Les flammes finirent par se tarirent et ce qui restait de la trappe s'écrasa sur le sol avec fracas. C'est là qu'une odeur encore tiède me happa les narines. Celle du sang fraichement répandu sur le sol, ce qui est étrange car l'odeur est inexistante dans la maison. Je prendrais en note. Heureusement pour moi, la surface que rencontra la trappe était sablonneuse. Dane n'aurait donc pas à faire preuve de délation. Tant mieux pour lui. Le reste de thermite se consuma sans faire d'histoire et je pus pénétrer dans cette salle secrète. Je n'utilisais pas l'échelle pour éviter de laisse trop de trace de mon passage – le trou dans la trappe n'en étant pas une à mon sens, les empreintes de mes pas non plus. Bon, il est vrai que pour un souci de cohérence, il faudrait que je nettoie également le bazar dans la cuisine, mais à quoi bon vu l'état des lieux ? La cave, elle, ne possède pas les stigmates d'une intrusion. Donc je dois être discret pour ne pas faire disparaitre les traces qu'aurait plus laisser Grace ou un intrus, comme les traces de sang par exemple. D'ailleurs, il serait bien que je porte des gants, au cas où quelques spécialistes souhaiteraient faire des prélèvements, une fois que Dane les aurait prévenus. Peut-être y en a-t-il qui trainent dans mon sac. J'irais voir si le besoin s'impose.
L'endroit dans lequel je viens de pénétrer sans plus de cérémonie est sombre alors mes yeux malades et vieillissants ne me dévoilèrent pas grand-chose. En revanche mon nez comprit très vite que cette pièce n'était pas qu'une simple cave. Et une fois de plus, je fus emporté par l'excitation. Il y avait là des odeurs si nombreuses et si variées que toute personne lambda en aurait eu mal au crâne et aurait été écœurée sans même se rendre compte de la richesse qui s'offrait à ses narines. Je ne suis heureusement pas de ceux-là, car j'avais un petit laboratoire similaire dans le garage que je louais avec Dane il y a des décennies. Mon nez sait reconnaître le safran, le souffre, le parfum de l'ammonite, de la valériane, de la menthe. Le tabac et l'opium. Le cannabis, la cendre. L'alcool, évidemment. Certaines fragrances sont bien plus subtiles que d'autres mais tout est là. L'odeur des vieux manuscrits et celle de la poussière. Le lilas, le miel, la terre, la sève et la mousse humide. Il y a aussi une odeur métallique, un goût de rouille qui se dépose sur ma langue. Assez proche du sang. J'ai hâte de voir tout ça de plus prêt. Sur tout que je suis persuadé qu'il y a plein d'autres trésors que je ne sens pas que parce qu'ils sont enfermés dans des boites hermétiques.
Désormais je sais à quoi m'attendre, cette cave est un labo. Il est maintenant tant de passer aux choses sérieuses et de fouiller un peu. Je sors de l'endroit sans trop de difficulté – mes bras sont encore capables de m'extirper d'un trou – et retrouve-la semi-ombre de la maison calfeutrée. Les nuages noirs qui s'amassent dans le ciel rendent la cuisine encore plus sombre, il n'est plus qu'une question de minutes avant que le déluge ne s'abatte sur nos têtes. Il va me falloir de la lumière ! Et puisque je ne compte pas fouiller dans ce bazar, je me contenterais de la torche de mon téléphone. Je me saisis également de mon carnet et de mon sac à dos pour chercher une paire de gant. Ainsi équipé, je me faufile à nouveau par la trappe. J'allume ma torche et la lumière fut ! Je ne vis dans un premier temps qu'un voile blanc. Ma torche se reflétant sur la poussière en lévitation, j'étais éblouis. Tout ici est poussiéreux, comme me l'avait indiqué mon nez, au point où je peux distinguer clairement dans la poussière que certains objets manquent à l'appel et que d'autres ont été déplacés. Mais ce que je vois surtout, et qui me surprend, c'est la taille phénoménale de cette cave. Les étagères se succèdent et sont si chargées que je m'étonne qu'elles tiennent encore debout. Les murs sont ensevelis sous les papiers, les photos et les post-it en tout genre. Sur ma gauche, contre le mur, un établi tient lieu de bureau et croule sous les documents et les objets. Dessous, je peux compter une quinzaine de tiroirs qui s'étalent sur six mètres environ. C'est un des endroits les plus propres, il a dû être utilisé si régulièrement que la poussière en a été bannie. Cette femme semblait mener une double vie. Pourquoi travailler dans une pièce secrète plutôt que dans une des pièces vides de la maison ? Elle cachait forcément quelque chose. Ce que je me demande maintenant, c'est si son fils savait que cette pièce existait sous sa maison. Parce que bon nombre de papier semble avoir un lien avec lui et j'ai du mal à saisir l'ampleur de ce qui se tramait ici. Je profite d'avoir mon téléphone en main pour faire quelques photos. Il faut que Dane vienne voir ça. On a peut-être une suspecte, ou au moins une piste qui se clarifie. Mais avant qu'il n'arrive, ce qui risque d'être long puisqu'il m'a dit avoir une réunion, j'aimerais voir s'il n'y a pas entre ces murs quelques ingrédients qui me permettraient de concocter mon élixir.
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Mélange Incertain
FantasyVampires et métamorphes cohabitent avec les humains dans un demi secret, dans une harmonie somme toute relative. Mais lorsqu'une organisation fantomatique menace la vie d'individus sans raison apparente, une équipe voit le jour pour enquêter. Atenti...
