Chapitre 2 - Celui que rien n'annoncait.

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Il y avait un homme dans sa chambre.

Un inconnu. Agenouillé au sol, le souffle irrégulier, et un air douloureux. Il était trempé jusqu'à l'os, des gouttes d'eau perlaient sur le sol. La lumière tremblante de la lampe torche, laissant entrevoir des vêtements déchirés, un visage aux traits tirés, et un corps dont la raideur traduisait la douleur.

Akeru ne bougeait pas. Comme figé. Il ne n'aurait su dire s'il respirait encore. Que se passait-il? Le sol sous ses pieds semblait s'être dérobé, son cœur battait au rythme irrégulier des grondements du tonnerre. Ce n'était pas un rêve, il le savait. L'odeur des vêtements humides, de la terre, le bruits des branches se fracassant les unes contre les autres. Tout était malheureusement bien trop réel.

L'homme qui était resté jusqu'à présent presque immobile releva doucement la tête, puis le regard, comme s'il percevait enfin sa présence pour la première fois. Ses cheveux blonds pendaient en mèche humides devant ses yeux. Son visage pâle ciselé par des traits fins trop élégants pour un vagabond et trop propres pour un voleur. L'homme semblait perdu.

Akeru serrait si fort la lampe torche dans sa main, que la démarcation de l'appareil se gravait dans sa paume. Il s'empêchait de crier, tout en sachant qu'il aurait dû. Ou même appeler à l'aide. Un inconnu sorti de nulle part n'avait strictement rien d'anodin et de normal même. Mais il n'y arrivait pas. Ce regard qu'il croisa, deux pupilles émeraudes assombries par l'obscurité, éclairées par quelques éclats de lumière, le pétrifiait plus que la peur elle-même. Mais pourtant... Il n 'y interpréta aucune menace... Juste de l'inquiétude. De la souffrance.

-Qui êtes... vous...? Souffla-t-il, brisant enfin ce silence pesant.

Sa voix était faible. Bien trop faible pour que Akeru ne puisse encore voir une quelconque menace en lui. Il était sur le point de s'effondrer. Et avant même ne serait-ce qu'un son ne puisse sortir de sa bouche, un râle rauque échappa à l'inconnu. Posant une main sur sa tempe, son visage se crispa de douleur, tandis qu'il vacillait un peu. Ce n'est qu'à cet instant, restant silencieux, qu'Akeru remarqua plus en détail ses vêtements. Une chemise froissée qu'il devinait d'origine d'un blanc immaculée et au col haut, un gilet noir tâché de boue et cette longue cape gorgée d'eau et abimée, dont le poids semblait apporter difficulté à son propriétaire. Rien de tout ça ne ressemblait à des vêtements actuels. Ou peut-être bien ceux d'un fanatique du passé.

Il fronça les sourcils, intrigué malgré lui par cet inconnu sorti de nulle part. Il ne l'avait jamais vu. Aucun doute, il ne l'aurait pas oublié. Sans parler de son accoutrement, ce genre de visage, de présence, ça ne s'oublie pas.

L'homme affaibli murmura finalement quelque chose d'inintelligible, ce qui sortit le brun de ses pensées. Puis comme s'il se souvenait enfin de son propre corps, il tenta de se lever. En vain. Ses jambes ne le portaient plus. Il rencontra de nouveau le sol, ses bras affaiblis n'adoucissait pas sa chute. "Il est en train de mourir?" fut la pensée instantanée du jeune adulte.

Sans briser le silence, que ni la pluie battante, ni les volets qui claquaient n'arrivaient à briser complètement, il s'approcha. Il fit un pas, puis un autre, sans s'en rendre compte.

L'intrusion était plus qu'étrange et inexplicable, mais cet inconnu ne lui inspirait aucune peur. Il semblait être comme un bug dans un jeu, qui n'avait rien à faire là, mais qui l'était quand même. Il s'agenouilla lentement, laissant sa lampe au sol, l'éclairant en contre-plongée.

-Vous êtes blessé? Demanda-t-il d'une douceur totalement décalée à la situation.

L'homme ne répondit pas. Mais son regard suivit la voix, croisant celui d'Akeru. Il semblait lui supplier de l'aide. Ses lèvres se débattaient lentement pour tenter d'émettre un son, mais trop bas et trop confus pour qu'on en distingue quoi que ce soit. Akeru crut entendre un nom. Il plissa les yeux, et tendit l'oreille. Mais après un soupir, l'homme face à lui semblait s'être éteint. Il avait perdu connaissance, sans avoir eu l'occasion de répondre à ne serait-ce qu'une des questions qui tourbillonnaient désormais dans sa tête. Mais il respirait. Il était en vie.

Le jeune homme finit par doucement reprendre ses esprits, observant sa chambre, cherchant une explication. La porte et la fenêtre étaient toutes les deux fermées, pas de trous apparent dans le plafond... Se mordant à l'intérieur de la bouche, il se décida à laisser le mystère en suspens... Pour l'instant. Il n'avait pas envie que cet homme ne lâche son dernier souffle ici.

Il ne savait pas qui il était, ou d'où il venait, mais il ne pouvait pas le laisser mourir.

Il brisa enfin cet espace qui les séparait. Le contact de ses vêtements le fit frissonner. C'était concret, il ressentait ce contact. Il ne rêvait pas, ou n'hallucinait pas. Il tenta de le secouer un peu, puis après un moment d'hésitation, il l'appela doucement.

-Vous m'entendez? Vous allez bien? Vous allez pas mourir ici, quand même, hein?

Il n'eut malheureusement pas de réponse. Seule sa respiration saccadée traduisait la vie. Il prit donc son courage à deux mains, et hissa l'un de ses bras derrière son dos et l'autre derrière ses genoux pour le porter. Il n'était pas si lourd, mais sa raideur ne lui facilitait pas les choses. Le déposant sur le lit, il tenta à nouveau un réveil mais non... Testant ses réflexes, il finit par le pincer, provoquant un tressaillement chez l'inconnu, qui pour autant ne s'était pas réveillé.

Il avait des réflexes... C'était une bonne nouvelle, non? Il s'était ensuite reculer, restant debout au pied du lit, à observer ce blondinet sorti de nulle part. Il semblait sorti d'un film. Peut-être avait-il trouvé un portail à la "Narnia"?

R.I.D.I.C.U.L.E.

Il balaya ses pensées d'une traite, se laissant glisser contre le mur plus loin. Ses yeux ne lâchait pas l'endormi du regard. Après tout, il ne connaissait rien de ses intentions. Il ne voulait pas s'endormir.

" Est-ce un cambrioleur ? Un fou évadé ? Un type blessé dans la rue qui se serait faufilé ici ? C'est pas possible. Personne ne peut grimper jusqu'à ma fenêtre. Et d'où viennent ces fringues ? Il sort d'un bal costumé ou quoi ? Et s'il était poursuivi ? S'il y avait quelqu'un d'autre dehors ? Et s'il mourait ?" 

Et qu'allait-il dire à sa famille?

" Que j'ai trouvé un mec sorti de je ne sais où, à moitié évanoui au pied de mon lit ? Ils m'enverront à l'asile avant de l'aider. "

Les minutes, les heures passaient, alors que tout un tas de scénarios s'emmêlaient dans sa tête. Une trop grosse charge... Son manque de sommeil et l'heure déjà bien tardive, il sentait la fatigue l'envahir petit à petit.

Et si cet individu lui voulait du mal?

L'éclat des invisiblesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant