Chapitre 29

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Le silence de mon appartement m'avale dès que je referme la porte derrière moi

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Le silence de mon appartement m'avale dès que je referme la porte derrière moi. Il a ce goût de solitude familière que je cherchais en prétextant à Zane avoir besoin de temps... seule. Et pourtant, il n'a rien d'apaisant. Il résonne, il grince, comme si chaque coin de cette pièce cherchait à me rappeler ce que j'ai vu sur son ordinateur. Mais je refuse. J'ai décidé. Ce soir, demain, les jours qui suivront... je dois reprendre ma vie. Ma vie à moi, sans lui, sans ses ombres, sans ses vérités trop lourdes pour mes épaules.

Alors je fais exactement ce que je faisais avant lui : je range un peu, je lance une machine, j'ouvre Netflix pour que la lumière bleue chasse le noir. Je déroule mécaniquement cette routine comme une armure fragile, persuadée que si je m'accroche à ces gestes, je finirai par oublier les tremblements qu'il m'a laissés au creux du ventre.

Je l'ignore complètement. J'ignore ses appels manqués, ses messages que je n'ouvre même pas. Je ne veux pas entendre sa voix, pas voir son prénom s'afficher et fissurer la façade que je construis.

À la rédaction, je souris comme avant. Je ris même, parfois, trop fort, trop faux. On me demande si ça va, je réponds que oui, parce que ce « oui » est plus facile que la vérité. J'essaie de remplir mes journées de choses insignifiantes : des cafés avalés trop vite, des discussions stériles, des notes prises sur un carnet où les mots s'empilent sans sens. Comme si redevenir la Sara d'avant pouvait se commander à volonté.

Mais il y a ce vide, ce trou que je traîne dans la poitrine, que ni le travail, ni les appels à ma mère, ni la musique ne comblent. Et chaque fois que je ferme les yeux, il est là : lui. Ses mains, sa voix, cette intensité qui m'a brûlée de l'intérieur. Alors je fais la seule chose que je sais faire : je l'enfouis, je le bâillonne dans ma mémoire, et je continue de sourire.

La lumière du matin traverse à peine mes volets. Je me lève, machinalement, enfilant la première tenue qui me tombe sous la main. Café latte, douche rapide, cheveux encore humides que je laisse sécher en bataille. Je reprends mes gestes d'avant, ceux qui me rassurent : vérifier mes mails, ranger le courrier, remplir mon frigo presque vide. Tout semble normal, mais chaque mouvement me rappelle que rien ne l'est. Chaque silence de l'appartement résonne comme un écho de ce que j'ai vu, et je fais semblant de ne pas entendre.

Au bureau, je m'assois à mon poste, le clavier froid sous mes doigts. Les voix des collègues me parviennent, fades, presque étrangères. Je trie mes mails, corrige des articles, prends des notes, mais mon esprit dérive. La clé USB, Zane, Mayer... tout flotte dans mon esprit comme une tempête silencieuse. Et malgré mes efforts pour me concentrer, je sens encore son regard dans chaque recoin de mon esprit.

Alors, quand Camille s'approche de moi, je me raidis instinctivement.

Sara... je voulais... euh, tu sais, m'excuser pour l'autre jour, commence-t-elle doucement. Je n'aurais pas dû te parler comme ça.

Zane & SaraOù les histoires vivent. Découvrez maintenant