chapitre 12. La soirée.

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— Rentre bien, Morgan, chuchota Lucie avant de l'embrasser sur la joue.

— Ça ne va pas être difficile, gloussa le jeune homme. Je suis devant mon immeuble.

— On ne sait jamais ce qui rôde, noir et sans forme, dans les escaliers ou l'ascenseur, jusqu'à ce que... marmonna Sophia.

— Ça va pas, de nous foutre les jetons comme ça ? s'offusqua Lucie.

— Pas la peine de monter, les filles, je saurai lutter seul contre la bête malveillante, affirma Morgan.

— Ce n'est pas une bête, c'est un esprit malin, qui peut se matérialiser pour tuer, insista Sophia.

— Bon, c'est fini, oui, ces conneries ? trembla Lucie.

— Je te demande pardon, roucoula Sophia.

Pour un peu, la trouille les dégriserait. Morgan et ses amies revenaient d'une soirée étudiante à laquelle elles avaient été invitées pour fêter la fin des examens. Morgan avait accepté de les accompagner parce que ce soir-là, Edern allait dans le même genre de réjouissances avec ceux de son cursus.

D'emblée, Morgan ne s'était pas senti à l'aise. Il ne connaissait les autres étudiants que de vue et ne savait pas trop comment amorcer un semblant de discussion. Ça l'avait étonné que les filles soient invitées parce qu'elles ne les avaient pas davantage fréquentés durant l'année. Morgan avait craint de mauvaises intentions, genre sauterie, mais les mecs et les nanas avaient l'air cool et pensaient surtout à décompresser. Ils se lâchaient mais personne ne se foutait à poil ou n'ennuyait les filles.

Alors il avait pu siroter, ou plutôt siffler autant de vodkas aromatisées qu'il avait pu en ingurgiter avant de se sentir plein comme une outre et de squatter les WC pour libérer sa vessie, qui semblait se remplir indéfiniment.

À travers une brume agréable, une torpeur alcoolique le faisant doucement planer, Morgan surveillait ses amies avec ce qui lui restait de lucidité.

Quand les premiers avaient commencé à vomir, Sophia et Lucie avaient pris leurs sacs et leurs vestes, avaient titubé vers Morgan et lui avaient confié leur intention de partir. Elles s'ennuyaient, avec ces gens presque inconnus. Il n'y avait eu aucun rapprochement, ni amical ni gentiment séducteur. Morgan les avaient suivies et ils avaient appelé un taxi.

Qui allait repartir. Morgan embrassa à son tour Sophia et agita la main, tandis qu'elles s'engouffraient à nouveau dans le véhicule.

Morgan préféra les escaliers à l'ascenseur, qu'il trouvait trop confiné après les délires de Sophia. Boire ne lui réussissait pas, à celle-là ! Les paliers étaient allumés, il pourrait voir venir... Quoi, d'ailleurs ? Sophia avait réussi à lui coller la frousse. Elle s'en souviendrait, il saurait lui rappeler. Il parvint à son étage sans que l'inquiétude le lâche. Il devait voir le côté positif : ça lui éclaircissait les idées. Il tourna la clé. L'appartement était plongé dans le noir. Edern n'était pas rentré.

Morgan ferma la porte et choisit de prendre une douche qui chassa les ultimes vestiges d'alcool alourdissant son crâne. Il ne demeurait qu'une légère euphorie et plus aucune crainte. Il s'installa dans le canapé pour attendre son amant.

En verve, plein d'inspiration, il se releva, alla chercher le bloc-notes des courses et en arracha des feuillets pour les noircir de ses idées de photographies. La rue de Siam, la bibliothèque et même Edern, habillé, nu ! Ouh là, il était encore un peu bourré, finalement.

Il avait désormais très chaud. Il songea qu'ils pourraient même faire l'amour quand Edern rentrerait. Ils n'avaient pas d'horaires à respecter le lendemain. Il n'allait faire ses premiers pas de caissier que le lundi suivant.

Au creux de tes brasLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant