.34. Mauvaise piste

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Ylass.

Le liquide ambré glisse le long de ma trachée. Plus aucune hallucination ne m'achemine vers un monde chimérique.

Un univers dans lequel je pouvais encore me soustraire à la réalité. Le récipient est immaculé, et j'abhorre cette vision.

À chaque fois que je termine un verre, la même sensation de manque me ronge la peau, tenace depuis des années.

Précisément celle qui s'insinue dans mes veines et me réclame encore plus. Les dernières bouteilles que je possède sont vides, et mes yeux injectés de sang m'enjoignent d'abdiquer.

J'ai l'impression de me mouvoir en permanence dans un état d'ivresse.

Un fantôme parmi mes propres ombres. Je fuis la réalité, croyant que c'est le remède à mon cas. Des vaisseaux sanguins ont éclaté dans mes sclères, témoins de ma consommation récurrente, pathologique.

Pourtant, cela ne m'émeut pas.

Car, de mon for intérieur, ce sont des symptômes dont je suis frappé depuis longtemps. Je ressens à nouveau ces effets-là, ceux que j'avais autrefois réussi à évincer, mais qui reviennent. Je progresse jusqu'à la table basse trônant face à mon canapé.

Je m'incline, dévisageant la pile de dossiers épars. En dehors de sombrer dans l'alcool et de ressasser des souvenirs corrosifs, je canalise ma vigueur sur la mission.

La seule chose qui me préoccupe désormais, c'est de conclure cette affaire une bonne fois pour toutes.

Je veux m'éclipser de cette ville, fuir chaque vestige de sa présence à elle. Endosser le rôle d'un étudiant pour épier Pénélope ne me convient plus. Je consacre à présent ce temps précieux à mes investigations, résolu à confondre cette femme qui se croit invulnérable.

La voir tomber est la seule chose qui me maintient debout. Car derrière ses apparences affables, elle dissimule une part ténébreuse que je vais m'évertuer à percer. Je suis écœuré des mauvaises âmes, celles qui trahissent sans vergogne les êtres qui leur ont voué loyauté.

Je claque mon verre sur le bord de la table et m'empare d'une feuille que j'examine avec finesse. La nuit dernière, je n'ai pas fermé l'œil.

Je suis remonté aux arcanes de ce réseau en découvrant ses fondations et les éléments privés qui permettent d'en appréhender la complexité.

Il paraît que le Marché des Âmes prit forme au début des années deux-mille, à la suite de la disparition de deux jeunes femmes, Anna et Élodie Blacke, des sœurs.

Les enquêteurs retrouvèrent des traces de leur sang dans un camion blanc, à proximité d'un navire de commerce.

Sans doute destinés à un trafic organique, leurs corps devaient être transportés vers d'autres terres, étendant ce commerce à l'international. Les policiers ont interpellé l'un des membres du groupe, pris en flagrant délit dans l'un de ces camions.

L'arrestation fut un coup du sort inespéré. L'homme arborait un masque, et avant d'être abattu, il avoua quelques secrets, révélant un nom de famille avant de mourir.

Ellis.

Malgré cet aveu, ce n'était pas suffisant pour constituer une preuve recevable. Les années ont passé, et cette famille, étroitement surveillée, ne cessa de faire croître ses richesses.

Il est évident que cette lignée orchestre ce réseau criminel, mais elle reste inaccessible et privée.

Non seulement en raison de sa fortune prodigieuse, relevant d'un blanchiment, mais aussi parce qu'aucune preuve tangible ne permet jamais de l'incriminer ou de démanteler ce trafic.

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