Chapitre 7 - Un monde écrit d'avance.

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L'air glacial lui brûlait les mains. Le vent semblait lui hurler de bouger, de faire quelque chose, mais plus rien n'animait son regard éteint. Son épée maculée de sang, trônait sur le sol. Elle ne voyait plus rien à part elle. Il n'y avait rien à prouver, elle avait fait quelque chose de mal. Les pieds sans vie, qu'elle apercevait du coin de l'œil à quelques centimètres de son arme, le lui prouvaient. Son instinct avait guidé ses actions.

« Erika... On ne doit pas rester ici. » Signala l'homme à ses côtés.

Mais rien à faire... L'épée au sol avait laissé une trace, un souvenir de son maniement dans sa main, sur la peau de ses doigts semi-ouverts. Le corps face à elle ne bougeait plus, et remontant avec une lenteur frigide, son regard parcourait ses membres immobiles. Son dernier souffle s'était échappé depuis un moment déjà. Elle n'avait jamais manié pour tuer, seulement pour défendre. Se défendre elle-même, quand personne d'autre ne le pouvait. Son épée n'aurait jamais dû avoir ce dessin... Mais le cadavre face à elle, ne faisait que rappeler sans cesse son geste.

Un sursaut violent la prit quand des mains vinrent se poser sur ses épaules. Elle s'était écartée d'un bond, saisissant sa rapière d'un geste habile, la brandissant devant elle.

« Ne me touche pas ! »

Son cri venait de briser l'atmosphère angoissante, alors que la confusion alourdissait ses mouvements. Il résonnait encore dans l'air gelé. Eliot n'avait pas bougé, il était là, figé, son regard ancré dans le sien, ni juge ni sauveur, juste là.

Elle tremblait, sa respiration saccadée qu'elle contrôlait à peine. Ses doigts blanchis par la crispation, accrochaient de toute leur force la garde de sa rapière. D'une telle force, qu'on aurait pu croire qu'elle s'y ancrait pour ne pas sombrer.

« Pourquoi es-tu encore là ?! Va-t-en ! Je n'ai pas besoin de toi ! Tu n'as rien à faire ici, je t'ai jamais demandé de me suivre ! Va-t-en ! » Éclata la jeune femme, l'air écrasait ses poumons.

Elle recula d'un pas, son pied se heurtant à son crime derrière elle. Elle avait manqué d'y trébucher, mais elle resta immobile, une arme s'étant comme plantée dans son dos pour l'empêcher de fuir plus. C'était derrière elle, mais la silhouette jonchant encore au sol paraissait presque sur le point de se relever, prête à la juger pour son crime.

« Tu as bien vu ce que je viens de faire. » Sa voix se brisa. « Alors va-t-en... »

Ses lèvres tremblaient. Elle n'aurait pas su dire si c'était le froid de la nuit, ou cette panique qui pénétrait tout son être. Ses bras se refermèrent contre son torse, empêchant quelque chose d'éclater en elle. Elle s'abaissant lentement, son équilibre fébrile, sa tête baissée, pour s'empêcher de se confronter à nouveau à l'horreur de la scène. Et frénétiquement, elle répétait quelques mots à voix basse, ses yeux écarquillés.

« Va-t-en. Va-t-en. »

Erika n'écoute plus que le son de sa propre voix, ne laissant aucune chance à Eliot de lui répondre quoi que ce soit. Son esprit était submergé de tout un tas d'informations, de doutes et de jugements, qu'elle n'arrivait plus à faire taire. Elle était victime d'elle-même.

Mais son regard capta quelque chose. Il s'était rapproché. Il ne s'en allait pas, malgré ses supplications. Il ne fuyait pas, ce qu'elle craignait elle-même.

« Tu n'as rien fait de mal. »

Ses simples mots prononcés sonnèrent comme un coup de massue. Pourtant réconfortants, du moins ils voulaient l'être, ils avaient eu l'effet inverse. Son corps prit de tressautement, sans aucun contrôle, un tas d'émotions se mélangeait violemment en elle, sans qu'elle ne puisse plus rien contenir. Elle voulait pleurer, hurler, frapper, faire taire, se faire cajoler, entendre qu'on l'aimait, qu'on la détestait, fuir, confronter... Ça n'avait plus aucun sens.

L'éclat des invisiblesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant