Il cache des vérités.
Elle, des fragments brisés.
Zane Leandros n'est pas un homme qu'on approche sans conséquences : influent, imprévisible, entouré d'ombres qu'il garde jalousement.
Sara de la Vega n'est pas une femme qu'on apprivoise facilement :...
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Le jour s'est levé avec cette pâleur sale qui précède l'orage. Le ciel est étouffé, comme s'il retenait son souffle... et moi, je fais pareil. Je suis restée trop longtemps assise dans ma cuisine. Une tasse vide entre les doigts, les yeux perdus sur les carreaux du carrelage.
Je crois que je n'ai pas bougé depuis que j'ai lu cette lettre. Celle glissée sous ma porte comme une menace douce, ou une promesse. Je ne sais plus faire la différence. J'ai beau la relire, chaque mot se grave dans mes os comme une lame lente.
« Tu as oublié 2018. Moi pas. »
Deux phrases, deux battements de cœur manqués. Ce n'est pas une menace. C'est un rappel, un piège. Je voudrais croire qu'il s'agit d'Elijah, mais quelque chose me dit que c'est plus trouble que ça... qu'il y a d'autres ombres dans cette histoire... et cette idée me ronge. Pas seulement pour ce qu'elle dit, mais pour ce qu'elle me fait ressentir : la peur sourde de ne pas être la seule à avoir tout oublié.
Je devrais aller travailler. J'ai un rendez-vous dans moins d'une heure, j'ai un article en retard, j'ai une vie censée continuer... mais je reste figée, comme en suspens entre deux réalités. Celle que je crois contrôler... et celle qui commence à m'avaler lentement.
Je finis par me lever, d'un geste brusque. J'attrape mon manteau, mon sac, et je claque la porte derrière moi. L'air est lourd dehors. Le genre d'humidité qui colle à la peau comme une deuxième sueur, et mes pensées sont un marécage.
Je marche vite, sans but précis, juste pour m'éloigner. Mais plus j'avance, plus tout me ramène à lui, à Zane. À ses regards en coin, à ses silences plus tranchants que ses mots, à cette tension animale qu'il traîne derrière lui comme une ombre fidèle... et à cette impression qu'il sait des choses que je ne sais pas sur moi-même.
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Je finis par arriver à la rédaction, avec une demi-heure de retard. Camille est là, bien sûr. Impeccable comme toujours. Elle lève un sourcil en me voyant entrer.
— T'as une sale tête, ma belle. Tu t'es battue avec tes démons cette nuit ou t'as juste oublié de dormir ?
Je souris, faiblement.
— Un peu des deux, je crois.
Elle me scrute, attentivement, un peu trop. Mais elle ne dit rien de plus, et pour ça, je lui suis reconnaissante.
On passe la matinée à travailler côte à côte, dans une bulle étrange. Je fais semblant de me concentrer. Je prends des notes, je réponds à des mails. Mais au fond, je suis ailleurs. Avec cette porte, cette lettre... ce nom qu'on ne prononce plus : Zane.
À midi, Camille m'abandonne pour un déjeuner avec un ami. Et moi, je reste seule dans cette rédaction trop calme, trop vide, avec ce malaise grandissant dans la poitrine. Je vérifie mes mails mécaniquement. Et là, je le vois : un message non lu.