XXII : Première étape

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- Je ne t'apprends peut-être rien mais tu es ici contre avis médical, Ash. On est sorti en douce du Sanctuaire pendant que le gros des équipes gèrent la sécurité du laboratoire, alors tente de rester discret, je ne voudrais pas m'attirer les foudres de la doyenne.

Dane me sermone tandis qu'il allume les néons du hangard. Apparemment il n'avait pas prévu de me faire participer à ses recherches sauf qu'Abygaël l'aurait soudoyé. Parce qu'elle pense que ma retraite dans ma chambre ne me profitera pas. Ce n'est peut-être pas faux puisque je suis très vite retomber dans de vieux travers. Certes. Mais ils ne m'ont même pas laissé deux jours de répis ! Et j'avoue que j'aurais eu besoin de davantage de temps. Pour me remettre, pour accepter la proche échéance de ma vie. Pour concevoir que je ne serais jamais le même à nouveau.

Mais d'un autre côté, je suis satisfait de ma présence entre ces murs. Car elle suppose que j'accède aux informations que possède Dane sur l'affaire. Et plus mon esprit sort du brouillard, plus ces évènements m'intriguent. J'ai envie de comprendre ce qu'il s'est passé. De savoir ce qu'il se trame sous mon nez. Si Dane et ses louvetaux ont été chargés par l'Alpha du territoire d'enquêter, c'est que cette attaque n'était pas anodine. Et je compte bien faire en sorte que ma présence ici satisface ma curiosité, et détourne quelque peu mon attention de la douleur sourde qui sommeille dans mes trippes.

Dane m'a entrainé à sa suite jusqu'à ce qui sem ble être ses quartiers. La pièce était agencée de manière à ne pas perdre le moindre espace. Les meubles étaient enchassés les uns dans les autres et un ordre inquiétant reignait. Des étagères pleine de livres et de dossiers tapissaient un pan de mur. Un bureau en bois sombre et coupé en L trônait au centre de la pièce. Démesuré, il aurait pu acceuillir deux autres personnes, au lieu de quoi il était le support de plusieurs ordinateurs et de quelques dossiers épars. Je comprenais que Dane pouvait ainsi travailler sur différents dossiers simultanément. Il est vrai que c'est un homme très occupé. Contre toute attente, il y avait un canapé oublié au fond de la pièce que je décidais de considérer comme le meuble m'étant destiné. Je m'y affalais sans attendre tandis que Dane récupérait sur son bureau un "dossier" excessivement fin.

- Voici la totalité des informations que nous possédons actuellement ! Dit-il avec dépit en me tendant les feuilles.

J'ouvris la pochette. Elle contenait une maigre fiche d'informations sur la victime de l'attaque. Jayden, 19 ans, Biélo-Russe. Quelques informations à propos de sa vie recouvraient le reste de la feuille que je lus en diagonale. Il y avait également quelques photos, extraites de caméras de sécurité. On y discernait le jeune homme dans le hall de l'école, avant l'incident au vue de ses habits encore intacts. Puis des clichés de moi le sortant de ce bourbier, d'autres depuis l'arrêt de bus. Je fus surpris d'en trouver une autre de moi datant également d'avant l'attaque. En bref, Dane avait recoupé mon itinéraire et celui-ci figurait sur un plan de la ville.

Apparemment il comptait délimiter un quadrillage pour tenter d'identifier le, ou les agresseurs, car ils n'apparaissaient nulle part. Ni sur les vidéos de surveillance du campus, ni dans la périphérie de celui-ci, ni même ailleurs dans la ville. Ils étaient sortis du néant pour y retourner aussitôt. Aucune trace. Mises à part celles laissées sur le corps du jeune homme.

Ensuite je retrouvais le procès verbal dressé par la police locale, l'intégralité de leurs propres informations se trouvant en annexe. Et juste ensuite se trouvait le compte-rendu médical du garçon. Puis une retranscription ainsi qu'une photographie du message que j'avais découvert sur les ruines dans la forêt.

En bref, un jeune homme était en train de mourir des suites du mélange de deux puissants venins dans son corps qui déclenchaient en lui une réaction auto-immune atrocement douleureuse. Et considérée comme fatale à ce jour, aucun cas de survie n'ayant jamais été répertorié. Et une organisation, certainement terroriste, renvendiquait cette attaque. Le problème : on ne possède rien, absolument aucune archive (numérique du moins) faisant mention d'une organisation du nom de Némésis.

Au programme du jour : enquête.

Enquête sur le garçon, sa vie, son lien avec le monde de la nuit, sur sa famille, son passé. Enquête sur cette nouvelle organisation et la réelle menace qu'elle pourrait représenter. Et dans le meilleur des mondes, des recherches sur un remède pour tenter de sauver cette étrange victime.

Il faudrait également synchroniser l'équipe (plus moi) à la cellule d'enquêteurs humains qui s'est déjà emparée de l'enquête. Car il faut toujours qu'une équipe officielle se charge du travail officiel, tandis que la mafia s'occupe du reste. Evidemment, la meute de Kyle ne fait pas partie d'une mafia reconnue, mais c'est tout comme. Un homme excentrique gère un territoire peuplé de créatures en tout genre avec une autonomie quasi totale vis-à-vis du gouvernement humain. Sa seule prérogative est de se présenter quinquénalement à la grande réunion que tient le Conseil. Pour moi c'est une sorte de mafia.

- Je trouve que c'est déjà pas mal. On a assez de matière pour creuser plusieurs pistes avant de piétiner. Tu en aurais une copie pour moi ? demandais-je en désignant le dossier.

Dane ne me répondit pas tout de suite. Il me fixa. Son regard était lourd. Il me détaillait comme s'il tentait de me démasquer.

- Est-ce que je peux te faire confiance ?

Son ton était lourd de sens. Et j'en compris tous les enjeux. Je soutiens son regard, ne sachant que dire pour le rassurer et finis par simplement hocher la tête. Après tout les mots ne pouvaient pas tout exprimer.
Il pouvait me faire confiance car je plaçais moi-même plus de confiance en lui qu'en ma personne. Mais également car nous avions traversé des épreuves ensemble qui avaient liées nos âmes à jamais. Nous nous étions battues côte-à-côte. Je ne pouvais rien lui cacher, rien faire contre lui. Nous étions comme des frères aujourd'hui et depuis des années. Non pas des frères de sang dont la trahison pouvait corrompre le lien, mais des frères nés dans le sang et les larmes.

Il pouvait me faire confiance, car il ne pouvait rien faire d'autre. Et il pouvait me faire confiance car je m'en sentais la force. Mon corps était affaibli mais rien dans ma condition ne pouvait réellement empiéter sur ma volonté ou ma fiabilité. Alors oui, il pouvait me faire confiance. Je reste intègre malgré que la mort soit proche.

Il parru se satisfaire de ça car il enchaina très vite sur la suite et me tendit une seconde pochette en carton.

- Ça c'est ce qu'on a sur "Nemesis" d'après les recherches de Clay. Comme tu peux le voir, on n'a rien.

La pochette ne contenait pour le moment qu'une pauvre feuille de papier sur laquelle ne figurait que quelques lignes. Nous aurions affaire, d'après ces notes, à une secte dissoute depuis quatre siècles. La dernière mention de ce groupe datant des années 1630. Des fantômes en somme. Nous n'avons rien sur eux, mais eux ont apparement quelque chose sur moi.

Mélange IncertainOù les histoires vivent. Découvrez maintenant