Il cache des vérités.
Elle, des fragments brisés.
Zane Leandros n'est pas un homme qu'on approche sans conséquences : influent, imprévisible, entouré d'ombres qu'il garde jalousement.
Sara de la Vega n'est pas une femme qu'on apprivoise facilement :...
Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.
Le passé est une chambre sans fenêtres. Et moi, j'ai appris à y vivre dans le noir. Je me souviens d'une pièce aux murs pâles, presque trop propres. L'odeur du désinfectant et du tabac froid, la lumière crue qui fait ressortir chaque défaut du visage de ceux qui vous jugent sans jamais prononcer un mot. Et cette sensation de ne jamais être à sa place, même chez soi.
J'avais douze ans quand mon père a claqué la porte une dernière fois. Pas de mot d'adieu, pas même un regard. Ma mère, elle, s'est effondrée en silence. Pas de cris, juste une absence qui s'est infiltrée partout... dans les draps, dans les repas froids, dans les gestes mécaniques du quotidien.
Elle ne m'a jamais dit qu'elle m'aimait. Elle me laissait des billets sur la table et disparaissait dans ses rendez-vous flous, dans ses nuits sans fin et ses amants sans prénom. Alors j'ai appris à me faire petit : invisible. Mais l'invisibilité, ça finit toujours par vous consumer.
Je passais mes nuits à griffonner dans des carnets volés à l'école. Des poèmes, des fragments, et des cauchemars. Je dessinais aussi, des silhouettes d'hommes sans visages, des corps mutilés, des croix, des serpents... personne ne m'a jamais demandé pourquoi.
Et pourtant, j'étais brillant. C'est ça le paradoxe. Je comprenais vite, beaucoup trop vite. Les profs disaient que j'avais un potentiel exceptionnel, mais personne ne savait quoi faire d'un potentiel aussi froid.
J'étais déjà seul. Et puis j'ai rencontré Zane. C'était en seconde. Il avait cette manière de marcher, sûr de lui, cette confiance brutale qui venait d'un vide que je reconnaissais. On s'est défiés du regard, la première fois. Pas un mot, juste deux bêtes qui se flairent, qui sentent qu'elles ne sont pas faites pour coexister... mais qui, étrangement, finissent par graviter l'une autour de l'autre.
Zane était tout ce que je n'étais pas : éblouissant, féroce, irritant. Et j'étais ce qu'il n'osait pas encore devenir : calme... mais ravageur.
On s'est liés comme deux cicatrices cousues ensemble. Jamais vraiment amis, mais frères d'ombre. On traînait avec Mayer, parfois. Lui qui avait encore un peu de lumière dans les yeux, à l'époque. On s'est créés notre propre empire à l'intérieur des murs du lycée. Une bande, un cercle, un pacte... mais tout pacte cache une trahison à venir.
Et moi, je n'étais pas né pour être loyal.
✧
J'avais dix-sept ans quand j'ai franchi une ligne invisible. Celle qui sépare les garçons cassés des hommes dangereux.
Il faisait nuit ce soir-là. On traînait tous les trois, Zane, Mayer et moi, dans un de ces endroits miteux de banlieue qu'on appelait « Repaire », comme si ça justifiait le sordide. Les néons blafards clignotaient au-dessus de nos têtes, le béton puait l'urine et l'alcool éventé. Et malgré tout... c'était le seul endroit où je me sentais presque en sécurité.