Chapitre 10 : L'aube suspendue.

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L'ambiance dans la pièce était lourde. Les mains jointes sur ses cuisses, Akeru se tenait droit sur sa chaise, le regard pourtant bas. Lui faisant face, son oncle buvait tranquillement son café, ses yeux voyageant de son neveu à cet intrus toujours inconnu pour lui. Aucun d'eux ne sortait un seul mot, seuls les enfants qui racontaient un à un leur journée apaisaient un peu les tensions. Le brun se remerciait d'avoir eu l'idée de ce petit rituel un jour. Il connaissait tout de même son tuteur. Son silence se voulait plus sévère que ses mots. Mais il n'avait pas trop le choix. Il n'avait pas le droit d'imposer cet invité sans même lui donner d'explications. Mais il ne pouvait malheureusement pas lui dire la vérité, car il ne le croirait pas. Et lui-même ne savait pas qu'elle était la vérité.... Il affrontait désormais son oncle, prenant plus de prestance qu'avant, mais avec un air assez abattu. Il allait perdre d'avance, mais clairement pas sans essayer.

–Bon, qui c'est lui ?

L'homme plus âgé avait brisé le silence des adultes en premier, perdant un peu patience, alors que son attention était toute posée sur le blond. Qui d'ailleurs allait prendre la parole, avant d'être coupé par Akeru. Les enfants s'étaient soudainement tu, observant alors leur aîné et leur oncle sans dire un mot. Ils savaient sans peine que leur grand frère allait sûrement se faire gronder.

–Lui, c'est Charlie. C'est un concours de circonstances, mais il ne peut pas rentrer chez lui pour l'instant. Et il n'a nulle part où aller.

–Et je suis gérant d'hôtel moi maintenant ?

Son regard se fit plus sévère. Il avait face à lui deux adultes, pas des adolescents, cette excuse ne marchait pas à ses yeux. Il savait que son oncle lui donnait habituellement toute sa confiance, et ne pas pouvoir tout lui dire était vraiment dur pour lui. Il ne voulait pas ébranler cette relation si spéciale qu'ils avaient, mais il n'avait pas le choix actuellement... Précédemment, le dos un peu courbé et les yeux bas, il s'était remis plus droit, prêt à affronter le combat.

–Il n'a pas les moyens de se payer un logement.

–Et je suis l'armée du salut, alors?

–Bah nous, on ne paie rien ! Ajouta Zach qui n'avait pas du tout l'air de comprendre la situation.

Son oncle était venu poser une main sur la tête de l'enfant, caressant doucement sa tête pour lui faire comprendre qu'il s'agissait d'une conversation de grandes personnes. Mais ce ping-pong verbal commençait à traîner en longueur... Son adversaire savait quoi répondre à chaque fois et n'avait pas l'air de vouloir se laisser embobiner. Voyant que son neveu semblait chercher quoi dire, il décida de lui couper l'herbe sous le pied. Il avait bien remarqué cette assurance qui se fissurait petit à petit.

–Si tu me l'avais présenté en bonne et due forme, avant de le faire dormir ici deux nuits de suite, peut-être aurais-je été conciliant, mais là, tu m'as manqué de respect. Cingla-t-il se moquant bien des raisons ?

Ce n'était pas sa faute à proprement parler et il avait malgré tout, fait le choix dès le départ de ne pas en parler à son oncle. Son empathie avait pris toute la place sur le moment, il savait son oncle moins facilement compatissant. Il ne pouvait pas le juger pour ça, après tout, il avait toute une famille qui n'était pas la sienne à entretenir. Il était en tord sans l'être, mais il ne pouvait pas s'expliquer plus...

–Je vous prie de bien vouloir excuser l'audace de ma présence en votre demeure. Les circonstances, indépendantes de ma volonté, m'ont contraint à solliciter le seul appui de votre neveu, intervint Charlie en se levant pour s'incliner, surprenant les deux hommes. Je n'ai, hélas, nul moyen d'honorer ce gîte ni d'offrir d'excuses à la hauteur de mon intrusion. Je ne puis donc que vous présentez mes plus sincères et humbles regrets.

L'éclat des invisiblesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant