Je ne fis pas attention et très vite le petit perdit l'équilibre. Il tangua doucement en essayant de se rattraper aux coussins mais il tomba ridiculement du sofa en poussant un petit cri. Quand je reposais mon regard sur lui, je le vit écroulé sur le tapis : dos contre le sol et les jambes tendues contre le canapé. Une expression stupide sur le visage. Il attendait je ne sais quoi puis finit par tendre les mains vers moi.
- Remontes-moi grand frère, dit-il d'une petite voix.
« Grand frère » ? Il se prend pour qui ce môme ? Non mais je rêve... Je m'enfonçais dans les coussins du sofa en croisant les bras sur mon torse pour lui faire comprendre que je ne bougerais pas pour lui et qu'il n'avait qu'à se débrouiller.
Il tendit alors plusieurs fois les doigts dans ma direction en répétant sa demande. Pff, comme si ça allait changer quelque chose.
- Grand frèèère ! Remonte-moi ! répéta-t-il sur un ton qu'il voulait autoritaire. S'il te plait ? Rajouta-t-il en voyant que je ne réagissais pas.
- Tu peux toujours aller te faire brosser, le môme, je ne bougerais pas pour toi, répondis-je d'un ton sec pour lui clouer le bec.
- Mais j'ai mal au dos... rajouta-t-il d'une petite voix pour m'attendrir, sauf que j'en perçu aussi la petite touche provocatrice.
Aïe, aïe, aïe... si petit et déjà si rusé. Il essaye de me piéger de manière si pitoyable et évidente que ça en devient ridicule. Comment peut-il secomporter comme ça après ce qu'il vient de vivre ?
- Tu n'écoutes pas ce que je te dis ? Arrête de faire le malin et rends-toi utile plutôt. Va me chercher à boire, tiens.
- Si tu me relèves, je ferais ce que tu dis. En plus c'est de ta faute si je suis par terre ! Tu m'as poussé exprès !
Je n'arrive pas à croire que je suis en train d'argumenter avec un enfant de cet âge. Ce n'est pas possible d'être aussi casse pied alors qu'il ne fait pas la moitié de ma taille ! Moi je me le suis toujours permis, même avec des inconnus mais je ne me pensais pas si agaçant. Et puis même, il fait ce qu'il veut avec les autres, mais pas avec moi, ça m'agace ce genre de comportement. Personne ne discute mes ordres, c'est tout. Mais bon, s'il veut un peu d'aide, je vais prendre sur moi et faire un petit effort. Après tout, je suis l'adulte ici. Du bout du pied, je poussais ses hanches jusqu'à ce qu'il roule sur le côté et se retrouve allongé sur le ventre, le dos à plat. Ses jambes étant tombées mollement du canapé et je n'avais pas pu m'empêcher de ricaner. Le petit poussa un cri de protestation et me lança un regard noir.
- Bah quoi ? Tu avais mal au dos non ? Tu devrais plutôt me remercier gamin, répondis-je avec un sourire provocateur collé au visage.
Le gosse continua son cirque pour que je le relève mais il finit par comprendre que je n'en ferais rien et il le fit seul. Sauf qu'une fois sur ses pieds, il jeta son dévolu sur mes cheveux et voulu jouer avec. Sauf que personne ne touche à mes cheveux. Personne, et encore moins un gosse tout sale. Il se permet trop de chose cet enfant. Il finit par vraiment m'agacer et je le repoussais une énième fois, cette fois ci un peu plus sévèrement pour qu'il comprenne qu'il ne peut pas jouer avec moi. Je ne suis pas quelqu'un de patient donc il vaut mieux pour lui qu'il ne me provoque pas de trop.
Bon, ce n'est pas tout, mais je n'allais pas passer ma nuit dans ce canapé. J'avais déjà eu assez de déception pour aujourd'hui alors j'aurais bien aimé, si possible, rentrer chez moi rapidement. Je pensais avoir enfin trouver ma source, l'objet de mes rêves, la quête de la première partie de ma vie, mais finalement, tout ce que j'avais trouvé, c'était un gosse qui se faisait écarteler par une bande de chasseurs ignoble, un père vampirique excessif qui essayait de tuer son deuxième môme suite au décès du premier, un jeune garçon qui paraissait normal et une mère bizarre qui avait des réactions sommes toutes suspectes et qui en plus était une sorcière. Bref, une famille étrange, qui vivait dans un lieu étrange, d'une manière étrange... Rien de bien nouveau pour moi quand j'y pense mais n'empêche que j'étais déçu de cette journée parce qu'elle aurait dû me mener à des résultats mais finalement, je me retrouvais, une fois de plus, à la case départ. Et le temps passait.
Donc j'apprécierais si cette femme pouvait se dépêcher de faire ses trucs de sorcière pour ensuite me laisser rentrer chez moi, parce que je rentrerais chez moi ce soir, qu'elle ait finit ses magouilles ou non. Elle n'était peut-être pas au meilleur de sa forme, mais je ne comptais pas passer la nuit ici. J'étais fatigué, j'avais envie de me détendre et je pensais ne pas être le seul à en avoir besoin.
Je me levais donc rapidement sous le regard du môme qui finit par me suivre à travers le couloir, toujours en essayant d'attraper mes cheveux qui tombaient en cascade dans mon dos. Je repérais rapidement sa mère et d'un simple regard, et lui intimais de se dépêcher de sécher ses larmes. Elle comprit de suite que si elle ne faisait pas ce qui nécessitait ma présence maintenant, je mettrais les voiles sans demander mon reste. Quelque chose avait changé en moi et en un claquement de doigts, ma lassitude s'était transformée en un agacement profond.
Grace, comprenant qu'elle n'avait plus le choix, se leva du lit sur lequel elle était assise et passa juste devant mon corps appuyé contre le chambranle de la porte, pour sortir. Elle avança dans le couloir et je la suivi de près, le petit toujours derrière moi. Une vraie sangsue, c'est dingue. Il pourrait aller courir dans les jupes de sa mère, ça me ferait des vacances.
En sortant, Grace avait récupéré quelques affaires, qu'elle disposa sur le tapis dans le salon dès qu'elle y posa les pieds. Quelques instants plus tard on se retrouvait tous assis sur l'épais tapis de la pièce à vivre, le petit m'ayant enfin lâché pour rejoindre sa mère, à laquelle il se colla. Grace se trouvait en face de moi, son enfant debout derrière elle, observait avec attention le moindre de ses mouvements. Entre nous elle avait disposé divers objets incantatifs ou des trucs du genre qui lui serviraient à accomplir son sortilège. Il y avait entre autre un couteau, des bougies, du sel, des fibres métalliques et son gros livre remplis de rituels et de sortilèges en tout genre.
La sorcière semblait être devenue une autre personne. Comme plus tôt, son regard s'était vidé de toutes émotions et était presque devenu vitreux. Ses gestes étaient automatiques. Elle savait la tâche qu'elle devait accomplir et la réalisait tel un automate, sans nous expliquer un tant soit peu ce qu'il allait se dérouler sous nos yeux. Elle lisait différents textes à haute voix tout en allumant ses bougies qu'elle disposa d'une certaine manière. Une lueur nouvelle brillait dans ses yeux, une lueur magique. Le petit, loin d'être déboussolé, était captivé. Certainement qu'il l'avait déjà vu faire et qu'il avait une certaine appétence pour la magie, rien de très étonnant pour le fils d'une magicienne. Moi, j'observais la scène d'un œil désintéressé, voyant ce genre de mascarade régulièrement au sanctuaire et attendant simplement que mon rôle soit accompli pour que je puisse mettre les voiles.
Puis soudainement, Grace empoigna le couteau sans prévenir et entailla profondément la paume de sa main. Le sang se répandait rapidement mais elle réagit très vite, plaçant sa main blessée au-dessus d'un bol de manière à récupérer son sang sans en perdre la moindre goutte. Une seconde plus tard, elle avait la main de son fils entre les doigts, le fil aiguisé de la lame contre la peau fine de son poignet. Elle continuait de lire ses textes et je crois que cela avait pour effet de calmer mon envie de sang tout comme la peur de son fils, qui était prêt à se laisser scarifier. Non mais c'est quoi cette merde ? Elle ne va quand même pas ouvrir les veines de son fils ? Le petit détourna les yeux alors que je faisais un geste pour arrêter la sorcière et . . .
Toc, toc.
Le souvenir se brouille, tout devient flou.
Tap. Tap. Tap.
Quelqu'un marche dans ma chambre.
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Mélange Incertain
FantasyVampires et métamorphes cohabitent avec les humains dans un demi secret, dans une harmonie somme toute relative. Mais lorsqu'une organisation fantomatique menace la vie d'individus sans raison apparente, une équipe voit le jour pour enquêter. Atenti...
