il finalement, voyant qu'elle ne bougeait pas.

Comme pour vérifier qu'il n'avait pas menti, Rebecca plaça ses mains autour du bol. Il était effectivement chaud. Elle porta la boisson à sa bouche, se brûla les lèvres, la langue et la gorge, mais but la totalité du potage d'un trait. Ceci fait, elle siffla la moitié de la bouteille et saliva devant la pomme.

— Garde-la pour plus tard, si tu veux, sourit le nouveau.

La jeune femme le regarda comme si elle essayait de lire ses pensées. Elle voulait lui poser mille questions, mais n'en fit rien. Son dernier geôlier lui avait clairement fait comprendre qu'il n'avait pas envie qu'elle s'exprime de son plein gré. Celui-ci semblait de meilleure composition, mais il travaillait pour la même société. Il n'avait donc probablement pas plus que Léonard envie de l'entendre. Mais que lui voulaient-ils donc ?

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