— Je vous demande pardon, fit l'agent du FBI d'un air ahuri.

— Oui. Il aurait vu des vampires là-bas, répéta-t-elle avec un léger sourire. Mais très vite, il a cessé de me parler de ça, reprit-elle d'un air moqueur. Il disparaissait des jours entiers parfois, sans dire où il allait. Très rapidement, il a été placé sous surveillance, dans un hôpital militaire de la région. Les médecins ont dit qu'il n'avait pas beaucoup de chance de redevenir comme avant. C'est là que nous avons décidé du divorce. C'était mieux pour tout le monde, disait-il.

— Il était consentant ?

— Tout à fait, répondit l'ex-épouse avec un regard vide trahissant une certaine mélancolie. C'est même lui qui l'a proposé. Malgré ce problème de SGG, il était tout à fait capable de raisonner. Il semblait bien là-bas. Du moins, c'est ce que ses lettres me disaient.

— Vous n'êtes jamais allée le voir dans cet hôpital ?

— Non. Je ne pourrais même pas vous dire le nom de l'établissement, d'ailleurs. Il m'a demandé de l'oublier et de refaire ma vie. Il disait que, même si un jour il pouvait sortir de sa prison, comme il l'appelait, il ne serait plus jamais un bon père, ni un bon mari. En 93, le divorce a été prononcé.

Madame Siegel termina son verre d'une traite et allait se resservir, mais se ravisa. Sûrement pensait-elle avoir assez bu pour le moment. Ses mains tremblaient légèrement et elle fit quelques pas pour se détendre. Après quelques instants, Rebecca décida qu'il était temps de reprendre la conversation.

— Vous l'avez revu depuis ?

— Je ne savais même pas qu'il était sorti de l'hôpital, dit-elle en retournant sur le fauteuil. J'ai appris sa mort par la visite d'un de vos collègues de la police. Voilà deux ans, depuis le divorce en fait, qu'il ne répond plus à mes lettres. Je pense qu'ils n'auraient pas dû le relâcher si tôt. Avec ses rêves et ses soucis permanents, c'est presque normal qu'il se soit suicidé...

— Vous venez de prononcer le mot juste : C'est PRESQUE normal, reprit Rebecca, songeuse.

Elle resta un instant à réfléchir, un mot avait retenu son attention : vampire. Madame Siegel l'avait prononcé, ce qui signifie qu'elle y apportait une certaine importance. Quel que soit ce que Korevitch avait pu voir ou prétendre avoir vu, sa femme avait gardé le souvenir de ces créatures de légende. Pourtant, son ton et son air au moment d'en parler montraient clairement qu'elle ne croyait pas cela possible.

Rebecca se leva, tendant la main à son hôtesse pour la saluer.

— Bien, je vous remercie pour ces renseignements, madame Siegel...

— C'est tout ce dont vous aviez besoin ? demanda l'ex-femme du commandant en serrant la main de l'agent du FBI.

— Pas tout à fait, avoua Rebecca. Je sais que vous vous êtes déjà entretenue avec mes collègues de la police, mais... Vous étiez où le soir de sa mort ?

— Comme je leur ai effectivement déjà dit, j'étais à la Nouvelle Orléans, pour une visite chez ma fille.

Rebecca l'avait effectivement lu dans le rapport de Mc Tiernan. Mais elle voulait l'entendre de la bouche de l'ex-femme afin de tenter de déceler un mensonge. Elle ne détecta rien. Cela ne voulait bien sûr rien dire en soit, elle n'était pas infaillible, loin de là.

— Très bien, je me contenterai de ça. Pour l'instant en tout cas. Si besoin, je me permettrai de revenir vous voir...

— Très bien, ça ne me dérange pas.

Madame Siegel raccompagna Rebecca jusqu'à la porte et la regarda partir, encore étonnée de la tournure de leur entretien. Une fois dans sa voiture, Rebecca composa un numéro de téléphone. Elle demanda à un de ses collègues de rechercher un hôpital militaire susceptible d'avoir accueilli le commandant Korevitch dans un service psychiatrique. Ensuite, elle démarra et prit la route. Quelques minutes plus tard, son collègue la rappela et lui indiqua précisément l'hôpital de Richmond. Le Commandant avait été officiellement interné là-bas. Elle appela le lieutenant Mc Tiernan.

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