Chapitre I [Partie 1]

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Le ciel, couvert de nuages, était d'un noir sombre cette nuit-là dans la grande ville. L'air était lourd mais frais. La fin de l'été, le début de l'automne qui sonnait comme un glas. Le bar était plein. Les effluves d'alcool emplissaient l'atmosphère et le sang des clients qui titubaient et parlaient trop fort. Elle remplissait des verres et les débarrassait des tables. Tous les soirs de la semaine, après ses cours, Lilia enfilait sa tenue de serveuse pour payer ses études. Elle était épuisée, mais si elle voulait vivre correctement, il le fallait. Ses parents n'étaient pas très disponibles. Dernièrement, ils avaient décidé de divorcer, encore. C'était bien la deuxième fois, cette année. Les tensions ne retombaient plus sur elle depuis qu'elle était à la fac et qu'elle logeait non loin de l'université. La maison c'était l'endroit où elle ne voulait plus aller. Elle trouvait des prétextes pour ne pas rentrer. Même si bientôt le onze novembre arriverait et ses vingt ans avec... Vingt ans qu'elle fêterait sûrement comme ses dix-huit et ses dix-neuf : seule. Une main passa devant ses yeux et la sortit de ses tristes pensées.— Lilia, tu as cours ?— Oui Charles, à neuf heures, soit dans huit heures.— Rentre chez toi alors et repose-toi un peu. On se voit ce soir.— Bien sûr. Merci Charles.Charles était un très bon patron. Il n'embauchait quasiment que des étudiants et leurs laissaient gérer leurs horaires, selon leur emploi du temps. En ce qui concernait Lilia, il devait souvent la faire partir, comme ce soir. Elle avait toujours tendance à oublier l'heure. Malgré des horaires difficiles, Lilia aimait bien ce travail. Ses collègues étaient sympathiques et c'était tout de même bien payé.Il faisait frais dehors. Lilia resserra son manteau autour d'elle, détacha ses cheveux châtains foncés afin de protéger sa nuque du froid et avança d'un pas rapide jusqu'au métro. Ah ! La grande ville ! Elle avait l'opportunité de se déplacer seule, elle qui n'avait pas encore son permis, faute de moyen. Elle aimait son indépendance, mais aurait souhaité que ses parents l'aide un peu. Il n'y avait personne au métro, elle était seule à attendre le dernier. Une nuit calme. Après une dizaine de minutes de trajet, elle était enfin arrivée. Plus que dix autres minutes à pied pour rentrer chez elle. C'était ça qui lui plaisait aussi, être proche du métro et pouvoir ainsi se déplacer comme elle le souhaitait. Le quartier était calme, surtout à cette heure avancée, tout le monde dormait...Tout le monde dormait, sauf deux hommes, qu'elle n'avait pas remarqués ; et qui l'écartèrent de la grande avenue pour la mener vers une ruelle sinistre. L'éclairage était inexistant et l'odeur qui s'y trouvait était âcre. C'était un mélange d'urine et d'ordures qui lui donnait la nausée. Mais cette odeur était le moindre de ses soucis. Bientôt, elle était à terre, son vêtement déchiré au couteau. Les deux hommes savaient ce qu'ils faisaient. L'un des deux l'a maintint au sol immobile, pendant que l'autre souillait son intimité. Tout d'abord, en la violant, puis ensuite après avoir échangé de place avec son ami, il fit entrer le manche du couteau, ce qui la fit crier, mais personne ne pouvait l'entendre. Avant de partir, ils allumèrent une cigarette et s'amusèrent à lui brûler les avant-bras, le torse et le ventre. Elle avait voulu se défendre, mais elle était seule contre deux. Elle savait qu'ils étaient plus forts qu'elle, mais elle s'en voulait de n'avoir rien pu faire. Elle laissa alors les larmes coulées le long de ses joues, elle avait crié, mais personne ne pouvait l'entendre, ou personne ne le voulait. Chacun leur tour les deux individus avaient abusé d'elle, l'avait torturé. Et à présent elle était seule et à demi-nue dans cette ruelle lugubre. Apeurée, épuisée et désemparée. Elle ne pouvait plus bouger, tétanisée et le moindre mouvement la faisait souffrir. Elle pensait que sa fin était proche et que personne ne s'en inquiéterait, même pas ses parents, trop occupés à divorcer pour penser à leur fille, le fruit de leur amour disparu. Elle ferma les yeux, elle ne voulait plus voir ce monde atroce dans lequel elle vivait. L'être humain n'était qu'un monstre dépourvu d'amour. Seule la haine était présente dans le cœur d'un être humain. Même elle ressentait de la haine en cet instant. Une haine contre ceux qui lui avaient fait ça, mais aussi contre ses parents, incapables de s'occuper de leur fille et le pire de tout, contre elle-même, qui n'avait pas pu se défendre.Elle ignorait combien de temps elle était restée là, immobile, quand elle entendit des pas s'approcher. Elle ouvrit les yeux et tomba nez à nez avec des converses noires de grandes tailles. Il chuchota un « Oh mon Dieu » avant de poser son manteau sur elle, ce qui atténua les frissons qui la parcouraient. Il passa ses bras sous elle. Elle tenta de se dégager, la sensation de dégoût apparaissait dès que ses mains avaient touché sa peau nue. Il tenta de l'apaiser en lui chuchotant quelque chose qu'elle ne comprit pas. Elle était trop faible pour se débattre encore alors elle le laissa faire. En comparaison de ses agresseurs, il ne paraissait pas mauvais, loin de là. Elle préféra tout de même garder les yeux ouverts, même si sa vue était devenue trouble. Il traversa une partie de la ville, qui était encore silencieuse à cette heure matinale. Seules quelques voitures passaient. Les lumières s'allumaient dans les magasins, derrière les rideaux de fers. Lilia était épuisée, mais voulait voir où il l'emmenait alors elle lutta contre le sommeil qui voulait l'attirer dans les ténèbres. Un virage plus loin, encore quelques mètres de plus et il entra dans un bâtiment. Lilia fût tout de suite enveloppé par la chaleur du lieu. Elle entendait des gens s'activer. Sa vue, toujours brouiller, elle s'en remit à ses autres sens. Elle sentit l'odeur de pains qu'on sort à peine du four, le produit ménager pour le sol lui piqua le nez, ainsi qu'une odeur d'encens apaisant. Il poussa une porte, puis la déposa avec délicatesse sur un matelas moelleux, il tira également le drap pour l'étendre sur elle, après avoir récupéré son manteau. Il s'attarda un moment, Lilia l'entendait respirer. Puis il sortit sans un mot. Elle voulut se retourner, mais le moindre mouvement la faisait souffrir, elle gémit et abandonna l'idée de bouger. Elle laissa la fatigue l'envahir et elle sombra dans le sommeil.

La vie se conjugue à l'imparfait [Terminée]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !