Chapitre 1: Un lundi soir

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Ce lundi soir, je suis affalée sur le canapé, les yeux rivés sur l'écran de télévision. Encore une fois, les Villains ont frappé dans la ville voisine, et leur chaos imprègne chaque recoin de la ville. Je déteste les Villains. Rien que de penser à eux, ça m'énerve.
- Pourquoi font-ils ça ? Quels sont leurs buts à part la haine et la destruction?

Je me suis souvent imaginée comme un super-héros, volant au secours des gens. C'était mon rêve depuis toute petite, mais mes parents ne voulaient pas que je prenne ce chemin dangereux. Ils ont insisté, me rappelant sans cesse les risques que cela comportait. Malgré leur insistance, je n'allais pas les écouter, car c'était mon rêve. Mais quand ils sont morts, j'ai respecté leur souhait. Plutôt que de devenir un héros visible, je suis devenue une sorte de "héros secret", le cerveau derrière les opérations, celle qui place chaque héros à l'endroit où il doit être. Une vie dans l'ombre, mais essentielle.

Et puis maintenant, j'ai autre chose en tête. Je veux venger ma sœur. Je veux trouver celui qui l'a tuée et le tuer de mes propres mains. Je sais que ce n'est pas digne d'un héros, mais ma sœur était ma seule famille.

Quand je l'ai vue, allongée par terre, couverte de sang, je me suis jurée de la venger. Ses derniers mots ont été :
- Je t'aime.

Je ne voulais pas croire que c'était la fin. J'ai couru chercher de l'aide. Mais à mon retour, elle avait disparu. Pourquoi avait-elle disparu ? Je me suis posé cette question sans cesse, jusqu'à ce que je comprenne. Celui qui nous a attaqués ce jour-là voulait sûrement nos yeux. Ma sœur et moi avons des yeux rouges, ce qui est très rare dans ce monde et très précieux. Ce Villain nous a dit, en nous attaquant :
- Vous avez de beaux yeux. Je les veux.

Ma sœur a tout fait pour me protéger. Elle s'est battue avec le Villain jusqu'à l'épuisement, et elle a réussi à me sauver. Mais elle n'a pas pu se sauver elle-même. Je sais que ce Villain est toujours vivant. Quand j'ai vu ma sœur gravement blessée, je suis partie chercher de l'aide. Mais en revenant, elle avait disparu, elle et le Villain. Je suppose qu'il l'a enlevée.

Après ça, quand je suis rentrée chez moi, j'ai dessiné cet homme. Cet homme qui a tué ma sœur. Cet homme qui m'a brisée. Cet homme qui va mourir grâce à moi. Cet homme qui est dans mon salon, en grand, pour ne jamais oublier que je dois le tuer. Et oui, j'ai accroché son portrait dans mon salon pour qu'à chaque fois que je rentre dans cette pièce, je pense à la souffrance qu'il m'a fait subir et qu'il faut que je le tue. Mais je pense que tuer n'est pas suffisant pour lui. Il mérite d'être torturé puis tué.

De toute façon, j'ai toujours détesté les hommes.

Après avoir regardé la télé, j'ai décidé de faire un tour dans la ville malgré le raffut qu'il y a eu dans la ville voisine. Ça m'a énervé de regarder comment les Villains ont foutu la pagaille. Et quand je suis énervée, je fais des tours dans la ville pour m'aérer l'esprit. Je ne sais pas pourquoi, mais cette nuit, il y a beaucoup de raffut dehors. Pourtant, j'ai quand même décidé d'affronter cette nuit oppressante et de sortir. Je pense que cette sortie a changé ma vie.

En marchant tranquillement dans une rue étroite et sombre, je me surprends à apprécier l'atmosphère inquiétante de cet endroit familier. C'est vrai, cette rue peut faire peur, mais j'ai l'habitude de la prendre. Même si cette atmosphère me rappelle la nuit du 15 septembre.

Et puis là, j'entends une sirène de police. Soudain surgit de nulle part un homme grand, d'environ 1m80, mat de peau, avec des cheveux brun foncé. Il tient des chaînes à la main et a des yeux incroyablement beaux, d'un bleu océan, qui semblent percer l'obscurité de la nuit. Il sort de nulle part, se colle à moi contre le mur. Bien sûr, mon réflexe est de le pousser violemment, mais sans effet.
- Tu fais quoi là ? Dégage...
balance-je sous la pression et l'exaspération de voir un homme me pousser contre un mur.

Il pose son doigt brûlant sur mes lèvres.
- Chut, murmure-t-il.

Son souffle chaud contraste avec la fraîcheur de la nuit. Je le regarde, il me regarde, et on attend, collés dans une rue au beau milieu de la nuit. Ça a dû durer deux minutes maximum, mais j'avais l'impression que c'était interminable. Ses yeux m'envoûtaient, transperçaient les miens. Puis, je vois une voiture de police passer, avec ses gyrophares jetant des éclats de lumière bleue et rouge sur nous, mais elle ne nous remarque pas.

Je reprends mes esprits, la réalité me heurtant de plein fouet. Ce type, c'est un Villain. Je comprends aussi qu'il essaie d'échapper à la police. En le regardant mieux, je vois qu'il a du sang sur le visage et que ses habits sont très usés. Cela peut être normal pour un Villain, surtout s'il vient de commettre un crime.
- Dégage de mon chemin, dis-je plus fermement.
Il sourit, un sourire mêlé de défi et de charme.
- Et du calme, ce n'est pas comme ça qu'on traite les gens, princesse.
- M'en fous, t'as rien à faire ici, va en prison.
- Eh bien, t'as du caractère, j'aime ça.
- T'aimes rien du tout, allez salut, ajoute-je, énervée par son insolence charmeuse.

Je me retourne pour partir, mais il attrape mon bras. Je sens encore la chaleur intense de son corps contre ma peau.
- Attends.
- Quoi ?
- Tu veux pas rester avec moi un peu ? J'ai peur tout seul.
- Très drôle, déjà t'as de la chance que j'ai pas appelé les héros.
- Tu m'aimes trop, c'est pour ça.
- Pas du tout, je suis juste fatiguée.

Je commence à partir, mais il s'exclame à nouveau :
- Attends !

D'un geste, il crée une barrière de feu. La chaleur intense me fait reculer. C'est à ce moment-là que je comprends pourquoi sa main était si chaude : il peut contrôler le feu. Une raison de plus pour ne pas l'aimer. Je déteste le feu.

- Ne me parle pas ! Tu comprends pas ça ? criai je, irritée.
- Wow, mais reste avec moi ! Je t'ai dit, je t'aime bien, tu sais.
- Pas moi, répondis je sèchement.

D'un mouvement précis, j'étouffe les flammes avec mon pouvoir. Oui, je contrôle l'eau. Le contraste entre nos pouvoirs est frappant, presque ironique. Il me regarde, intrigué, et un sourire effleure ses lèvres.
- J'aime bien ton pouvoir, tu sais, dit-il.
Je ne réponds pas, préférant l'ignorer.
- Tu sais, tu es la seule qui peut m'éteindre avec ton eau, ajoute-t-il, ses mots à la fois provocateurs et presque amusés.

Cela m'irrite autant que cela me trouble. Sans un mot, je tourne les talons et m'éloigne.

Quand j'arrive chez moi, je me laisse tomber sur le canapé, attrape la télécommande et allume la télévision. Mais cinq minutes à peine après l'avoir allumée, je l'éteins. Je repense à ce qui s'est passé ce soir. Il m'intrigue, quand même. Qu'est-ce qu'il a fait pour avoir la police aux trousses ? Pourquoi m'a-t-il parlé ? Il aurait très bien pu passer son chemin.

Tant de questions, mais aucune réponse. Dans tous les cas, c'est passé, et je ne le reverrai plus jamais, me dis-je en essayant de me convaincre.

Je me lève pour aller chercher un verre d'eau, toujours pleine de questions en tête. Mais malgré tout, une pensée persiste : il est tout ce que je déteste. C'est un Villain, un homme, et il contrôle le feu.

IncompatibleWhere stories live. Discover now