Je n'avais, à vrai dire, jamais aussi bien dormi de ma vie. Avec mon problème d'insomnie, il était rare que je passe une nuit entière sans me réveiller. C'est pourquoi je préférais généralement passer mes soirées au bar, à m'amuser avec les gens. Cela me permettait d'oublier ma vie minable.
Mais en ce moment, j'avais trouvé autre chose qui me faisait oublier ma misérable existence. J'aurais voulu le remercier, mais il était déjà parti, et je n'avais pas son numéro. J'avais "oublié" de lui demander. Généralement, avec ce genre de gars, ce n'était pas un oubli ; je donnais volontairement un autre numéro que le mien. Paix à la personne qui subissait tous ces coups de téléphone de ses détraqués sexuels.
Je me tourna dans mon lit, qui me paraissait tout à coup petit pour une seule personne. Mais qu'est-ce qui se passait avec moi ? Je soupirai, ouvrant les yeux, laissant les lumières du soleil caresser mes iris. Il était chaud et agréable, et il me ramena au moment présent. Je le laissai effleurer les bouts de mes doigts que je tendais vers lui, comme pour le remercier de sa présence continue dans ma vie, avant de me lever.
Je remarquai sur ma commode quelque chose de sordide : un pion qui n'appartenait pas à mon jeu d'échecs, trônant sur ma table de chevet. Il était en verre et c'était le roi. Je le fis tourner entre mes doigts, curieusement. Avec le soleil, il faisait un drôle de jeu de lumière. C'était la première fois qu'un type du genre me faisait un cadeau.
Hier soir, j'avais eu raison ; il avait changé mon histoire. Et comme il me l'avait promis, il m'avait donné un baise inoubliable. Ce n'était pas un menteur, loin de là. Il me plaisait bien, ce type. Je regrettais de l'avoir traité comme tous les autres, banalement. Je serrai mon roi de verre dans mes paumes, un sourire aux lèvres.
Lycée Éclipse - 10 mai - 8 h 07
Alors que je venais à peine de sortir de mon véhicule, l'air chaud de l'été me fouetta le visage. Une semaine banale venait encore de passer. Je me donnais maximum un mois avant de changer encore de maîtrise ; au final, l'art, ce n'était vraiment pas mon truc. Étonnamment, j'avais voulu pousser le cliché jusqu'au bout : un joueur d'échecs, avec une vie passionnante et des tableaux partout dans sa maison qu'il avait peints. Ouais, avec ça, j'aurais pu me donner à la musique classique, je le concède, mais bon...
Je m'avançai dans l'allée pavée sans rien dire. J'avais toujours détesté les gens, et ces derniers temps, je les détestais encore plus. J'avais passé mes soirées de vacances de trimestre à flâner dans les bars, et les gens ne m'approchaient que pour baiser et parce que j'avais une belle petite gueule. Au final, le sexe ne changeait rien : fille ou gars, ils étaient tous terriblement obsédés.
Mes pas n'étaient que les seuls bruits qui me tenaient compagnie dans ce monde de gens bien indifférents à ma situation. Je traversais la foule, les pieds torturant le pavé que plein d'autres gens avant moi avaient déjà torturé de leurs semelles également. Alors que je rentrais dans mon aile de bâtiment, j'avais droit à une salutation d'un coéquipier de mon club d'échecs.
Ce gars-là, c'était une vraie sangsue... Et je ne connaissais pas son nom, mais je souriais, faisant semblant de le connaître bien et riant à ses blagues bien pourraves. Honnêtement, être avec lui me tentait bien plus que d'aller en art avec le même prof de philo que j'avais l'année passée. Le même prof avec qui je m'étais obstiné à lui dire qu'un homosexuel pouvait exister même avec deux parents.
Mais bon, je pris bien vite la poudre d'escampette, lui faussant bien vite compagnie pour rentrer dans ma classe.
La classe d'art était une grande pièce lumineuse, avec de hautes fenêtres. Je soupçonnais l'école d'en avoir construit sur mesure. C'était incroyable, un lieu tout simplement magnifique. Un lieu que l'on regarde, mais que l'on est incapable de s'associer. Quelque chose de magnifique, mais que l'on sait que l'on ne pourra jamais en faire partie. C'était exactement comme ça que je me sentais alors que je ne pris même pas la peine de saluer mon professeur et de me prendre un tabouret et un chevalet avec une toile vide.
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Échec et Math [B x B]
RomanceLa table tomba à la renverse. Il ouvrit ma chemise. Les pions de verre éclatèrent au sol, se répandant partout autour de nous. Mais on s'en fichait, cela faisait longtemps que nous ne jouions plus aux échecs. Nous avions intégré le jeu : j'étais le...
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