Chapitre 13. L'explication.

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Un grand silence s'étendit d'abord sur eux, entre eux. Edern continuait d'entourer de ses doigts sa tasse pourtant vide. Morgan attendait, le cœur serré dans un étau. Edern ne savait peut-être pas par quoi commencer.

— Comment ta soirée a-t-elle débuté ? s'enquit Morgan.

— Bien, vraiment bien. Nous rigolions, nous nous rappelions un tas d'anecdotes sur les profs, sur la triche concernant certains devoirs à la maison. Nous buvions, aussi. J'enchaînais les bières et les allers-retours aux WC.

— J'ai connu ça aussi hier.

— Tu t'es soulé, petit poulain ? s'étonna Edern.

— Oui, comme toi.

— Pourtant, j'avais l'impression de garder l'esprit clair, même si j'étais d'humeur particulièrement joyeuse. Je m'amusais bien. Le temps a passé. À un moment donné, alors qu'un type s'en allait, j'ai regardé ma montre. Il était plus d'une heure du matin. J'ai alors commis une erreur à leurs yeux.

— Laquelle ?

— J'ai dit, très précisément : « il faut que j'y aille, Morgan m'attend. » Martin, celui qui était le plus proche de moi depuis le début de la soirée, m'a suggéré d'envoyer un texto à ma nana pour la rassurer. Il partait sur le fait que tu étais une fille.

— C'est ce que la plupart des gens auraient pensé.

— Je ne me suis donc pas inquiété. J'ai répliqué : Il me manque, je sais que ça peut paraître con, mais il faut que je rentre. » J'ai aussitôt regretté d'avoir étalé mes sentiments, j'ai mis ça sur le compte de l'alcool. Martin m'a regardé très attentivement. Son expression s'est complètement modifiée.

— C'était donc un problème d'homophobie, soupira Morgan. Ce n'est pas parce que le mariage pour tous existe que les flammes de cette haine ont disparu. Il n'y a qu'à voir l'autre, mon... enfin bref.

— Je voyais le mépris, le dégoût et la haine sur son visage. « Il t'attend ? Il te manque ? Pauvre chou ! a dit Martin et d'autres ont rigolé. « Qui fait l'homme, qui fait la femme ? » a lancé un autre mec. « Tu fais plus viril que ça », a fait remarquer un autre. Je ne comprenais pas et j'étais pourtant en plein dedans. Pourquoi l'amour des hommes, si viril justement, est-il ainsi rabaissé ? Ce n'est pas juste, ni pour les femmes, ni pour les homos, ce genre de réflexions. Pourquoi serait-on plus viril en faisant l'amour à une femme qu'en faisant l'amour à un homme ?

— La faute à la culture dans laquelle nous baignons, Edern, avec ses codes et ses illogismes. J'y ai pensé mille fois mais toi, tu as découvert ça cette nuit, ça t'est tombé dessus, énonça Morgan avec tristesse.

— Toutes ces questions se bousculaient dans ma tête alors je ne répondais pas. Ils ont sûrement pris ça pour de l'embarras ou de la faiblesse et ils ont continué. L'alcool n'arrangeait rien.

— Ce n'est pas une excuse à la connerie, rétorqua Morgan.

— J'étais atterré face à ces moqueries, ce refus de ce qui est si beau entre nous, Morgan. J'aurais dû m'en foutre mais la vérité, c'est que peu de gens en ressortent indemnes.

— Oui, ça fait mal...

— Martin... Martin s'est levé et a posé sa main sur mon sexe. « Si t'es gay, je peux te faire ça ? » a-t-il ricané. Je me suis senti traité comme un être inférieur. Il m'avait touché, comme ça, sans mon autorisation ? Il me manquait de respect, juste parce que je suis gay ? C'était une violation de mon intimité.

— Oui. C'était un attouchement, ni plus ni moins et c'est répréhensible, murmura Morgan, qui avait pâli.

— Mais je n'éprouvais aucune colère, juste de la honte.

Au creux de tes brasLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant