Prologue

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La neige recouvrait le sol, mais à certains endroits, on pouvait encore voir la terre sombre, gelée et mise à nu. Les arbres entouraient la clairière comme s'il s'agissait d'une scène de théâtre. Leurs branches étaient si épaisses qu'on ne pouvait même pas voir à travers, renforçant cette impression d'assister à une scène de film... horrifique.
L'atmosphère était tendue, étouffante, comme l'étau d'une botte pressant le cou d'un blessé.

Il y avait de nombreux cadavres au sol. Mais surtout, un homme et une femme se tenaient droits, se fixant intensément, avançant lentement, avec courage. Le sang était l'odeur principale de ce champ de bataille. La violence en était le seul thème. La vengeance, le second.

Sous les pieds de la dame, on entendait la neige réciter et chanter sa douce mélodie, collant à ses pas. Elle continuait de marcher, tic... tac. Elle avait perdu son cheval depuis longtemps et quitté sa tour. Il ne restait autour d'elle que des soldats blessés. Ils perdaient du terrain, et elle devait désormais se battre en retrait.
Pourtant, bien qu'elle fût mise à nue, elle continuait de défier son attaquant, le regardant droit dans les yeux, sondant son âme à travers la lame de ses pupilles.

Ses cheveux noirs et longs tombaient sur ses épaules nues, dissimulant sa peau. Le nœud qui couvrait sa nuque et sa poitrine descendait jusqu'à son cœur. Ses longues manches, qui s'arrêtaient aux coudes, traînaient au sol, effleurant la neige immaculée. La noirceur de ses habits contrastait fortement avec le blanc de la scène.
On aurait cru à un tableau, tant elle respirait la beauté, chargée d'émotions mêlées — haine et pitié confondues.

Elle avançait lentement, de ses longues jambes élancées, regardant l'homme droit devant elle. Ses talons aiguilles sillonnaient et brisaient la neige fraîche, craquante. Ils laissaient une trace de son passage. Une marque de vie. Une ride d'écriture gravée dans le paysage.

Elle avait des grains de beauté, de longs cils dissimulant ses yeux noirs jais. Mais malgré sa beauté, malgré la désolation autour d'elle, elle restait droite, au cœur du champ de bataille, face à cet homme qui la menaçait du regard.
Ce dernier affichait une expression narquoise. Son sourire ? Froid. Tranchant. Et pourtant, il respirait la taquinerie... et une assurance glaçante.

L'homme, lui, était vêtu entièrement de blanc. Ses longues manches bouffantes couvraient ses bras veineux. Un veston beige enveloppait son torse, mais restait ouvert en haut, juste au niveau de la nuque, où une serviette était nouée. Elle glissait le long de sa poitrine.
Son pantalon, aussi blafard que le reste, s'accordait avec ses souliers modernes, qui juraient avec la terre noire et dure sous ses pieds.

Ses cheveux blond platine, coiffés de manière négligée, tombaient en mèches folles autour de son visage. Pourtant, ses yeux — bleu pâle — brillaient à travers ce rideau capillaire. Il la fixait durement, insensible à sa beauté, indifférent à la noirceur ou à la froideur de son cœur.

Il s'approchait encore. La femme s'était arrêtée, sentant soudain le danger. Elle voulut faire un pas en arrière.
L'homme le sentit : elle était à ses dernières défenses. Elle allait craquer, tôt ou tard.

Craquer. C'était ce qu'il attendait.
Il en profitait comme un félin jouant avec une proie blessée, apeurée.
Il tendit le bras vers elle, lentement. Durement. Avec patience.

Échec et mat.

Échec et Math [B x B]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant