XXIII : Autopsie

18 2 2
                                        

PDV Ashton :

Nous sommes aujourd'hui en état d'alerte. Le territoire a été attaqué de nouveau.
Après l'attaque du jeune Jayden, nous nous étions concentrés sur des recherches pour tenter d'identifier nos ennemis et l'ampleur de la menace qu'ils représentent. Sauf qu'aujourd'hui, une jeune femme a été attaquée sans que l'on y soit préparé. En réalité, cela ne fait que trois jours que la première attaque a eu lieu. Mais deux attaques en quatre jours, c'est une déclaration de guerre.

Nous n'avions pas prévu de patrouilles, d'escortes, de gardes, car ce n'était pas de notre ressort. C'est à l'Alpha de protéger son territoire. Sauf qu'une attaque a eu lieu et que la gamine est morte avant même que l'on s'inquiète de sa disparition.
Et son corps est devant moi, enfin, moi et Jesse, sur une table d'autopsie métallique, sous une lumière blafarde.

Sa peau est mate mais translucide et chacune de ses veines est visible, saillante. Nous l'avons déshabillée pour découvrir, sur son flanc gauche, un hématome noir qui s'étale sur une quinzaine de centimètres. Le poison qui l'a tué a coloré ses veines d'un vert sombre, presque noir. Je peux suivre sur son corps la moindre veinule, car toutes ont été teintées de ce vert mort. Et Jesse, ici présent, doit, grâce à l'autopsie, découvrir ce qui a pu lui faire ça. Son sang a été contaminé et le poison causé une septicémie dans son corps qui lui a couté la vie. Mais tout cela en un temps record, car ses proches ne l'ont perdu de vue qu'une trentaine de minutes avant de la retrouver raide dans les bois, sur un chemin relativement fréquenté qui relit deux villages. 

Le problème, c'est que d'après les analyses, cette jeune fille descend d'une lignée de sorcières. Et que le poison, et surtout ses effets, ne correspond à rien de connu dans les hôpitaux humains. C'est pourquoi elle est sur notre table d'autopsie, dans le hangar de Dane. C'est pourquoi on nous l'a refilée. Et notre rôle, à Jesse le savant fou et moi l'homme aux mille talents, est de découvrir ce qu'il l'a tué.

Après avoir enfilé une blouse, un masque et des lunettes de protection - on ne sait jamais, avec les empoisonnements il faut être prudent - j'entreprends de me mettre au travail. Jesse lui a déjà prélevé du sang pour faire quelques analyses que lui seul est capable d'imaginer, et moi, je commence à ausculter le corps.

On peut aisément penser que la mort et l'empoisonnement de cette jeune femme soient le fait de cette organisation criminelle, Némésis, mais le système opératoire n'est pas le même que pour le garçon. Le poison n'est pas de la même composition. Car les veines du garçon n'avaient pas noirci et que ses plaies étaient apparentes, évidentes.

Son corps à elle, mis à part cette coloration morbide des veines, semble tout bonnement intact. À première vue, il n'y a rien. Pas de lacération, de morsure, de blessure à l'arme blanche, de trace de coups. Il va me falloir être minutieux si je veux découvrir quelque chose que l'on a voulu dissimuler à ma vue. Si je ne me questionne pas trop, je dirai qu'elle a simplement été piquée sur le flanc, là où l'hématome s'est développé. Sauf que je doute qu'il n'y ait que ça.

Je lui ouvre la bouche pour découvrir une langue noire et du sang coagulé dans le fond de sa gorge, de la couleur de l'ébène. Je note sur mon calepin : hémorragie à côté de nécrose avancée du sang. Je ne maîtrise pas forcément ces termes, mais Jesse comprendra ce que je veux dire. Je lui soulève les paupières, ses yeux sont de la même couleur que sa langue. Ils sont gorgés de sang noir. C'est passablement écœurant, heureusement que j'ai déjà vu pire. L'odeur qui s'en dégage me couperait le souffle si je n'avais pas l'habitude de la senteur de la mort. Je continue mon expertise : les oreilles, le nez, le cou. Jusque-là, tout semble normal. J'ausculte ses bras, rien à dire mis à part les lignes vertes et nécrosées. Les mains ne racontent rien de plus. Pas de terre sous les ongles, de peau, ni même de fibres ou de poils qui indiqueraient qu'elle aurait lutté avant sa mort. Il n'y a qu'un peu d'encre sur les doigts de cette femme. Peut-être était-elle étudiante.

Mélange IncertainOù les histoires vivent. Découvrez maintenant