Chapitre 6 - L'écho du normal.

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Rien n'avait de sens. Les frontières de la réalité s'étaient dissipées, transformées même. Un personnage de roman avait traversé les pages, pour se retrouver chez lui. Il n'arrivait pas à savoir comment réagir au final. S'en réjouir, ou en devenir totalement fou. Tout un tas d'explications trainaient et se bousculaient dans son esprit, mais aucune n'avait concrètement de logique.

C'était sa chambre qu'il avait décidé de remettre en ordre, avant ses idées. Tout le chaos de la nuit, l'avait laissé dans un sale état. Il y retourna d'un pas traînant, la main toujours tiède de la vapeur laissée par la salle de bain. La vue qu'offrait sa chambre lui donna quelques vertiges. Il n'avait jamais été des plus ordonnés, mais rien de ce qu'il avait l'habitude de soigner l'apparence, ne l'était. Ses livres jonchaient le sol. Le lit, dont les draps étaient tous froissés, trahissait encore la présence de Charlie. L'humidité de ses vêtements y avait laissé des traces. Son seul espace totalement personnel avait été chamboulé en l'espace d'une nuit. Il lui paraissait trop petite et trop grande à la fois.

Et il n'y avait même pas encore Charlie.

Sans trop y penser, il retroussa ses manches. La tâche s'avérait un peu compliquée au vu de son état d'épuisement, mais il le fallait. Ses gestes étaient lents et englués de fatigue, mais il fallait qu'il s'occupe. Le combat était sans nul doute plus psychologique qu'autre chose. Le lit fut le premier à recevoir ces soins. Il retira le drap, puis la housse de couverture et celle des oreillers. Ce fut assez rapide, bien qu'éprouvant. Comme si chaque objet remis correctement à sa place pouvait étouffer un peu son désarroi. Il réorganisa le reste de sa chambre, finissant par ses livres. A chaque livre ramassé, une petite voix intérieure lui murmurait : "Et si un autre personnage en sortait?". Il les rangeait donc avec soin, de peur qu'une autre intrusion ne bouleverse encore plus son quotidien. Trop de soin, même. Il cherchait une perfection dans leur alignement, qui n'avait pas vraiment de sens. Comme si l'ordre pouvait chasser l'absurde. Il finit par lâcher un soupir, ne comprenant même pas ce qu'il faisait, et pourquoi.

Il prépara ensuite quelques vêtements. Après tout, Charlie n'avait, à l'évidence, pas débarqué une valise à la main. Et vu l'état de ses vêtements actuels, il lui en fallait des nouveaux. Le brun était donc de retour devant la porte de la salle de bain. L'eau ne coulait plus et aucun son ne se faisait entendre. C'était absurde qu'encore une fois, une porte devant lui laissait planer un doute dans son esprit sur la situation. Il n'hésita pas trop longtemps, beaucoup moins qu'auparavant en tout cas et toqua.

Et un « Quoi ? », assez désagréable retentit. Il racla doucement sa gorge, déposant les vêtements devant la porte, toujours fermée.

-Je t'ai laissé de quoi t'habiller devant la porte... Répliqua simplement Akeru, quittant l'endroit sans attendre de réponse.

Il marchait sur des œufs. Cet entité, pouvait-il nommé, restait à ses yeux imprévisible. Il ne voulait pas l'énerver et prendre le risque, à nouveau, d'en payer le prix. Il lui laissait donc la distance nécessaire. Son ventre dans un grondement puissant, manifestait son besoin présent. C'était donc, sans trop d'entrain qu'il avait commencé à faire à manger. Un plat simple et pas trop long. Mais au fil et à mesure, ses mains cherchaient les ingrédients et il ne savait même plus ce qu'il avait prévu. Au moins, son estomac savait ce qu'il voulait, lui. C'était déjà ça.

Par dépit, il fit simplement réchauffer un plat préparé.

Et c'est à cet instant qu'il se figea, ressentant le malaise qui l'avait quitté pendant un court instant. Charlie se trouvait derrière lui, silencieux, même s'il pouvait sentir sans peine ses yeux fixés sur son dos. Il n'avait rien dit, il n'en avait pas besoin. Sa nuque picotait et son corps frissonnait. Prenant son courage à deux mains, se préparant à confronter le paranormal, il lui fit face.

L'éclat des invisiblesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant