Chapitre 10 (fin)

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Après ces quelques minutes, ou plutôt ces longues minutes sans fin, j'arrive dans le café. Rapidement, je distingue Myriam, assise devant deux personnes plutôt vieilles, sûrement ses parents.

Je m'approche du petit groupe comme si de rien n'était. J'aperçois de mieux en mieux ses parents. On dirait deux bourges venant de la Renaissance. Oui, j'exagère, mais on voit clairement qu'ils sont de la vieille époque.

Arrivée face à eux, je les examine une dernière fois. Elle a un chignon sans le moindre défaut, pas le moindre frisottis. Je la hais ! Ce n'est pas juste ! Pourquoi j'ai des cheveux de merde ? Je veux son coiffeur ! Et je l'aurai ! Je vais fouiller dans son porte-feuille, son portable... Mais je le trouverai ! Et j'aurai de beaux cheveux ! Je veux être aussi classe qu'elle ! Enfin, juste les cheveux, parce que les fringues de mémé ça ne m'intéresse pas.

Lui, il est juste moche.

Finalement, j'explose de rire en les voyant.

— Putain les caricatures !

Ils me dévisagent, outrés, comme si je venais de sortir la pire insulte du monde. C'est tentant, très tentant. Mais je me retiens et m'assois à côté de Myriam.

— Que voulais-tu nous dire chère fille ? demande le père d'un air on ne peut plus snob.

De nouveau, je ne peux m'empêcher d'en rire. Sa manière de parler est vraiment hilarante ! On dirait un de ses enfoirés qui va vous servir le thé à quatre heures.

— Oh putain ! Tu parles trop comme un—

Myriam m'écrase le pied pour me faire taire.

— Putain ! M'écrase pas le pied ! Ça fait mal putain !

Son regard se noircit et je choisis de fermer ma gueule. Juste pour cette fois. Ça ne marchera pas à tous les coups.

— Père, mère. Je voulais vous annoncer quelque chose... Je ne vous l'ai jamais dit en face... mais je pense qu'il est temps de briser la glace.

Comment peut-elle appeler ses parents "père" et "mère" ? Chez moi c'était plutôt "roule ma poule ! Ramène-moi le PQ !". Bon, ok, on est mal élevés chez moi mais je ne vois pas où est le problème !

— Pourrais-tu nous expliquer que fait cette ingrate personne avec nous ? s'enquiert sa mère en me pointant du doigt.

— C'est pas poli de montrer du doigt madame.

Elle fronce ses sourcils et lève la tête l'air de dire "De toute façon, je vaudrai toujours mieux que toi avec mes millions de dollars dont je me torche le cul avec". Elle ne pense peut-être pas tout ça, mais ça me semble crédible.

— En fait, reprend Myriam, c'est ma petite-amie. Nous sortons ensemble.

— Ne sortais-tu pas avec ce charmant jeune homme, Damien ? reprit de plus belle le père.

J'ai soudainement envie de lui arracher ses faux cheveux pour avoir associé charmant et le nom du poisson pané. Parce que oui, il a des faux cheveux ! Peut-être qu'elle a de beaux cheveux, mais lui c'est de la merde ! En plus, il a des cheveux blancs. C'est moche. Je suis sûr que la terrine de poisson à tartiner en a aussi mais il les a certainement arrachés.

— C'est un gros con, lâché-je, plus fort que moi.

Myriam me lance de nouveau un regard noir. Arrêtez de me tous me regarder comme ça ! J'ai le droit de dire ce que je veux ! En particulier à propos du poisson en bouilli.

— Bref, s'interpose Myriam, avec Damien c'est fini. Je suis heureuse avec Spencer.

— Parce que je ne suis pas moche et conne contrairement à lui.

— Et je me fiche de ce que vous pensez, m'ignore-t-elle.

Ok, elle se fiche de mes commentaires. Ça ne fait pas du tout plaisir ! Je n'aime pas qu'on fasse comme si je n'existe pas.

Les deux snobs en perdent leur mâchoire. En fait, si elles ne tenaient pas à leur tête, elles seraient littéralement tombées au sol. Puis l'horreur a remplacé toute expression sur leur visage.

— Mais comment oses-tu nous faire ça ? s'indigne le père.

— Tu nous fais honte Myriam, comme toujours, ajoute sa mère.

Elle baisse la tête et perds alors tous ses moyens. Je vois bien que c'est à moi de prendre les devants. Je suis prête à leur lancer leur café dans la gueule mais je m'abstiens et lâche d'un ton calme :

— Je vous emmerde du plus profond de mon cul.

De nouveau, ils sont choqués. Visiblement, il en faut peu pour leur âme sensible de bourges.

— Myriam est une adulte, moi aussi. On fait ce qu'on veut. Si on veut baiser, c'est notre problème. Et c'est vous qui devriez avoir honte de rejeter votre propre fille à cause de son orientation sexuelle ! Des gens comme vous, ça me dégoûte. Tout ce que vous méritez c'est de pourrir en enfer, et encore, c'est trop bien pour des gens comme vous.

Myriam prend ma main dans la sienne et la serre fermement, rassurée. Sans me détacher d'elle, je me lève.

— Je n'ai pas à traîner avec des gens avec aussi peu de valeurs pour l'humanité.

Je deviens vraiment philosophe, c'est bizarre. Il faut que je m'éloigne d'eux, ils ont une mauvaise influence sur moi.

Myriam semble hésitante puis je la force dans ma démarche pour partir le plus loin possible de ces énergumènes.

— Mais ça ne va pas de dire ça ! vocifère-t-elle en se détachant de mon emprise.

— Écoute, si ça ce sont des parents, il vaut mieux que tu ne leur parles plus jamais ! Crois-moi !

— Tu as eu des problèmes avec tes parents ? m'interroge-t-elle inquiète.

— Non, pas le moins du monde. Mais tu devrais arrêter d'espérer quelque chose de tes parents.

Elle croise ses mains entre elle et baisse le regard.

— Ce sont mes parents quand même. Je leur dois un minimum de respect... Je n'ai personne...

— Bien sûr que si ! Tu as moi !

Elle grimace légèrement. Elle ne semble pas vraiment d'accord avec moi.

— Tu n'es qu'une... amie ? hésite-t-elle.

En fait, je ne sais même pas non plus comment décrire ce que nous sommes l'une envers l'autre. Des amies ? Vraiment ? Ce n'est pas ça une amitié...

Myriam est sympa finalement. Elle est mieux que je ne le croyais et c'est bien la première fois que j'aidais quelqu'un.

Aucune idée.

Je suis perdue.

Mais je retrouve bien vite mes esprits quand elle m'embrasse passionnément. Ses mains serrant mon visage et sa langue cherchant la mienne, je me sens plus proche qu'elle. Prise au dépourvu, je ne la repousse pas, au contraire. Je l'enlace contre moi et entraîne ma langue dans son jeu.

Je ne sais pas que ce que je fais, mais j'aime ça.

Je me desserre de son étreinte, échangeant un bref sourire. Rapidement son enthousiasme s'efface. Son regard bloqué sur quelque chose. Je me tourne vers le sujet de son attention.

Le poisson périmé.

Il nous regarde d'un œil intrigué. Il a l'air d'enfin réagir. Mon sourire précédemment enjoué devient machiavélique.

— On devrait essayer quelque chose entre nous, proposé-je à Myriam en la regardant dans les yeux.

Elle hoche la tête, souriante. Cette idée a l'air de la ravir alors que ce n'est qu'un coup de tête dans le fond.

Nous échangeons alors un dernier baiser devant le poisson cramé. En fait, je ne l'ai jamais vu autant réagir de toute ma vie. Lui aussi va perdre sa mâchoire on dirait bien. Frustré, il s'en va aussitôt, les poings serrés.

Finalement, j'ai eu ma revanche.

Vengeance dans l'arc-en-cielLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant