Chapitre 3

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Objet : Nom masculin (latin objectum):
*Toute chose concrète, perceptible par la vue, le toucher : Perception des objets.
Synonymes: chose - corps
* Chose inerte, sans pensée, sans volonté et sans droits, par opposition à l'être humain.

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P.o.v Victoria
Mars 2040
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J'ai toujours eu l'habitude que l'attention soit braquée sur moi, qu'on observe chaque geste que je pouvais faire ou chaque parole que je pouvais dire. Espérant sûrement que je fasse un faux pas. Or mon éducation est tellement parfaite que jamais je ne flanche, et que j'ai toujours fait ce que l'on attendait de moi depuis que je suis née. Etre parfaitement à ma place, parler simplement quand on s'adresse à moi. Sourire en toute circonstance même quand la personne face à vous est un vrai goujat. Et justement mon futur époux entre parfaitement dans la case goujat. Dès mon arrivée sur le tarmac, une armée de gardes du corps était là pour nous accueillir avec Daniela. Ils nous ont sagement guidées jusqu'à l'immense SUV noir, où sans surprise se trouvait Antoine les jambes croisées. Comme si ne pas accueillir sa future femme était une chose absolument normale. Pas un bonjours, pas un seul signe de politesse, un simple" Qui est-ce ?"  lancé à ma gouvernante. Le fait que je ne sois pas seule à avoir quitté mon pays pour rejoindre le sien n'a pas eu l'air de l'enchanter. Me rappelant que j'avais déjà des gouvernantes qui seraient là pour moi dès que j'aurai pris place dans mes nouveaux appartements. Et que par conséquent la France n'avait pas besoin d'une bouche supplémentaire à nourrir. 

Je me suis simplement contentée d'une réponse brève expliquant que j'avais besoin d'elle pour mon acclimatation. Et si ma réponse ne lui a pas plus au vu de la contraction de sa mâchoire, il n'a rien trouvé à redire. Il m'a ensuite expliqué le programme de notre journée. Et si le trajet en avion m'a fatigué, je ravale mon épuisement et affiche un sourire de circonstance sur mon visage. J'aurais aimer me retrouver dans mes nouveaux appartements afin de pouvoir prendre quelques marques avant de rencontrer les gens qui feront parti de ma nouvelle vie d'ici plusieurs semaines.

J'ai toujours été préparé à adopter une attitude de façade, je crois que personne ne connait réellement la vrai Victoria, celle en dessous de la couronne qui pèse lourd sur sa tête. Je ne pense pas la connaitre moi même. A vrai dire je n'ai jamais eu l'occasion d'apprendre à le faire, on ne m'a jamais laissé prendre ma vie en main, on a toujours tout décidé pour moi, quoi dire, quoi faire, comment manger, quoi manger. Quelle langue parler, quel livre lire. Quoi écouter, quelle activité faire ou ne pas faire. On ne m'a jamais autorisé à faire autre chose que ce que la couronne avait décidé pour moi, me façonnant parfaitement à l'image qu'on attendait que je renvois. Je n'ai jamais bu d'alcool, danser en boite de nuit, ris à m'en tordre le ventre, je n'ai jamais embrassé quelqu'un, senti mon cœur battre à tout rompre dans ma poitrine pour une autre personne. Tous ces privilèges ne sont pas autorisés à une personne de mon rang. 

C'est perdu dans mes pensées que je me dirige machinalement trois pas derrière mon futur époux dans une direction que je ne connais pas. L'effervescence autour de moi pourrait presque me donner le tournis si je n'avais jamais mis les pieds sur un paddock, en revanche mon frère adore aller voir celui d'Espagne. Et c'est donc avec joie que j'allais le voir avec lui et mon père. Je crois que c'est l'une des seules choses que nous faisions comme des gens normaux malgré les gardes du corps et les courbettes que l'on nous fait. Je crois que c'est le seul moment où notre père se comporte autrement que comme le roi avec nous. Pourtant cela fait quelques années que nous n'avons plus mis les pieds sur un circuit. Depuis que mon frère a quitté la maison pour la fac.

Love, duty, or die.Où les histoires vivent. Découvrez maintenant