1

3.1K 194 26

Domicile du commandant Allan Korevitch, Gary, Indiana...
8 Juin 1995, 03h49...

La nuit était belle et sombre. Tout semblait calme, à l'exception de cette petite rue en périphérie de la ville. Un quartier pavillonnaire, comme on en trouvait tant, avec une chaussée particulièrement propre, des bennes à ordures étincelant sous les quelques éclairages nocturnes et un alignement obsessionnel de pavillons calqués les uns sur les autres. Sur chaque parcelle de terrain, on trouvait systématiquement une cour avant au gazon fraîchement coupé. Les fleurs, dans leurs bacs en plastique imitation pierre, donnait un côté charmant et presque personnel à ce foisonnement d'habitations clonées. Les garages adjacents étaient, bien sûr, fermés, et au-dessus de la porte de ceux-ci trônait un panneau de basket rarement utilisé. Si ce n'était la couleur des volets ou les quelques aménagements apportés aux petits jardins, il fallait obligatoirement se référer aux numéros sur les façades ou aux noms sur les boîtes à lettres pour retrouver la bonne demeure.

Il y avait pourtant, ce soir, un élément perturbateur qui permettait de reconnaitre au premier coup d'œil la maison du Commandant Allan Korevitch. Garés en travers, sur le trottoir ou l'asphalte de l'avenue, des véhicules illuminaient les ténèbres. Les gyrophares de la police déchiraient la nuit et donnaient à l'endroit une atmosphère particulièrement peu accueillante. Leur nombre impressionnant et la présence d'une ambulance juraient violemment avec l'utopique sentiment de quiétude du reste du décor....

Parmi les véhicules officiels de la ville de Gary, dans l'Indiana, on distinguait également quelques voitures banalisées, trahies par leur lampe bleue tourbillonnant, symbole des forces de l'ordre. Quelques policiers montaient la garde ou plaçaient des barrières afin d'empêcher les quelques badauds de trop s'approcher de la maison du commandant. Il y avait peu de spectateurs à une heure si avancée. Seuls un sans-abri et quelques voisins, réveillés par le bruit des véhicules de patrouille à leur arrivée, étaient présents. Ils cherchaient à glaner quelques informations, susceptibles d'éveiller un quelconque intérêt, lorsqu'ils rapporteraient ce dont ils avaient été témoins cette nuit-là.

Certains d'entre eux parlaient déjà de tueries ou de règlements de compte. C'était un commandant de l'armée américaine qui habitait là, après tout. Il était aussi vrai que la simple présence d'une ambulance et de cette armada de policiers suffisait à déclencher les plus absurdes des rumeurs, et cela, même au domicile d'un quidam lambda. La presse n'ayant pas encore débarqué sur les lieux, lesdites rumeurs restèrent discrètes.

Un meurtre. Voilà ce qui ressortait des différentes conversations autour des barrières de sécurité. On échafaudait déjà des théories de conspiration terroriste. Certains se demandaient pourquoi ce commandant à la retraite aurait été assassiné. D'autres pensaient que c'était justement cela qui en avait fait une cible privilégiée. Un débat éclatait déjà entre deux riverains. Ils n'habitaient pas la rue et ne connaissaient la victime que de vue.

Ce fut dans cette ambiance peu habituelle qu'arriva une nouvelle voiture. Assurément une belle voiture, mais pas très bien entretenue. Un coupé sport de couleur sombre et de marque japonaise. La jeune femme au volant renonça finalement à se frayer un chemin parmi les voitures déjà en place et les curieux. Elle sortit de sa Toyota, exhibant une carte du FBI aux hommes en faction près de la barrière afin qu'ils la laissassent passer. Elle demanda à rencontrer l'inspecteur responsable et on lui indiqua l'intérieur de la maison. L'agent fédéral s'y rendit, se faisant accompagner par un policier en uniforme.

Tout était parfaitement propre et net. S'il y avait eu une femme de ménage, il semblait qu'elle eût travaillé tard ce soir-là. Le style du salon était moderne, avec des canapés de cuir aux couleurs vives. La nouvelle venue nota l'absence de télévision dans le salon, quelques tables basses étaient éparpillées stratégiquement ici ou là. Un bar, décoré de magnifiques verres de cristal, et une grande bibliothèque faisaient face à la porte d'entrée. Des hommes en uniformes relevaient les empreintes alentours tandis qu'un autre, en tenue civile, prenait des photos du cadavre encore pendu au grand lustre du salon. Le commandant.

Agent Fédéral (Chronicles-2)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !