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10 Juin 1995, 14h00

Rebecca roulait en plein désert dans sa Toyota noire, sous un soleil de plomb, lorsque le téléphone sonna. Elle appuya sur un bouton de son téléphone de voiture pour décrocher.

— Oui, Jacobs ?

— C'est Steve. Je vous rappelle, comme convenu. Le numéro de série du disque correspond aux photos que j'avais de l'appareil. Ça ne peut qu'être le même.

— OK ! Merci, répondit-elle sèchement, comme si le lieutenant l'avait tirée d'une profonde réflexion. Je vous rappellerai, je vais chez la femme de Korevitch.

— Très bien. A plus tard.

— C'est ça...

Elle continua sa route en faisant la grimace. La nouvelle de Mc Tiernan l'avait contrariée. Elle aurait préféré que le disque soit parfaitement différent, mais l'assassin — si assassin il y avait — avait bien fait les choses. Cela promettait une enquête plus que tortueuse. Elle se remémora quelques préceptes appris lors de sa formation, à l'école du FBI à Quantico : "Si les preuves s'accumulent comme par magie, c'est louche. S'il n'y a aucune preuve de quoi que ce soit, c'est louche." Manifestement, elle était dans l'un des deux cas de figure. Il n'y avait ni preuve flagrante d'un suicide, ni preuve flagrante d'un meurtre. L'enquête débutait à peine, à vrai dire, mais le peu d'éléments qu'elle avait pu réunir, avec son partenaire policier, lui permettait de déduire qu'elle s'amuserait bien. Elle n'aurait jamais pensé que cette affaire puisse receler autant de mystère. Elle qui adorait l'investigation se sentait particulièrement motivée.

Contrairement à beaucoup d'agents fédéraux, elle n'avait pas commencé sa carrière au sein d'une unité d'enquêteurs de la police. Depuis le collège, elle avait décidé qu'elle serait enquêtrice au FBI. Cela lui avait pris après avoir lu son premier roman policier, « le crime de l'Orient-Express ». Elle avait ensuite enchaîné avec la bibliographie complète d'Agatha Christie et ne s'était plus jamais arrêtée. Si au début, comme Hercule Poirot, elle voulait simplement être inspecteur de police, elle réalisa très vite que le FBI avait une portée bien plus vaste et accès à tout le territoire. C'était cela qu'il lui fallait. Rien de moins. Elle suivit un maximum d'affaires grâce à la presse et à la télévision et se mettait à mener l'enquête à la moindre occasion. Sa mère qui égarait ses lunettes, un camarade soupçonné de triche, un chat perdu dans le quartier, tout était bon. Elle était passionnée. Mais elle était également ordonnée et patiente. Elle se lança dans des études de droit pour étendre ses connaissances de la législation. Elle fit également du sport de manière intense pour gagner en endurance. L'académie de Quantico était réputée pour demander beaucoup à ses étudiants, tant physiquement qu'intellectuellement. Ainsi, lorsqu'elle se présenta au concours, elle était totalement prête. Rien ne l'arrêterait, avait-elle décidée. Aujourd'hui, elle volait en solo, ou presque. Il ne fallait pas qu'elle foire cette première mission.

Rebecca arriva devant la maison de la femme du Commandant. Elle sonna mais il n'y eut aucune réaction. Elle réitéra et, à nouveau, aucune réponse. Elle se décida à faire le tour de la maison et découvrit un immense jardin à l'arrière. Il y avait là une cabane, probablement pour abriter les outils. Un potager était planté dans un coin du terrain et au milieu, occupée à biner et enlever les mauvaises herbes, Madame Korevitch. C'est du moins ce que pensa Rebecca. Elle alla la trouver.

C'était une cinquantenaire que les années avaient marquées un peu plus que la moyenne. Ses yeux étaient cernés et ses paupières gonflées. Le tout était mal camouflé par un maquillage bon marché. Il accentuait plus qu'il ne masquait les stigmates de la fatigue. Elle avait un air de fière bourgeoise, malgré sa tenue de jardinage et ses gants de caoutchouc. Elle portait des bijoux dorés autour du cou et des poignets. Apparemment, elle n'avait pas beaucoup pleuré la mort de son mari.

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