.08. L'invitation du hasard

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** 𝑈𝑛𝑓𝑎𝑖𝑟𝑛𝑒𝑠𝑠 𝑒𝑠𝑡 𝑢𝑛 𝑟𝑜𝑚𝑎𝑛 𝑝𝑠𝑦𝑐ℎ𝑜𝑙𝑜𝑔𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑑é𝑝𝑒𝑖𝑛𝑡 𝑑𝑒𝑠 𝑠𝑖𝑡𝑢𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑝𝑒𝑟𝑡𝑢𝑟𝑏𝑎𝑛𝑡𝑒𝑠 𝑒𝑡 𝑑𝑒𝑠 𝑐𝑜𝑚𝑝𝑜𝑟𝑡𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡𝑠 𝑡𝑜𝑥𝑖𝑞𝑢𝑒𝑠, 𝑣𝑜𝑖𝑟𝑒 𝑖𝑛𝑎𝑑𝑚𝑖𝑠𝑠𝑖𝑏𝑙𝑒𝑠. **




Yennefa.


À maintes reprises, je me suis interrogée sur l'opportunité de supprimer son numéro. Ces derniers jours, mon regard est resté suspendu à ces chiffres plus d'une fois, tandis que je m'efforçais de comprendre ce qui, malgré tout, me poussait à conserver ce numéro.

Pourtant, en dépit du ressentiment que m'inspire cet inconnu, j'ai résolu de reléguer son numéro dans l'oubli de mes notes, pleinement consciente qu'il ne me servira jamais.

Car si des mésaventures venaient à m'arriver, il serait loin d'être la personne vers qui je me tournerais.

Les pétales elliptiques d'un blanc immaculé, captivent mon attention, m'emportant loin, vers une contemplation silencieuse. Les fleurs sont d'une pureté claire, une délicatesse fragile dans ce monde bien trop cruel.

Je me pince la lèvre inférieure.

– Madame ? intervient doucement l'homme, me ramenant à la réalité.

Je me racle aussitôt la gorge, prise au dépourvu par la situation. Lorsque mes yeux croisent son visage marqué par la vieillesse, je tente de me reconnecter à la réalité, fouillant machinalement dans mon sac.

– Pardonnez-moi, combien ai-je à vous régler ? demandé-je d'une voix légèrement vacillante.

Le vieil homme observe un instant le bouquet qu'il a minutieusement composé avant d'annoncer la somme.

– Vingt dollars.

Je ne tarde pas, extirpant deux billets afin de les lui tendre. Le fleuriste esquisse un sourire, chaleureux malgré la rudesse du temps, avant de me remettre les fleurs.

Je le remercie d'un signe de tête et quitte la boutique, nichée au cœur de Shatwood.

L'air frais d'automne retient une odeur boisée, emplissant mes poumons d'un souffle particulier. Mes pas se meuvent d'eux-mêmes, guidés par une mécanique intérieure, jusqu'au cimetière.

J'essaie de ne pas trop penser, de ne pas trop appréhender ce qui m'attend.

Mon attention retombe sur mes pieds, l'asphalte encore humide à cause de la pluie.

En dehors de cette période, je ne mets jamais les pieds là-bas. Au fond, rien ne me force à m'y rendre, et pourtant, une impulsion réussit à m'y amener chaque année.

Peut-être est-ce la culpabilité, ou une volonté absurde de maintenir son souvenir vivant.

Je n'en sais rien.

Une boule amer s'enroule dans ma gorge alors que je lève la tête, distinguant ce lieu de mémoire collective.

Le cimetière, isolé aux confins de la ville, est figé dans un éternel mutisme, un sanctuaire. Dès que j'en franchis le seuil, la nostalgie me saisit, s'immisce en moi avec une précision cruelle.

Les souvenirs affluent, intacts malgré le temps.

Quatre ans.

Quatre années à lutter contre ces mêmes vagues d'émotions qui renaissent douloureusement. Les larmes emplissent mes paupières mais elles ne tombent pas, je les retiens.

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