Monsieur le maire

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– Tout d'abord, commençons par ce petit questionnement : qu'est-ce qu'une illusion ? Est-ce un rêve ? Ou bien une interprétation de la réalité erronée ? Ou peut-être les deux ?

Je peux te dire, Otis, que j'ai passé quelques nuits blanches à réfléchir au meilleur moyen de commencer mon récit pour qu'il ne soit ni trop compliqué, ni trop simpliste, ni trop abstrait... J'ai enfin réussi à me décider et choisis de débuter notre longue aventure dans ce monde des Gardiens, aujourd'hui et maintenant, avec le magistrat le plus important de la contrée, ce cher Alfred Ambrage. Je vais te rapporter l'expérience intéressante que vécut Monsieur le Maire, où songes et réalités se mêlèrent d'une manière surprenante...

Ainsi, je t'emmène en cette merveilleuse soirée de printemps où une resplendissante fleur de nénuphar géant venait d'éclore dans la mare centrale de Florapidum.

– Florapidum? Je ne connais pas cet endroit. Je croyais que l'histoire se passait ici à Symviosi ? coupa Otis, d'un air interrogatif.

– Sois patient et écoute la suite tu vas comprendre, rétorqua Aldéric devant le questionnement du jeune homme.

Le Gardien de l'histoire recommença son récit d'une manière décontractée :

– Comme je le disais, en cette merveilleuse soirée de printemps, une resplendissante fleur de nénuphar géant venait d'éclore dans la mare centrale de Florapidum. Des spectateurs de tous les âges avaient pris place sur des barges flottantes éclairées par des lanternes et, tout en voguant sur la mare, ils admiraient ce spectacle venu d'un autre temps. Face à eux, un grand classique du cinéma, Le Paria et sa bien-aimée, était projeté sur les parois de verre des buildings qui formaient un écran géant.

Non loin de là, côté est du parc, face aux grandes tours, se trouvait la réserve animalière de Dinausorus, particulièrement appréciée des enfants. L'attraction principale du parc se déroulait les soirs de pleine lune où les lieux restaient ouverts au public. Une foule de visiteurs se rassemblait afin d'apercevoir Giléas le loup-garou, un des derniers au monde, sur lequel veillait dans l'enclos d'à côté un brachiosaure cloné.

Otis voulut intervenir en feignant un léger « mais » qui sortait de sa bouche, cependant Aldéric lui fit signe d'attendre en élevant son doigt contre ses lèvres pour ne pas être interrompu d'emblée. Il savait très bien que son récit comprenait des moments bien complexes à entendre pour une oreille aussi chaste au monde des Gardiens que celle de son petit-fils. Il reprit :

– Alfred, quant à lui, observait la cité depuis son balcon suspendu au fronton du dernier étage de l'hôtel de ville. En tant que maire de Florapidum, il aimait admirer la vie citadine du haut de son promontoire.

Il se présentait comme une personne terre à terre et on ne peut plus cartésienne. Au quotidien, la valorisation du patrimoine historique était quelque chose qui lui tenait particulièrement à cœur. En cette année d'élections, Alfred avait demandé au conseil municipal, ainsi qu'à ses administrés, de soumettre des projets en ce sens. Il reçut bon nombre de propositions, dont celle d'une certaine madame Kauri, une des fringantes locataires de La jolie passerelle en titanium, la maison de repos municipale. Elle proposait de reconstruire des nids de cigogne sur des poteaux électriques abandonnés : « Cela nous changera des ptéranodons, gros, bruyants et empotés », précisa-t-elle dans son courriel. L'idée avait fait sourire Alfred ainsi que son post-scriptum où elle spécifiait être joignable à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, à l'adresse suivante : kauripourtoujoursetpartout@youpi.passerelleentitanium.org.

Symviosi-Le livre des gardiensOù les histoires vivent. Découvrez maintenant