1 - Devon

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Devon

La vie est un long fleuve tranquille. Jusqu'à ces dernières semaines, je n'avais jamais compris cette expression. Jusque-là, mon existence s'était plutôt apparentée à un torrent tumultueux. Mais depuis que je suis sorti du coma, j'ai décidé de reprendre les choses en main, de donner à ma vie un nouveau cours. J'ai pris des décisions difficiles, mais elles étaient nécessaires pour aller de l'avant.

Cela va bientôt faire deux mois que je n'ai pas revu Océane, depuis ce jour fatidique où j'ai choisi de rompre. Notre rupture ne s'est pas trop mal passée. C'est un soulagement, et pourtant une partie de moi aurait voulu qu'il y ait plus de larmes et de cris. Cela aurait été une preuve de son attachement pour moi.

Le seul signe qu'elle me regrette, ce sont ses chansons. Elle a repris sa carrière en main depuis son retour et a enregistré un nouvel album. En si peu de temps, elle s'est contentée de reprendre des chansons du siècle dernier, mais ça a suffi à satisfaire ses fans. Sa voix est toujours aussi magnifique et envoûtante. Rien que d'y penser, j'ai presque l'impression de l'entendre.

Je frissonne en ouvrant la porte de mon appartement pour y entrer. Je n'ai pas craqué jusqu'à maintenant, je ne dois pas faiblir aujourd'hui.

Je pénètre dans mon appartement et me dirige aussitôt vers la chambre pour me débarrasser de mes affaires et surtout de mon arme. J'allume la radio au passage et le regrette après-coup. Éli, encore. Son nouveau single tourne en boucle sur toutes les stations. Je pousse un soupir alors que les paroles envahissent la pièce.

« How would it be if you were standing in my shoes? Can't you see that it's impossible to choose ?"[1]

J'éteins la radio en poussant un grognement excédé. Cette chanson commence à me sortir par les yeux. « Too much love will kill you[2] ». Ça c'est certain. J'essaye de prendre les bonnes décisions pour moi, mais elle ne me facilite pas la tâche en revenant sur le devant de la scène. Pourquoi est-ce que je l'aime toujours autant ? On est nocif l'un pour l'autre ; c'est un fait. Pourquoi je n'arrive pas à l'oublier ?

Je me dirige à nouveau vers ma chambre, puis vers la salle de bains. Une bonne douche ne me fera pas de mal. Ma journée de travail a été longue... et infructueuse. J'étais en charge de l'étude de l'artefact aujourd'hui. Cela fait des semaines que nous travaillons dessus... sans rien trouver. Du moins, ça, ça vaut pour l'équipe. Je suis évidemment plus avancé qu'eux, mais comme je ne veux pas dévoiler que je connais le lasmonien, je fais semblant d'être au point mort. Je n'ose imaginer ce que Hensford ferait s'il apprenait cette information...

Je sais donc la teneur de la nouvelle énigme, et je suis le seul pour l'instant. « Avancer n'est pas une chose aisée ; mais la découverte au bout du voyage vaut tous les sacrifices ». Emballé c'est pesé, débrouillez-vous avec ça. Je réfléchis à cette phrase depuis que je l'ai lue. Les notions principales sont la découverte et le sacrifice, des éléments propres à toute l'Histoire de l'Humanité. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin !

Je sors de la douche sans avoir plus d'idées qu'avant. Alors que je me rhabille, la sonnette de ma porte d'entrée retentit. Je fronce les sourcils, je n'ai pas l'habitude de recevoir de la visite. C'est probablement Will ou Sarah.

J'enfile rapidement un tee-shirt et me dirige vers le hall. J'actionne l'ouverture de la porte et ouvre des yeux écarquillés en découvrant mon visiteur. Ma bouche s'ouvre de stupéfaction.

— Fiston, tu n'es qu'un imbécile.

Mon père. Non... C'est impossible. Il est mort. Ça ne peut pas être lui.

— Ferme la bouche, on croirait que tu viens de voir un fantôme.

Un trait d'humour ? Ce n'est clairement pas lui. À mesure que la surprise s'estompe, je sens l'adrénaline s'infiltrer dans mon cerveau. Si ce n'est pas mon père, c'est quelqu'un qui a pris son apparence. Océane ? Non, elle n'aurait pas recours à un stratagème aussi cruel. Un homme d'Hensford sous substance d'anonymat ? Mon boss m'a laissé tranquille ces derniers temps, mais il a peut-être décidé de finir le boulot. Et je ne porte même pas mon arme sur moi. Quel crétin !

Yanael 3 - Chrysalide briséeLisez cette histoire GRATUITEMENT !