— Madame Korevitch ? s'enquit l'agent du FBI à distance pour ne pas effrayer la femme.

— Je n'utilise plus ce nom depuis quelque temps déjà, répondit-elle calmement, à peine surprise de voir quelqu'un dans son jardin. Appelez-moi Siegel.

— Je suis l'agent Rebecca Jacobs, madame Siegel, du FBI.

Comme à l'accoutumé, elle sortit et exhiba son insigne.

— Le FBI bosse le samedi maintenant, plaisanta-t-elle. Vous voulez me questionner sur la mort de mon mari ? Je n'ai rien à vous dire, désolée.

— Non madame, reprit Rebecca d'un air faussement effronté. Je souhaite m'entretenir avec vous de la vie de votre mari, afin d'élucider le mystère de sa mort.

— Mystère ? sursauta la femme. Ah... vous les fédéraux, fit elle en levant les yeux au ciel. Il s'est suicidé, quel mystère voyez-vous à cela ?

— Pouvons-nous en discuter à l'intérieur ?

— Oui, bien sûr. Excusez-moi, répondit-elle gênée, en lui faisant signe d'entrer. Je perds mes bonnes manières...

— Merci.

Madame Siegel raccompagna Rebecca jusqu'à la porte de derrière. Elle la guida, à travers la cuisine, vers la pièce principale, en retirant ses gants. Elle les posa sur une table basse et indiqua à son invitée surprise la direction d'un très large canapé. L'hôtesse retourna dans la cuisine se laver les mains et l'agent du FBI inspecta les lieux. La décoration et l'ameublement étaient chargés. Un large tapis, très épais, occupait la majeure partie de la pièce. Le canapé reposait dessus, tout comme la table basse à ses pieds. Un énorme buffet encombré de mille bibelots lui faisait face. Elle y distingua quelques photos, dont une du Commandant en uniforme, sûrement à l'époque du Vietnam, pensa Rebecca. Il y avait des photos des enfants Korevitch, Liliane et Brent, à différentes époques. Liliane n'avait pas répondu à son appel, quelques heures plus tôt. Brent vivait à l'étranger et n'avait pas eu grand-chose à dire à la police. Sa présence en Uruguay était attestée, elle ne l'avait donc pas rappeler, c'était inutile.

Madame Siegel prit deux verres, et revint vers le salon avant de s'asseoir sur un fauteuil face à Rebecca.

— Je vous sers quelque chose ?

— Non merci.

— Très bien, continua la femme en se servant largement un plein verre de bourbon. Que voulez-vous donc savoir sur la vie de mon ex-mari ?

— Si cela ne vous gêne pas, je voudrais déjà savoir pourquoi il est devenu votre ex-mari.

— Oh ! Eh bien, c'est assez simple, commença Madame Siegel, avalant une gorgée d'alcool. Allan était obsédé par sa guerre du Golfe et les choses horribles qu'il a vues là-bas. Il ne parlait que de ça, du matin au soir et du soir au matin. Il se réveillait en pleine nuit et ne pouvait plus ensuite se rendormir. Forcément, ça a commencé à inquiéter les enfants. Et au bout de quelques mois, c'est moi qui me suis inquiétée. Il a vu deux puis trois psychiatres. Tous unanimes : le Syndrome de la Guerre du Golfe.

Pendant qu'elle racontait son histoire, l'émotion montait en elle et des larmes commencèrent à perler au bord de ses yeux. Elle s'arrêta un instant et reprit une gorgée, puis deux, de son whiskey. Enfin, elle prit la bouteille sur la table basse qui la séparait de son invité et remplit son verre.

— Y avait-il des symptômes particuliers ? insista Rebecca.

— Pas de symptômes physiques, en tout cas. Il se portait très bien.

— Que s'est-il passé ensuite ? Vous vous êtes séparés ?

— Non, pas de suite, répondit timidement l'ex-femme du commandant en buvant, une fois de plus. J'ai d'abord essayé de savoir ce qui le traumatisait à ce point. Là, il m'a parlé de vampires.

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