XX : De la poudre pour la soif

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PDV Ashton :

Dane est sortit de ma chambre il y a un moment mais je ne peux toujours pas croire ce qu'il a sous-entendu. Peut-être que ce n'était qu'une ruse pour que je me nourisse, ça lui ressemblerait d'une certaine manière. Je suis tellement atone que j'ai du mal à croire qu'il ne soit pas mort avec une partie de moi. 

A vrai dire je n'y crois pas une seule seconde. Ce garçon est presque mort entre mes bras, j'ai ressenti la souffrance de la perte. Je ne peux pas envisager que quelqu'un ait pu le maintenir en vie. Un simple humain ne peut pas survivre à de telles blessures. 

Mais je voudrais y croire. Je voudrais y croire de tout mon coeur car ça signifierait que pour une fois je n'aurais pas failli à sauver la vie d'un innocent. Et d'un autre côté je sais que je suis bourré de calmant et de drogue en tout genre. Je sais donc que je ne peux pas me fier à mon jugement et que je ferais mieux d'écouter Dane. Il est tout bonnement impossible que j'ai survécu à une telle douleur et que je ne me sois pas achevé moi-même sans avoir eu une dose de sédatif dans le sang. Là encore, je ne sais pas de quoi je serais capable si je n'étais pas complètement ralenti par les drogues. Je sais que mes pensées ne feraient qu'un tour et que je ferais une connerie si j'en avais la possibilité. 

Pour l'instant il est plus prudent que je sois ramoli par leurs calmants. Il vaut mieux que je reste tranquille sans trop penser. Sans trop ressasser. De toute façon je ne me souviens pas de grand chose, autant qu'il en soit ainsi. Je ne me souviens que de douleur, de noirceur ... de sang. Je me souviens aussi de ce que j'ai ressenti lorsqu'ils m'ont enfermé dans cette pièce immaculée. J'étais fou. Fou de lui, fou de douleur, fou de sang. Je ressentais plein de choses, trop de choses. J'avais mal, si mal, mais cette douleur n'était pas la mienne. J'avais mal de blessures qui n'étaient pas sur mon corps. J'avais mal de ses blessures. Et surtout, j'avais mal à l'âme. Je pensais mourir. J'aurais dû mourir. Mais je suis encore là. Bien vivant, mais on ne peut plus faible, on ne peut plus fatigué, on ne peut plus amorphe. 

J'aurais préféré mourir car je n'ose plus affronter le reste de cette journée, le reste de cette vie. Soit il est mort et je ne vais pas tarder à mourir aussi. Soit il vit encore, entre deux mondes, dans un lieu d'où les âmes ne reviennent jamais tout à fait. Je ne veux pas réellement le savoir.  J'aimerais ne plus être lié à rien. Ne plus être lié à personne. Après tout rien ne me garantit que nous sommes véritablement lié. Oui j'ai souffert. Oui je l'ai retrouvé dans un trou pommé sous une pluie battante mais ça n'a pas forcément de sens. Ce n'est peut être qu'un immense hasard. J'aimerais croire que ce n'est qu'une coïncidence. Tant que je ne verrais pas la marque sur sa peau je refuserais de croire qu'il soit lié à moi de quelque manière que ce soit. C'est le mieux pour moi, pour mon équilibre mental.

Je n'ai aucune envie de quitter mon lit, tout comme je n'imagine pas un seul instant manger le contenu du bol que Dane m'a apporté. Mais d'un autre côté, ce que je veux n'a plus la moindre importance maintenant. Ce que je désire n'impacte pas et n'a jamais impacté l'ordre du monde, l'ordre des choses. Je ne souhaitais pas que cette journée tourne à la mascarade, et voilà où j'en suis finalement rendu. Je ne veux plus rien. A part dormir peut-être. Non, comater serait mieux. Je ne veux pas rêver, pas cauchemarder. Il me faut mes médicaments. Il me faut mes somnifères. Je repousse à contre cœur les couvertures de mes jambes et me lève doucement. Tout tangue autour de moi. Les couleurs et les formes se mélangent, je ne vois plus rien. Une crampe me prend soudainement aux trippes et je suis forcé de me rassoir. J'ai faim, je ne peux pas le nier. Et malgré toute ma volonté, mon corps a des besoins que je ne peux pas ignorer. Je devrais peut-être finir cette mixture malgré tout. Je la prendrais en même temps que mes pilules. J'ai soif.

Mélange IncertainOù les histoires vivent. Découvrez maintenant