La Famille de Michel

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Tout le monde était parti, à l'exception du cercle restreint d'amis de Grandbois, qui, silencieux, l'aidaient à faire le ménage. Il fallait que demain, pour la levée du corps, la maison soit présentable. Hélène ramassa la bouteille qu'elle avait donnée à l'homme en complet. Il n'y manquait que quelques millilitres.

« Les vampires peuvent-ils boire de l'eau ? »

Michel ne mit pas de temps à comprendre : elle tenait encore la bouteille.

« Ne cherche pas trop à savoir ce qu'ils peuvent faire ou non. Qui s'est servi de cette bouteille ?

— Le type en costume, Levinston. »

Le garçon qui avait parlé de Levinston à Hélène sursauta.

« Levinston est un vampire ? C'est ton futur père ?

— Tu sais que je ne peux rien dire. »

Mais il avait malgré lui secoué la tête.

Il étouffa un sanglot. Le moment était mal choisi pour parler de « père ».

« Ne parlez pas de ces choses, Maria est dans la maison. »

Tout ce que Grandbois avait de proche au monde était là. Des gens avec qui il pouvait tout partager. Des gens qui avaient accepté d'avance de le nourrir de leur sang, le moment venu. Il ne pouvait imaginer de plus grande dévotion.

« Où vont les assiettes ? »

Grandbois ne répondant rien, le garçon ouvrit les armoires une à une. Une scène d'une banalité écrasante. Grandbois avait peur pour eux. Les gens qu'il aimait étaient en danger. Deux cercueils étaient là pour le prouver.

Contrairement à ses parents, ses amis savaient tout ; ils ne pourraient malgré tout pas se défendre, et Grandbois se demandait s'il existait une force au monde capable de les protéger.

Au poste, on lui avait demandé d'identifier les corps. Il avait vu sa mère dépecée. L'image s'était imprimée en lui. Daniel avait bien tenté de le dissuader, mais Michel s'était obstiné. Un jour, il retrouverait le coupable et ce jour-là, cette vision horrible lui servirait de force.

Maria et Daniel vinrent les rejoindre dans la cuisine, portant un sac d'ordures. Voilà comment on reconnaît ses vrais amis : ce sont ceux qui restent pour faire le ménage.

« Y a-t-il quelque chose que nous puissions faire ? » demanda Daniel.

Il aurait aimé trouver quelque chose pour l'occuper, cela aurait fait plaisir à Maria. Daniel n'avait pas bu d'alcool depuis plusieurs heures ; il faudrait sans doute bien du temps pour qu'elle le revoie aussi sobre. Non, il ne trouvait rien. Ce dont Michel avait besoin, c'était de bras forts, d'esprits d'acier, de tueurs implacables. Sa nouvelle famille.

Myriam et le Cercle de ferLisez cette histoire GRATUITEMENT !