Une nuit froide. Un temps à dissuader quiconque de sortir, même pour une minute. Après tout, qui voudrait se retrouver sous un ciel inondé de nuages noirs, prêts à déverser leur colère sur le monde ? Des nuages qui grondent, qui vous menacent du moindre faux pas. Ce ciel-là, ce soir-là, ne pardonne rien. On ne fait pas la fête sous un ciel pareil. On reste terré, ou fasciné. Ce genre de ciel fait ressortir les failles. Il vous colle à votre lit comme une peur d'enfant, et vous rend minuscule face à l'orage. On peut s'y sentir en proie. Le genre de nuit où l'on n'est ni en sécurité, ni vraiment en danger. Juste... à vif.
L'odeur de petrichor embaumait les rues. Et caché sous une couverture à la lueur d'une lampe, son bouclier de drap ne le protégeant pas de la clameur des arbres poussés par le vent, un jeune homme n'était concentré que sur sa lecture. Bien que l'orage grondait et poussait les habitants à se protéger. Certains d'entre eux, de peur de tout perdre par la colère du ciel, abritaient ce qu'ils pouvaient. Pendant qu'une femme hurlait à ce qui semblait être son époux de rentrer, le fameux jeune homme, Akeru, continuait sa lecture. Son ouvrage d'une fine manufacture, recouverte d'un décor boisé et de feuilles d'or, emmenait son esprit plus loin que la tempête. Transporté par « La beauté du changement » il faisait fie de ce que le temps pouvait prédire.
Un roman sur l'époque victorienne, dramatique et profond. L'histoire d'une jeune femme, Erika Hatwinks, détestée de tous, dénigrée pour son nom, le nom de son défunt père, qui se doit d'affronter toute sorte de péripéties. Mais ce qui fascinait d'autant notre lecteur, c'était un autre personnage, moins important dans l'histoire, mais d'autant mis en avant, son majordome, Charlie. Secondaire, discret, presque effacé dans les premiers tomes. Pourtant, chaque fois qu'il apparaissait, quelque chose vibrait. Charlie n'avait pas de nom de famille, pas d'histoire détaillée. Mais Akeru en devinait une, entre les lignes. Il avait le sentiment que ce personnage portait à lui seul tout un pan de l'histoire qu'on ne lui racontait pas. C'était le genre de personnages qui par ses absences, brillait de mystère. Il était de ceux, qui entretenait l'impatience des lecteurs.
En tout cas ses frères et sœurs couchés et, il l'espérait endormis, il pouvait être tranquille dans sa lecture, même si le vacarme à l'extérieur et l'électricité coupée, ne l'arrangeait pas vraiment. Une petite heure passa rapidement comme ça, alors que le temps dehors ne s'était pas du tout apaisé, au contraire. Le vent faisait claquer, et même tomber les plus grosses branches. Les éclairs dans le ciel faisaient parfois même penser que le jour s'était levé pendant quelques instants. La lumière de la lampe faiblissait davantage. Elle allait bientôt s'éteindre. Il s'était finalement levé, après un soupir, posant le roman à sa place attitré dans sa bibliothèque. Son lit écrasé de son poids à nouveau, il était prêt à se laisser border dans les bras de morphée. Mais son esprit était en ébullition, fantasmant une vie d'aventure comme dans ce genre de livre.
Il ne pouvait le nier, sa vie manquait de panache. Elle manquait d'un petit quelque chose, sur lequel il ne pouvait ou n'osait, même pas poser d'hypothèse. Il n'était pas spécialement plus malheureux qu'un autre, mais souvent il ressentait qu'il ne faisait qu'avancer sans but. Que monter dans le train sans même regarder la destination. Il aurait pu en sauter pour juste tout arrêter, mais c'était les passagers à ses côtés qui le préoccupait trop. Leurs avenirs étaient devenus son seul et unique but, finalement. Surtout depuis la disparition de ses parents. Un lourd fardeau qu'il se gardait de partager à quiconque, qu'il ne voulait imposer à qui que ce soit. C'était son secret à lui. Il n'était pas malheureux, mais pas heureux. Il était neutre. Voilà neutre, à ce que la vie lui offrait. Il avait du affronter à un âge trop précoce, un rôle qui n'aurait pas du être le sien. Bien qu'il n'était pas seul, son oncle les hébergeant, être l'ainé d'une fratrie sans présence parentale, était un défi au quotidien. L'anxiété commençait à prendre le dessus, alors que le sommeil lui manquait cruellement.
Akeru était de ceux qui s'oubliaient souvent. Qui se perdaient eux-mêmes, tant leur propre pensées les délaissaient. Il avançait dans la vie comme un rêve suspendu, en effleurant à peine les frontières de son propre existence. A trop vouloir être fort pour les autres, il s'était progressivement effacé lui-même, jusqu'à en oublier où commençait sa propre voix et ses propres limites. Il repoussait sans cesse ses peines et ses inquiétudes. Il se persuadait, petit à petit, sans s'en rendre compte, que le monde tournerait mieux s'il ne prenait pas trop de place. S'il l'a gardait pour les autres. Il n'y avait que le soir, seul avec ses pensées, qu'il n'y arrivait plus.
Les éclairs faisaient gronder le ciel, et le vent claquer les volets, des sons bien gênants pour certains, mais sur lesquels le brun tentait de caller ses pensées.
Il n'y avait rien d'inhabituel pour un orage de faire d'aussi grands bruits si? Bien que tentant de s'en persuader, sa certitude se changea en inquiétude alors qu'il sembla entendre du bruit.
Un bruit venant distinctement du fond de sa chambre.
Comme de sa bibliothèque pour être précis.
Un ou peut-être bien deux livres qui étaient tombés ?
Il n'avait pas d'animal de compagnie, et aux manières de son oncle, il aurait été bien surpris d'y trouver un rat. Mais tentant de rationaliser, il gardait les yeux fermés, sans rien dire, se disant que ça allait passer. Son esprit trop peu stimuler depuis quelques secondes, devait lui jouer des tours. Ou peut-être s'était-il endormi un micro-instant?
Jusqu'à ce qu'un bruit, semblable au soupir douloureux d'une personne atteint ses oreilles.
Quelqu'un venait de geindre, même.
Il n'avait pas rêvé. Il était sérieux et très rationnel. Donc ça devait sûrement être l'un de ses petits frères et sœurs... Non? Mais pourquoi n'avait il pas entendu la porte? Pourquoi auraient-ils tenté de toucher à ses livres ? Et surtout, pourquoi resteraient-ils si discrets?... Après de longues secondes, il prit son courage à deux mains, en ouvrant d'un coup sec les yeux, se relevant dans son lit par la suite. Mais il compris avec effroi que la silhouette à genoux, prête à s'écrouler devant lui, n'avait rien d'un enfant.
Se levant d'un bon de son lit, sa lampe torche à lueur faiblissante à la main, il fit remonter lentement son faisceau sur la silhouette. Elle continuait de geindre, de soupirer de douleur, comme un ivrogne sortie d'une cuite.
Ce n'était pas un enfant.
Ce n'était ni même quelqu'un de sa maison.
C'était un homme, adulte. Visiblement en mauvais état. Vêtu comme... comme sorti d'un autre temps.
Ses habits ressemblaient à ceux d'un autre siècle. Il semblait souffrir. Il geignait. Il respirait difficilement.
Un inconnu.
Il y avait un homme dans sa chambre
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L'éclat des invisibles
ParanormalEt si le personnage de votre roman préféré apparaissait dans votre vie ? Akeru ne pensait pas qu'un simple livre pouvait bouleverser le réel. Pourtant, face à lui, dans un monde qui n'est pas le sien, se tient Charlie. Un majordome venu d'un autre u...
