Chapitre 14. Théo.

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Dans les jours qui suivirent, Morgan et Edern se réapprirent l'un l'autre en ayant soin de parler et de faire parler l'autre. Même lorsqu'ils faisaient l'amour, ils s'attardaient plus sur la technique que sur la passion, réfrénée. Morgan s'en rendait bien compte. Edern lui massait le périnée avec attention afin de stimuler au mieux sa prostate et ne le pénétrait jamais avant. Morgan lui-même réfléchissait beaucoup plus aux étapes du plaisir lorsqu'il prenait son amant en bouche.

Il n'était pas inquiet. C'était une phase nécessaire dans leur apprentissage, qui ne signait en rien l'arrêt du fol abandon au désir pur. Cela reviendrait parce qu'ils n'étaient rien sans les bras l'un de l'autre. Il fallait auparavant évacuer complètement ce qui les avait mis à mal. Edern devait confier ses doutes, Morgan les écouter. Ce dernier était persuadé que son roc, son protecteur ne le malmènerait plus jamais. Leur relation devait simplement retrouver la juste harmonie des corps et des cœurs.

Edern tint même à accompagner Morgan pour son premier jour de travail et tous deux profitèrent de l'intimité de l'habitacle de la petite Fiat, avant l'immersion dans le travail. Edern commençait le lendemain matin pour approvisionner les rayons. Un baiser et Morgan partit.

Une demi-heure plus tard, après avoir été présenté à différents acteurs de l'hypermarché, il était assis à côté de Linda, la caissière qui devait lui expliquer la façon d'entrer les articles et toutes les autres subtilités du métier. Il retint aisément les différentes modalités, les chèques-déjeuner, les promotions. La caisse elle-même lui paraissait simple d'utilisation.

En fin de matinée, il avait réalisé lui-même le passage d'un client, sous la supervision de la jeune femme. Ensuite, il mangea rapidement un sandwich acheté en rayon dans la petite pièce réservée aux employés, avant de prendre en charge sa propre caisse, à côté de Linda, au cas où. Ça allait vite et ce n'était pas pour lui déplaire.

Les clients lui en montrèrent beaucoup sur la nature humaine. Il y eut une jeune femme hautaine, qui répondit à peine, du bout des lèvres quand il lui demanda si elle avait la carte du magasin. Vint un couple de septuagénaires désireux de papoter pour rompre la solitude. Ils évoquèrent les produits que leurs enfants achetaient, eux qui étaient partis à l'autre bout de la France. L'un à Montpellier, l'autre sur la Côte d'azur. Il y eut aussi les groupes qui achetaient des bières et des chips afin d'aller faire la fête sur la plage.

Après sa pause de quinze heures trente, Morgan eut la surprise de voir que la caisse située à sa gauche était désormais occupée par un jeune homme, un saisonnier comme lui, sûrement, alors que Linda était toujours à sa droite.

C'était un beau spécimen mâle, Morgan devait bien le reconnaître. Il avait un visage ovale aux traits réguliers, de grands yeux noisette sous des cheveux châtain savamment ébouriffés. Il retenait indéniablement l'attention. Il possédait un truc qui charmait, attirait.

S'il avait été du style à draguer, s'il n'y avait pas eu son Edern, Morgan aurait essayé de tâter le terrain. C'est-à-dire dans une autre vie. Son gaydar lui indiquait que le gars était homo mais il pouvait se tromper. Rêver de son beau voisin de caisse serait tout ce qu'il se permettrait.

— Salut. Morgan, se présenta-t-il en se rasseyant.

Au creux de tes brasLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant