XVIII : Une nuit sans fin

26 3 1
                                        

PDV Jayden :

Aligner deux pensées cohérentes me demande un effort considérable. Je n'ai jamais été aussi fatigué. Je ne sais même pas si je ne suis pas être mort en réalité. Je ne sais pas où je suis, ni ce qu'il s'est passé. Je ne me souviens de rien. Mon esprit est vide. J'ai même oublié mon nom. Qui suis-je et que m'arrive-t-il ?

J'ai un corps dont je ne suis même pas maître. J'en suis à peine conscient. Ma tête est comme bloquée dans un étau qui devient davantage étroit à chaque fois que j'essaye de faire le moindre mouvement ou que je me concentre de trop sur quelque chose, sur une pense qui m'échappe. Mon corps est engourdi, je ne peux pas bouger. J'ai une sensation de fourmillement dans tout le corps. Je suis dans les vapes. Ça c'est le cas de le dire. Je ne vois rien. Je ne sais pas si c'est parce que je suis dans le noir, parce que je suis aveugle ou simplement parce que mes yeux sont fermés. Si c'est la dernière option, alors j'en suis au point où je n'ai même plus assez de force pour ouvrir les yeux. Mais d'un autre côté, j'ai l'impression de n'avoir jamais connu que l'obscurité.

En tout cas, mon cœur bat. Donc c'est que je ne dois pas être juste une conscience qui s'imagine dans un corps inamovible. C'est que je ne dois pas être mort. Que je suis vivant. C'est déjà un bon point. Mon corps bat et j'en ai la certitude parce que je l'entends clairement. J'ai l'impression d'être dans une bulle hermétique. Une bulle étroite, vide, qui est l'entièreté de mon monde. Mais pourtant, un son résonne dans ce vide. Il en est presque assourdissant. C'est un son sourd qui retenti à intervalle régulier, faisant vibrer mon oreille interne de manière désagréable. Le rythme est lent et entêtant. J'en suis sûr, c'est mon cœur. Mais il est si lent, si faible... Pourquoi ne s'arrête-t-il pas ? Il serait peut-être temps de me libérer. Me libéré de ce corps qui se meurt.

Mais quelque chose me raccroche à la vie. Je ne sais pas ce que c'est, mais je sens comme un fil. Un unique fil qui représente la dernière entité qui me maintient encore en vie dans ce monde. Et il refuse de se rompre. J'ai beau tirer dessus avec toute ma volonté, rien à faire. Il reste solidement attaché. Comme si quelqu'un le tenait de l'autre côté. Et tirait également dessus avec toute la force de son âme. Donc il a quelqu'un là-bas qui m'empêche de mourir ? Ou alors c'est juste une partie de moi ne veut pas disparaître et qui s'obstine ? Parce que si c'est le cas, je ne sais pas ce qui la motive tant à rester dans cet état atonique. En plus, je ne me souviens pas de ma vie, ne sait même pas vraiment ce que ce mot signifie, ce qu'il implique, mais je sais que je ne raterais rien de très important. Je sais que ma vie n'était pas des plus agréables. Comment je le sais ? Je ne sais pas, c'est juste l'idée que j'en ai, l'idée que l'on me souffle depuis un coin reculé de ma conscience.

En attendant que suis-je sensé faire ? Je ne peux rien faire. Je ne suis actuellement capable de rien mais le serais-je un jour ? Suis-je destiné à attendre comme ça pendant dieu-sait-combien-de-temps ? Ou alors c'est ça la mort ? Une errance éternelle ? Je suis peut-être mort finalement. Je ne vois que ça. Le son que j'identifie comme les battements de mon cœur doit seulement être le souvenir que mon âme a. Et je m'y raccroche car il ne me reste que ça. Un son sourd, lourd, régulier qui rythme ce silence absurde. Et les fourmillements que je ressens dans ce qui pourrait être mon corps ne sont certainement que les mirages de mon ancien corps dont je me serais vu amputé lorsque ma vie a pris fin. Et alors ce ne sont que des douleurs fantômes. Mais cela signifierait que c'est à ceci que ressemble la vie après la mort ? Mourir ce serait être condamné à flotter dans le néant avec pour seule compagnie les battements d'un cœur qui devrait s'être figé à jamais et les douleurs fantômes d'un corps qui n'existe plus ? 

Si c'est à ça que je vais devoir me résoudre pour l'éternité à venir, j'aurais préféré passer un peu plus de temps dans ma vie d'avant. Si on me le proposait maintenant, j'accepterais, peu importe dans quel enfer cela signifierait se jeter. Parce qu'ici, dans le noir, dans le silence lourd et rythmé, je suis seul. Horriblement seul. Et je m'ennuie d'un ennui incommensurable. Malgré que j'ai la sensation que ce n'est pas un sentiment qui m'est inconnu, là, c'est bien pire que tout ce que je n'ai jamais vécu. C'est pire car je suis seul et que je sais que je vais rester seul jusqu'à la fin. Mais quelle fin ? Y en a-t-il seulement une ?

Je ne sais pas depuis combien de temps je suis ici mais j'ai l'impression que rien n'évoluera avec le temps qui passe. En même temps qu'est-ce que le temps quand il n'y a plus de vie ? Plus de but ? Plus d'ultimatum ? Mon temps avait une valeur quand il pouvait prendre fin, mais si je reste là jusqu'à ce que la dernière des étoiles meure alors qu'elle est la valeur de ce temps dont je ne peux, dans tous les cas, strictement rien en faire ? Je ne peux même pas me morfondre sur ma vie ou réfléchir à quoi que ce soit, je ne me souviens de rien. Les seuls sujets sur lesquels je peux m'interroger, je suis déjà en train de les exploiter et ils ne me dureront pas pour l'éternité. Je ne pourrais pas les étirer à l'infini pour ne jamais m'en lasser. C'est juste impossible.


Que m'arrive-t-il bon sang ? Je veux savoir. Plus que tout, je veux savoir. Savoir ce qui m'a mené ici, ce que je suis sensé faire là et pour combien de temps je suis supposé rester ici. Sauf qu'il n'y a personne, pas une âme ! Je ne demande même pas forcément quelqu'un de vivant, juste quelque chose pour m'éclairer ! M'expliquer ce que je fais dans cette obscurité absolue ! Me souviendrais-je un jour de la moindre petite chose ?

Je ne peux même pas m'échapper. Je ne peux pas fuir. Je ne peux pas me déplacer... Pas parler ! Pas voir ! Pas me cacher ! Pas entendre autre chose que les battements d'un coeur malade ! Pas rire ! Pas crier ! Pas courir ! Pas chanter ! MERDE ! Qu'est-ce qu'il m'arrive ?! Je ne veux pas de ça ! Je veux hurler, pleurer, chuchoter, mordre, enlacer, embrasser, reprocher, blesser, soigner, consoler, lire, danser, exprimer mes plaisirs et mes maux ! Je veux vivre ! Je veux vire à nouveau... Je ne veux pas de cette mort ! Quelqu'un m'attend là haut. Je le sais. Quelqu'un est là, tout proche, à attendre que je revienne. Quelqu'un est là à espérer mon retour. A espérer me voir à nouveau. On m'attend alors que moi, à chaque instant, je m'enlise un peu plus dans les profondeurs. Je ne veux pas de ça, je ne veux pas mourir...

...

... Pleurer ? Chanter ? Danser ? Courir ? Mordre ? Enlacer ? Embrasser ? Lire ? Mais qu'est-ce que c'est ? Ces mots sont ressortis tout seul de je ne sais où. Ils sont apparus avec tout leur sens. Ils étaient tellement clair quand je les pensais si fort, me semblaient si familiers... Mais maintenant, le moment est passé et ils ne me disent plus rien. Ils étaient pourtant si limpides il n'y a pas un instant ! Et maintenant ils ne sont plus que des sons étrangers sans sens... Mais quand j'étais énervé, ils étaient comme une porte ouverte sur le monde d'avant. C'est comme si cette porte s'était entre-baillée pendant un court instant. Mais maintenant elle est à nouveau close, verrouillée de l'intérieur. Alors mes souvenirs ne sont pas totalement morts ?

Que va-t-il se passer maintenant ? 

Mélange IncertainOù les histoires vivent. Découvrez maintenant