Le vent souffle à mes oreilles et quelques gouttes caressent mon visage dans leur chute. J'ouvre les yeux et un mal de crâne émerge de la brume en même temps que mes premières pensées.
Je suis là où je suis tombé. Tout est immobile, j'ai l'impression que le temps s'est figé. Que suis-je venu faire là ? Il n'y a personne. J'ai mal à la tête. Ma vision est floue mais je discerne les ruines autour de moi. Mes tripes me lancent, j'ai envie de vomir. J'ai faim. Ça me brule. J'ai soif. Mes yeux me grattent. J'ai mal au crâne. J'ai chaud. J'ai faim. Je me redresse et parviens à m'assoir. Qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi suis-je sur le sol, étalé dans la boue ? Combien de minutes se sont écoulées ? Je regarde autour de moi et remarque qu'il fait presque nuit.
Je ne sais pas ce que je comptais faire ici mais bientôt je ne verrai plus rien. Ma vue a baissé tellement vite. Je cherche mes affaires à tâtons. J'avais un sac non ? Et mon téléphone ? Je ne discerne rien qui pourrait y ressembler sur le sol alentour. Je fouille mes poches, mon corps. Ma dague repose dans son fourreau contre ma peau. Dans ma poche, il y a un petit sachet de poudre vide aux deux tiers. Je le range et me relève prudemment. Le monde tourne doucement autour de moi. Je fais un pas timide, puis un deuxième. Je retrouve lentement mon équilibre et gagne en assurance. Mon pied rencontre un objet qui me fait trébucher : des clés. Je me penche pour découvrir le trousseau de la moto. Je le range précieusement dans ma poche. J'avais oublié son existence. Je ne m'arrête pas trop longtemps sinon tout recommence à tanguer. Un pied devant l'autre, je m'écarte des ruines. Je ne sais pas où je vais, mais si je ne veux pas retomber dans les vapes, je ne dois pas m'arrêter. La semi-obscurité me permet de discerner les racines sur le sol et d'éviter les obstacles. À force de pas timides, je m'enfonce dans le bois, finis par trouver un sentier étroit que je suis. La nuit se fait de plus en plus sombre, l'éclat de la lune et des étoiles ne traversant pas le feuillage épais des arbres. Je n'ai pas la moindre notion du temps dans cette atmosphère fantomatique. Je marche, un pas après l'autre. Je ne vois rien, trébuche souvent. Le brouillard sous mon crâne ne se dissipe pas. La fatigue me pèse. Mes muscles sont courbaturés, douloureux. Je suis perdu. Où dois-je me rendre ? Où suis-je ? Je ne reconnais rien, je ne vois rien ! Je marche encore. Mon souffle se fait court, j'ai chaud. Je transpire comme jamais je n'ai transpiré. Mon corps est mouillé, poisseux. Une odeur désagréable me chatouille le nez. Du sang avarié. Ma progression se fait de plus en plus difficile. De toute façon je ne sais même pas où je vais. J'ai soif. Une nouvelle racine se dresse sur mon passage et cette fois, je n'ai pas le temps de l'esquiver. Je m'écroule sur le sol, tel un sac d'os sec. Un craquement retentit. Ce n'est pas la racine. C'est mon bras. J'ai besoin de sang. De sang pour combler le vide dans mes tripes, pour consolider mes os, pour rendre ma peau étanche. J'ai faim. Je suis épuisé. Lorsque je tente de me relever — pour aller où ? — je m'écroule à nouveau. Je réessaye — volonté de camer — et y laisse ma clavicule et quelques côtes. Je ne pensais pas que mon corps s'abimerait si vite. Mon dernier repas n'est pourtant pas si vieux. Je ne bouge plus. Je ne peux plus. Tout tourne, j'ai mal. Je ne sens plus mon corps. J'ai chaud, j'ai froid. Je suis fatigué. La dague à mon bras est lourde. Mon bras est lourd.
Mes yeux se ferment et je sombre.
Des croissements me tirent de la chape de plomb qui recouvre mon crâne. J'ouvre les yeux difficilement. Il fait toujours sombre. La nuit, encore... J'aime l'obscurité. Une douleur fulgurante dans la cuisse me ramène à la réalité. Un corbeau ! Avec un morceau de mon pantalon et de ma peau dans son bec ! Je me redresse dans un sursaut pour en voir des dizaines autour de moi. Sur le chemin, sur les branches basses autour de moi, dans les buissons ou encore volant à proximité. C'est une plaisanterie ? Dévoré par des corbeaux ? C'est ça mon destin ? Ma jambe me lance mais ce n'est rien en comparaison de ce qui m'attend. Une soudaine énergie – la peur de mourir avec si peu de dignité peut-être — m'envahit. Mon corps parle pour moi, il s'agite, fait de grands mouvements malgré mon bras cassé. Les corbeaux les plus proches s'envolent, les autres me regardent en penchant la tête. Certainement déçus de voir leur festin reprendre vie. Je ne suis pas mort ! Je crie, m'époumone, empoigne une branche que j'agite à en perdre mon souffle. Bientôt, mes cris se teintent de douleur. Je n'en peux plus mais ma mascarade paye. Bientôt il ne reste qu'une demi-douzaine d'oiseaux qui se tiennent à distance. À bout de souffle, je retombe contre le sol humide. J'ai faim. Elle ne me quitte jamais. Cette douleur tiraillante dans le fond de mes entrailles.
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Mélange Incertain
FantasyVampires et métamorphes cohabitent avec les humains dans un demi secret, dans une harmonie somme toute relative. Mais lorsqu'une organisation fantomatique menace la vie d'individus sans raison apparente, une équipe voit le jour pour enquêter. Atenti...
